Baisser les salaires ? Chouette ! On commence quand ?

Billets Euros (Crédits Blatant World, licence Creative Commons)

Michel Sapin propose de contenir les salaires pour préserver les marges sans baisser les impôts. Pourquoi ? Et pourquoi l’accepter ?

Pour rétablir et préserver leurs marges, le gouvernement invite les entreprises à geler les salaires. Parce que, voyez-vous, les coûts d’une entreprise, ce n’est pas que la fiscalité et la mise en conformité avec les centaines de normes pondues chaque année. Ce sont aussi (entre autres) des salaires. Et comme les prélèvements ne sont pas prêt de baisser, il faudrait baisser les salaires. En clair, moins payer les salariés pour continuer à financer l’État.

Et l’État a besoin de beaucoup d’argent : dans la fonction publique, les salaires ne baissent pas. Loin s’en faut. 750 millions d’euros par an d’augmentation « mécanique », auxquels s’ajoutent les nombreuses embauches.

les effectifs ont augmenté de 1,5 % l’année dernière, en raison principalement de la progression importante du nombre de contrats aidés (+ 48.000 sur la période). Cette hausse, cinq fois plus forte qu’en 2012, porte à 5,60 millions le nombre d’agents publics en France. Un record !

Les salariés du privé devraient donc gagner moins, pour permettre à ceux du public de gagner toujours plus. Même chose pour les retraites, bien sûr, et la Sécurité Sociale : le privé doit financer le public.

Les salariés du privé peuvent toutefois s’estimer heureux : du travail, ils en ont. Plus que dans le public, et pour un salaire moindre, mais tout de même : c’est un travail. De plus en plus de Français ont du mal à en trouver. Dans le privé, l’emploi recule.

Rien d’étonnant quand le gouvernement s’ingénie à détruire toutes les opportunités de croissance et laisse faire les syndicats qui entendent imposer leur loi à tous.

Par exemple, en empêchant le travail du dimanche quand les maires l’autorisent. L’État, habituellement prompt à réagir quand un citoyen lambda va contre sa volonté, laisse étrangement faire quelques excités qui empêchent les gens de travailler et faire leurs courses comme bon leur semble. Et quand la justice les condamne, les syndicalistes sont amnistiés.

Récompensés, même, pour leur implication dans le débat public. Alors qu’ils bénéficient déjà d’un financement et d’une influence complètement déconnectés de leur nombre d’adhérents ou de leur contribution au « dialogue » social, si tant est que détourner des fonds et brûler des pneus soit une forme de communication.

Michel Sapin pourrait donc proposer des baisses de salaire là où elles auraient le plus de sens : dans la fonction publique. Et plus généralement, une baisse des dépenses. Les syndicats ne retrouveraient-ils pas un peu de crédibilité s’ils étaient financés par l’argent de leurs adhérents, au lieu de coûter à l’ensemble des salariés ? Et s’ils étaient ainsi incités à représenter les salariés plutôt que des idéologies destructrices qui, ici comme ailleurs, n’ont apporté que du malheur ?

Malgré ses tentatives de plus en plus loufoques, le gouvernement n’a en réalité pas d’alternative à la baisse des dépenses, sinon la faillite. Pour financer ses dépenses, il doit maintenir voire accélérer ses ponctions auprès des entreprises. Mais, comme un parasite survit rarement à la mort de son hôte, l’État ne peut se maintenir si les entreprises font faillite. Il faut donc qu’elles réduisent leurs autres dépenses. Le hic, c’est que ces autres dépenses financent aussi l’État.

Sur les salaires en particulier, entre le salaire complet (ce que paie l’entreprise) et le salaire net (ce que reçoit le salarié), il y a tout un tas de prélèvements. Si les salaires baissent, les recettes fiscales aussi. Mince alors.

Baisser les salaires ne sauvera donc pas l’État, pas plus que cela n’aidera les entreprises ou les salariés. En revanche, l’intention de Michel Sapin en dit long sur les priorités de ceux qui dirigent l’État : l’Etat passe avant le reste. Les citoyens sont à son service, pas l’inverse.

Pour combien de temps encore ? Eux ne semblent pas prêts de laisser tomber. Et vous ?