Les religions ne tuent pas, même si on tue en leur nom

Voile femme Islam (Crédits See Wah Cheng, licence Creative Commons)

Tant que les croyants acceptent que la foi n’a force de loi que pour ceux qui l’ont, aucune religion n’est incompatible avec la liberté.

Par Baptiste Créteur

Voile femme Islam (Crédits See Wah Cheng, licence Creative Commons)

Le monde serait un endroit bien plus beau si les honnêtes gens n’avaient pas besoin de mettre de verrous à leurs portes, si les pacifistes ne subissaient pas tôt ou tard les assauts des plus belliqueux. Mais il se trouvera toujours quelqu’un pour convoiter ce qui n’est pas à lui, pour chercher à détruire ce qu’il ne peut posséder, pour anéantir ce que les autres ont construit.

Il a fallu longtemps pour que l’Europe puisse s’affranchir du religieux. La religion est toujours là, et elle occupe encore une place centrale dans la vie de nombreux citoyens, mais la place qu’elle occupe dans leur vie n’envahit pas celle des autres.

Outre la liberté de ne pas adhérer aux principes de la religion, l’individu peut aujourd’hui espérer vivre sa vie selon ses propres principes et valeurs et non selon d’autres qui lui seraient imposés. L’espérer, oui, mais pas encore pleinement le faire ; il faudrait pour cela que ses choix soient totalement libres, et ce n’est pas le cas. Peut-on refuser de financer les syndicats et les partis politiques ? Peut-on refuser de soutenir des causes qui ne sont pas les nôtres, de financer des guerres que nous ne voudrions pas mener ?

L’attaque contre Charlie Hebdo a provoqué un sursaut d’intérêt pour la liberté d’expression, et il ne faut pas en rester là. Si l’on réclame la liberté de rire des religions, des croyances, des idées et de tout le reste, il faut accepter d’être soi-même moqué. Il faut accepter même qu’on dise des choses bêtes, stupides, infondées, révoltantes. Il faut accepter que chacun puisse exprimer un point de vue, aussi idiot soit-il, sur les génocides, sur les guerres, sur les massacres. On ne peut limiter la liberté d’expression à ce que l’on accepte d’entendre.

Elle a aussi provoqué des réactions de peur et de rejet contre un islam que l’on dit conquérant, et qui serait responsable des attaques menées en son nom. Mais chacun est responsable des choix qu’il fait, et l’islam a autant de visages qu’il a d’adeptes. Les religions ne tuent pas, même si on tue en leur nom. Il est dommage de devoir rappeler ces évidences, mais s’il se trouve des musulmans pour soutenir Charlie Hebdo, pour penser que la liberté d’expression pour tous est plus importante que l’interprétation et la foi de quelques-uns, c’est que l’islam n’est pas en soi l’ennemi de la liberté.

Certains craignent un islam conquérant, craignent ces musulmans qui veulent une alternative au porc ou des plats halal dans les cantines, qui revendiquent de porter le voile. Mais si votre religion interdisait à vos enfants de manger du porc, que feriez- vous ? Ne souhaiteriez-vous pas avoir le choix ? Si vous souhaitiez porter un voile, comprendriez-vous qu’on vous en empêche ?

C’est de ce point de vue qu’il ne faut pas faire d’amalgame, entre des revendications qui visent à jouir d’une plus grande liberté et celles qui visent à restreindre celle des autres. S’il y a des plats halal dans les cantines, si certaines femmes portent le voile, en quoi cela pose-t-il un problème ? En revanche, restreindre la liberté d’expression ou imposer le voile à ceux qui n’en veulent pas poseraient problème. Quelle que soit d’ailleurs la raison pour laquelle on souhaiterait restreindre la parole ou imposer un dress-code, au nom de la religion ou au nom de la mémoire.

Il n’y a rien de mal à simplement vouloir vivre selon ses principes et valeurs ; c’est précisément ce que le libéralisme défend. Tant que cela n’empêche pas les autres d’en faire autant.

Islam et liberté ne sont pas incompatibles, et l’islam ne pose en soi aucun problème à des sociétés laïques et démocratiques. Pas plus que quelque religion que ce soit, tant que les croyants acceptent que la foi n’a force de loi que pour ceux qui l’ont. La foi des uns ne peut pas justifier que l’on restreigne la liberté des autres. De la même façon, on ne peut restreindre la liberté des croyants simplement parce que leurs revendications ont trait à la religion.

On peut et doit exiger de tous qu’ils n’imposent leur foi qu’à eux-mêmes. Mais la laïcité doit être en faveur de la liberté de religion et de culte, pas y être un obstacle.

Religions don’t kill people. People kill people.

Chacun est responsable de ses choix et de ses actes. Il faut se battre pour que chacun en soit libre. La liberté est toujours bonne, mais il n’en va pas toujours autant de l’usage que l’on en fait. Les honnêtes gens doivent donc mettre des verrous à leur porte, et chacun doit se tenir prêt à défendre ce qui lui appartient.

Savoir se libérer n’est rien ; l’ardu c’est savoir être libre. – André Gide