Plaidoyer pour la légalisation de l’ecstasy

Pilules credits epsos. de (licence creative commons)

En quoi l’interdiction de l’ecstasy entraîne de sérieux problèmes de santé publique ?

Par Édouard H.

Pilules credits epsos. de (licence creative commons)

Début janvier, le Royaume-Uni a vu la mort de 4 personnes suite à la consommation de ce qui semblait être de l’ecstasy (MDMA).

Avant de comprendre pourquoi la prohibition des drogues est responsable de la mort de ces 4 personnes, attardons-nous sur l’ecstasy en elle-même. La MDMA a été synthétisée pour la première fois en Allemagne en 1912 comme un médicament pour perdre du poids, mais elle fut ignorée jusque dans les années 1960 où elle fut utilisée comme aide à la psychothérapie. On surnommait alors cette drogue « empathie », et il ne serait venu à l’idée de personne de l’utiliser pour des usages récréatifs. C’est dans les années 80 qu’on a commencé à la vendre sous le nom d’ecstasy dans les boites de nuit et qu’elle est devenue populaire.

Comme les amphétamines, l’ecstasy donne à ses utilisateurs d’énormes quantités d’énergie, ce qui la rend particulièrement attrayante pour ceux qui souhaitent faire la fête. Comme les drogues psychédéliques, elle crée aussi des ressentis de chaleur et d’empathie envers les autres. Un « rush » d’euphorie peut aussi être ressenti.

L’ecstasy permet ces effets en stimulant la production de sérotonine et de dopamine dans le cerveau et le système nerveux. La sérotonine est un neurotransmetteur naturel qui sert à réguler le sommeil, l’appétit, les contractions musculaires, l’humeur et les mouvements intestinaux. La dopamine est, elle, le neurotransmetteur du plaisir. Les utilisateurs ressentent les effets de la MDMA 30 à 60 minutes après sa prise, et ses effets durent de 4 à 6h.

Est-ce que l’ecstasy tue ? Les premières morts qui impliquèrent l’ecstasy vinrent surtout de jeunes qui mourraient de déshydratation. De nombreuses études ont en effet montré que la neurotoxicité de la MDMA vient de la hausse de la température du corps1. Cette hausse de la température est particulièrement importante dans des boites de nuit fermées et peu ventilées où dansent les utilisateurs d’ecstasy.

Pour minimiser les risques liés à la MDMA, il est donc nécessaire de veiller à la température de son corps et à s’hydrater correctement. Il est à noter qu’il faut aussi veiller à ne pas s’hydrater de manière excessive, ce qui peut causer la mort comme dans le cas d’une jeune fille qui pensait lutter contre les effets néfastes de la MDMA. Pour éviter cet effet, il est aussi recommandé de consommer de l’acide alpha-lipoïque et de la vitamine C qui sont des antioxydants. Une étude a montré que l’acide alpha-lipoïque empêche la neurotoxicité de la MDMA, même si la température du corps augmente.

L’ecstasy, en augmentant le rythme cardiaque et la pression sanguine, a pu causer la mort par hémorragie cérébrale chez certaines personnes. Ces réactions rares mais fatales sont similaires aux allergies. Bien que ces morts soient tragiques, elles sont immensément moins communes que d’autres allergies fatales telle celle à l’arachide.

Outre ces effets néfastes rares mais mortels2, l’ecstasy cause-t-elle des dégâts au cerveau ? Il a été montré que les utilisateurs de quantités importantes de MDMA souffrent de déficience cognitive et de pertes de mémoire, mais les effets sont légers et temporaires, et la situation revient presque toujours à la normale après l’arrêt de l’utilisation de l’ecstasy.

Un des problèmes avec les études des utilisateurs d’ecstasy était l’impossibilité de savoir si les effets néfastes qu’ils subissent sont liés à l’ecstasy elle-même ou aux autres drogues qu’ils consomment en même temps. Une étude d’adolescents Mormons, qui consomment de la MDMA mais aucune autre drogue ni alcool, n’a trouvé aucune différence dans leur fonctionnement mental par rapport à ceux qui ne consommaient aucune drogue.

Au niveau des usages thérapeutiques, une étude a montré des résultats très prometteurs pour le traitement des troubles de stress post-traumatique avec 10 des 12 sujets qui ne souffraient plus après 2 sessions de psychothérapie alliée à de l’ecstasy. On permet aux patients atteints de cancer d’être traités avec des médicaments hautement toxiques qui peuvent endommager leurs organes ou causer des cancers secondaires plus tard dans leur vie s’ils survivent, mais à cause du statut légal de l’ecstasy, on ne permet pas à des milliers de personnes qui souffrent de troubles de stress post-traumatique de choisir une médication bien moins risquée.

Ainsi la réalité scientifique de l’ecstasy est bien loin des fantasmes ancrés dans l’imagerie populaire. Il ne s’agit pas de nier les risques et dégâts, qui sont bien réels. Mais au-delà des usages médicaux il est possible, de la même manière que pour l’alcool, d’avoir un usage récréatif modéré de la MDMA, relativement peu dangereux pour la santé. Il existe énormément de ressources en ligne qui recensent des conseils d’usages et l’utilisation d’apports complémentaires en vue de limiter les risques.

Pourquoi donc 4 personnes sont-elles récemment mortes au Royaume-Uni suite à l’utilisation d’ecstasy ? Très rapidement, les analyses ont permis d’établir que ces comprimés avec un logo superman n’étaient en réalité pas de la MDMA mais de la PMA, une drogue similaire mais beaucoup plus toxique. Ces personnes décédées ne savaient pas ce qu’elles consommaient : elles rejoignent la longue liste des victimes de la prohibition des drogues.

Dans une société où les drogues seraient légales, les consommateurs auraient accès à de réelles informations précises sur les substances. En maintenant les drogues dans un marché noir illégal aux mains de criminels, l’État a empêché la mise à disposition d’informations et a donc indirectement tué ces 4 personnes.

Au-delà même de cette absence d’information, la réémergence de la PMA est la conséquence directe de l’interdiction de l’ecstasy. Pour comprendre ce phénomène, il faut faire un peu d’histoire. Comme l’explique le Dr David Nutt dans un article du Guardian, la PMA et son dérivé proche PMMA ont été créés dans les années 50 et avaient pour but d’influer positivement l’humeur. Cependant leur effet positif ne fut pas clair, et ces drogues furent interdites.

La réapparition de la PMA et de la PMMA est liée aux efforts de la communauté internationale pour lutter contre l’ecstasy. En effet en 1988, alors que l’interdiction ne fonctionnait pas, les Nations Unies ont tenté de nuire à la production en s’attaquant au safrole, produit chimique servant à la création de MDMA. 50 tonnes de safrole furent saisies en Thaïlande. Les chimistes se mirent alors à utiliser une alternative, l’huile essentielle d’anis. Cependant, lorsqu’on utilise cette huile avec les processus de production de la MDMA, le résultat est la création de PMA ou de PMMA.

Ce n’est pas la première fois qu’on voit un tel phénomène où des drogues plus dangereuses et toxiques remplacent des drogues plus sûres lorsque ces dernières sont prohibées. L’exemple le plus connu est celui de la Prohibition des années 20 aux États-Unis, où de nombreuses personnes substituèrent à l’alcool des liqueurs fortes ou même du méthanol, ces 2 produits étant beaucoup plus toxiques.

Pour lutter contre ce phénomène mortel pourrait être mise en place la solution proposée par l’organisation Tranform. Elle suggère qu’on rende disponibles des doses raisonnables de MDMA (80mg/jour) à des utilisateurs déclarés de manière réglementée. Cette solution serait une avancée considérable vers une plus grande liberté individuelle.

Combien d’autres morts faudra-t-il pour qu’on puisse enfin remettre en cause l’interdiction de l’ecstasy ?

  1. Molecular Neurobiology August–December 1995, Volume 11, Issue 1-3, pp 177-192 ; Drug Alcohol Depend. 2012 Feb 1;121(1-2):1-9 ; Journal of Pharmacology and experimental therapeutics
  2. Le Dr David Nutt estime dans Drugs without hot air que l’ecstasy cause un effet néfaste conséquent une fois pour 10.000 pilules