L’unité nationale, c’est mieux sans État

François Hollande en 2011 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

L’État sabote tout. Quand il cherche à organiser l’unité, il divise.

Par Philippe Fabry.

François Hollande en 2011  (Crédits Parti Socialiste licence Creative Commons)

L’unité nationale, c’est comme tout : cela marche mieux quand l’État ne vient pas y mettre ses gros doigts à la fois boudinés (par les bonnes intentions) et crochus (par les motifs inavouables).
Au soir du terrible attentat, ce mercredi, tout le peuple de France a réagi spontanément : « Je suis Charlie ». Partout, des rassemblement dignes, pacifiques, bon enfant et beaux à voir ont eu lieu. Et ce qu’il y a de beau avec la spontanéité de la liberté, c’est qu’elle ne s’embarrasse pas de frontières. Le mouvement spontané ne s’est pas cantonné à la France, mais s’est propagé partout. La fraternité dont on nous rebat tant les oreilles, la solidarité dont on nous fait continûment injonction, se sont naturellement exprimées entre les hommes, et les peuples.

Les hommes civilisés, dans l’adversité, se réunissent et, ensemble, se souviennent de ce qui les rapproche et les distingue de la barbarie, et seulement de cela. Peut-être seulement pour un temps, mais ce temps est précieux et mériterait une attention contemplative devant le mystère de la communion : quand on admire l’éclat d’une bougie, on évite de faire du vent.

On a pu espérer, fous et naïfs que nous sommes, que notre déplorable classe politique laisserait s’épanouir ce mouvement spontané d’unité nationale et transnationale, qu’elle appelait de ses vœux, au moins le temps que les coupables soient trouvés, et neutralisés. C’était, bien entendu, trop demander.

contrepoints 082 marche républicaineDès le jour de l’attentat, on a annoncé une manifestation politique pour samedi. Le lendemain, premier cafouillage, on reportait à dimanche. Les politiciens tentant, une fois n’est pas coutume, d’accorder la parole aux actes, cherchaient à rassembler gauche et droite : Valls invitait Sarkozy à participer. Mais voilà que le Front National se sent exclu, et qu’on lui répond qu’effectivement, sa présence n’est pas souhaitée, car il ne partage pas les « valeurs républicaines ».

Le résultat ? Eh bien l’unité nationale des politiciens n’aura pas duré 48 heures et il est à parier que, rapidement, les chamailleries en cours entameront très vite l’unité nationale populaire spontanée. Bonne idée, n’est-ce pas, que de souffler sur la bougie en espérant aviver la flamme ?

C’est ainsi : l’État sabote tout. Quand il veut créer la richesse, il appauvrit. Quand il cherche à organiser l’unité, il divise. Des cafouillages, des polémiques et de la division, des leçons de « valeurs républicaines », des anathèmes, des mesquineries. En moins de 48 heures, voilà le bilan de l’État français quand il s’occupe d’unité nationale.

Des terroristes avec des armes lourdes, et des politiciens avec des micros. Cette semaine, en France, étaient en action deux grands ennemis de la civilisation. Les uns sont sauvages et brutaux. Les autres sont insidieux et mesquins. Les uns seront probablement neutralisés avant la fin de la semaine. Pas les autres.