Charlie Hebdo : et après ? Le pire à craindre

charlie hebdo credits gongashan (licence creative commons)

Une fois l’émotion retombée, sans doute pouvons-nous ressentir une sérieuse inquiétude pour les libertés…

Par Emmanuel Sala.

charlie hebdo credits gongashan (licence creative commons)

Sans doute ne pouvons-nous être qu’horrifiés par la tuerie des journalistes de Charlie Hebdo. Sans doute sommes-nous abasourdis par le déchaînement de violence que cet attentat déclenche dans le pays, à l’image des tirs ou explosions mercredi et jeudi contre des mosquées, comme un feu qui couve et qui soudainement explose.

Mais une fois l’émotion retombée, sans doute pouvons-nous ressentir un sérieux malaise…

Deux poids deux mesures

Charlie était connu pour être la cible privilégiée d’attentats, depuis celui de février 2011 ou un cocktail Molotov avait détruit son local, ce qui en annonçait d’autres, plus meurtriers encore. Ce n’est pourtant pas le contexte annoncé par le président Hollande lui-même qui pouvait les faire redoubler de prudence, en se félicitant publiquement de récents « attentats déjoués ».

Alors on ne peut qu’être effaré devant la faiblesse des moyens mis en place pour protéger une cible aussi évidente. On s’est certes plus attardé sur les mauvais conducteurs passant à côté des radars autoroutiers.

Cela nous permet de nous interroger sur les capacités de mobilisation des forces de l’ordre face à une manifestation pacifique, et celles proposées aux locaux de Charlie. Que dire des moyens policiers afin de traquer les auteurs de l’attentat (CRS, RAID, GIGN, BRI, gendarmes mobiles, militaires…), en tout près de 2.000 hommes, sinon qu’ils interviennent… un peu tard ?

Un État fort devrait protéger les faibles

Mais n’en doutons pas, les mines contrites de nos élus de tous poils devant les caméras de télévision annoncent la prochaine déferlante de lois liberticides, à la faveur d’une émotion populaire bien légitime. C’est ce qui s’est produit après l’attentat du 11/09 aux US, où le « Patriot Act » a ouvert la voie à une série de dispositions contraires aux droits civiques élémentaires toujours en vigueur : pouvoirs extraordinaires au FBI et à la CIA, en vue d’espionner les associations politiques et religieuses, poursuite de ceux qui avoueraient avoir procédé à des réquisitions (que connaît bien Edward Snowden), emprisonnement sans justification, indéfiniment et sans procès…

À suivi la création du « Total information Awareness Office », que l’on pourrait traduire par « bureau de renseignement des consciences », sorte de pendant du tristement célèbre NKVD en charge, à une certaine époque, de la police politique en URSS.

Un État fort devrait protéger les faibles, et non les écraser.