Le FN normalisé par l’homosexualité

Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)

Pour la première fois, grâce à l’homosexualité, le FN sort du ghetto moral où la presse de gauche le cantonnait.

Par Serge Federbusch.

Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)

Le sociétal, il n’y a que ça de vrai pour brouiller les cartes et distraire l’opinion, vous expliquerait goulûment François Hollande dont le mariage homosexuel reste à ce jour le seul (demi) succès, l’unique moment où il a tenu bon face à la marée montante de l’hostilité massive qu’il suscite. Personne n’est à l’abri de remplir ainsi le vide du discours politique face à une situation qui échappe en tout autre domaine aux dirigeants français. Dès qu’il le peut, ces derniers temps, François Hollande déserte d’ailleurs les incommodantes questions du chômage, de la déflation ou de la dette, pour nous parler de fin de vie ou de réformettes du code civil.

La dernière victime en date de cette illusion est le Front national. Sébastien Chenu, garçon sympathique, intelligent, vif et cultivé, quelque peu écœuré par la manière dont l’UMP l’a traité, en particulier NKM lors des dernières municipales à Paris, a décidé de prendre la tangente et de rejoindre le FN. Il s’y occupera de culture puisque, dans l’imagerie d’Épinal du politicien moyen y compris frontiste, l’homosexualité est une sorte de brevet de sensibilité artistique. Y a-t-il plus d’homosexuels chez les « créateurs » que dans le reste de la population ? Aucune statistique ne le démontrera jamais mais l’important est que la sainte opinion publique ait gobé cette généralisation hâtive.

Marine Le Pen en tout cas est fière de sa prise de guerre et l’a exhibée dans une conférence de presse, se souciant des toussotements de ses troupes comme d’une guigne. Plus les homophobes du FN s’étoufferont d’indignation, plus son choix paraîtra courageux. Quasi immédiatement, ce ralliement est apparu comme le signe d’une ouverture d’esprit que la caste médiatique ne peut plus mettre en doute.

Coquin de sort, la même semaine, Closer a décidé de « outer » Florian Philippot, en goguette à Vienne, dans un modeste hôtel à 400 euros la nuit nous apprend malicieusement l’hebdomadaire. Preuve absolue que ces garnements lepénistes ne sont pas de mauvais bougres, son amoureux est journaliste. Bien sous tous rapports donc… Ce faisant, Philippot s’inscrit parfaitement dans la tradition française qui apparie journalistes et politiciens, homosexuels ou hétérosexuels.

Front National Homosexualité René Le honzecImmédiatement, trois chroniqueurs du Nouvel Observateur s’indignent de l’horrible intrusion dans la vie privée de Philippot et volent au secours de la victime : Renaud Dély, Giuseppe Di Bella et Bruno Roger-Petit. Ces trois petits gauchons proclament que, nonobstant tout ce qu’ils pouvaient reprocher au FN, ce n’est pas des manières, tout de même, ce qu’a fait Closer. Ils osent pour le coup une percée conceptuelle inouïe : le Front national, sur le mariage pour tous, s’est montré moins réactionnaire que l’UMP. Marine Le Pen, probablement sous l’influence de Philippot et d’autres cadres sensibilisés au sujet, n’a pas, nouvelobservent-ils, emboîté le pas aux foules réactionnaires en loden levées par l’horrible Frigide Barjot. Ces outrés de l’outing ont même été rejoints, dans leurs colonnes, par le politologue Thomas Guénolé qui se lance dans la mêlée et monte une pétition pour la suspension des subventions publiques à Closer.

Pour la première fois donc, grâce à l’homosexualité, le FN sort du ghetto moral où la presse de gauche le cantonnait. Que voilà une moderne normalisation ! Ce qui fait le plus défaut au mouvement lepéniste pour s’installer un jour dans les ministères, pense Marine Le Pen, c’est de vaincre l’opprobre que les colporteurs d’opinion continuent de faire peser sur lui. Grâce à Chenu et au « outing » de Philippot, elle peut être satisfaite, cet obstacle a commencé à tomber. Et si un parti qui exclut les convertis mais attire les invertis peut surprendre ses militants historiques, ce qui compte le plus naturellement, ce sont les médias.

Dans cette affaire picrocholine, la vieille idée que l’inclination érotique transcende les classes sociales et les opinions politiques refait inopinément surface. C’est une conception assez française en réalité, largement modelée par Proust et qu’un Fassbinder, par exemple, a combattu farouchement dans ses films en montrant que les rapports de domination économiques et sociaux ne sont pas modifiés par le comportement sexuel. À observer le Front national et lire les gazettes, on se dit que Fassbinder avait raison.


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