« Inertie » de Dunia Miralles

Il suffit parfois d’une rencontre pour reprendre goût à la vie…

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

« Inertie » de Dunia Miralles

Publié le 12 décembre 2014
- A +

Par Francis Richard.

inertieEn mécanique l’inertie s’oppose au mouvement d’un corps solide. Il faut la vaincre pour lui faire acquérir de la vitesse. Quand quelqu’un tombe en inertie, c’est, bien sûr, dans un sens figuré de ce principe physique.

Béatrice Lüthi, l’héroïne d’Inertie, le roman de Dunia Miralles, souffre de solitude. Elle lui pèse tellement qu’elle n’a pas d’autres envies que de regarder la télé (les émissions de télé-achat ou les séries) ou de fumer une tige ou de faire les deux choses à la fois. Elle n’a pas d’entrain pour les tâches ménagères, qu’il s’agisse de faire la vaisselle ou de s’occuper de son linge sale. Elle en fait le moins possible. Elle n’est pas complètement inerte, mais c’est tout juste.

Béa néglige son apparence. Comme elle ne s’épile plus, elle est poilue comme un singe. Béa néglige sa santé. Comme elle oublie de prendre ses médicaments, elle a une perpétuelle mauvaise toux. Béa néglige son alimentation et ne mange pas tous les jours, faute d’avoir fait les courses ou d’avoir de l’appétit. Comme elle se nourrit alors de boîtes de conserve sans les réchauffer, à même le contenant, elle en digère mal le contenu.

Tout ce à quoi elle aspire c’est à la tranquillité. Les coups de téléphone l’insupportent, de même que les visiteurs ou visiteuses qui sonnent à sa porte. Il faut dire à sa décharge que les démarchages téléphoniques sont incessants et que ce sont la plupart du temps des importuns qui frappent à son huis, situé dans un immeuble peuplé d’écorchés de la vie, tox, immigrés, couples en dispute permanente, concierge se mêlant de tout, vieille acariâtre etc.

Que lui est-il arrivé pour qu’elle tombe ainsi en inertie, pour qu’elle tombe si bas ? Elle a eu un compagnon, Patrick, mais elle en parle au passé. Elle a eu une mère, qui vit à Lausanne alors qu’elle habite dans le Jura horloger, mais elle ne peut plus l’appeler autrement que Liliane, laquelle vit maintenant avec Monsieur Chappuis. Elle a eu un job, mais elle l’a perdu la crise venue, après avoir subi un mobbing, et vit dès lors de l’aide sociale.

Dans une telle situation, noirissime, un rien peut permettre de remonter la pente. En l’occurrence, ce ne seront pas des riens qui vont le lui permettre. Car, une enfant, Prune, l’enfant qu’elle n’a pas eue, la fille métisse d’un couple de tox de l’immeuble qui la lui ont confiée pour un temps, et un homme, Fulvio, que sa femme a quitté en lui enlevant sa fille et qui s’en console dans ses bras, lui redonneront goût au mouvement de la vie et la remettront en branle, ne serait-ce que l’espace d’un été de canicule.

Ce livre, violent par les faits et les pensées qu’il raconte, et par la langue d’écorchée vive, au sens propre et au figuré, de Béa la narratrice, confirme la précarité de l’existence et n’incite guère à l’optimisme.

Peut-être Béa se convainc-t-elle tout de même un peu trop qu’elle fait partie de ces personnes qui n’ont pas droit au bonheur, et se contente-t-elle un peu trop facilement de désigner des boucs émissaires aux malheurs qui lui arrivent.

Dunia Miralles, Inertie, L’âge d’homme, 280 pages.

Voir le commentaire (1)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (1)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
1
Sauvegarder cet article

Imaginez. Victime d’un accident de bus, vous vous réveillez dans un monde où l’idéologie woke, c’est-à-dire progressiste et socialiste, a totalement triomphé.

C’est ce qui arrive à Michelangelo, le héros du premier roman de Michel Kelly-Gagnon, Base Type Null. Pour les amis de la liberté et les défenseurs des droits individuels, le nom de Michel Kelly-Gagnon n’est pas inconnu : avocat de formation, ancien chef du Conseil du Patronat du Québec, il est le dynamique président de l’Institut économique de Montréal, le plus important think t... Poursuivre la lecture

Le 6 août 2014, je publiais un article sur La neutralité de la Suisse et la guerre en Ukraine. J'y rappelais que la neutralité de la Suisse trouvait son origine dans la défaite de Marignan (1515) à partir de laquelle fut mis fin à la politique d'expansion des Confédérés.

Après une courte période, entre 1798 et 1815, la neutralité de la Suisse a toujours été effective, jusqu'en 1989. Elle est devenue de plus en plus relative notamment à la suite de son adhésion à l'ONU en 2002, bien que deux articles de la Constitution suisse énoncent q... Poursuivre la lecture

À l’époque où très nombreux sont ceux qui se posent des questions sur le fonctionnement de notre démocratie on peut suggérer de regarder comment elle fonctionne ailleurs… même si cette approche va se briser sur l’argument très connu « À quoi bon ? Chez nous c’est différent ! »

C’est bien dommage car l'une des façons les plus simples de réfléchir c’est d’aller voir les pays où ça fonctionne, exercice d’autant plus facile que l'un de ceux qui marche le mieux au monde a des frontières communes avec le nôtre. Il s’agit de la Suisse.

La... Poursuivre la lecture
Voir plus d'articles