Cours du baril : qui dit mieux ? Quel est le prix d’équilibre ?

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Un baril à 30 $ – 40 $ ? Pourquoi pas 10 $ si l’on veut se référer au passé ?

Après la décision de l’OPEP de ne rien faire face à la baisse des prix du brut, le monde s’interroge… À quel prix les cours du brut vont-ils s’ajuster ? Une redite de 2008-2009 ? Certains annoncent même 30 $/baril ! D’autres en 2007 -2008, prévoyaient bien 200-300$ ! Qui dit mieux ?

Par Aymeric de Villaret.

pétrole credits Mark Rain (licence creative commons)

Vendredi 27 novembre, le PDG de Canadian Natural Resources, compagnie pétrolière canadienne, Murray Edwards, a déclaré qu’il voyait la possibilité d’une division rapide des cours du baril par deux. Et bien sûr, cela impactera en premier lieu, l’industrie pétrolière canadienne dont les points morts sont élevés dans les sables bitumineux de l’Alberta.

À juste titre, Murray Edwards a rappelé qu’en 2008, le baril de pétrole a chuté à un peu plus de 30 $… Cependant, il a relativisé cette chute en précisant que les conséquences seraient désastreuses avec notamment le report de nombreux projets… permettant au baril d’ensuite se stabiliser à 70-75 $ le baril.

Mais posons-nous la question : quand Murray Edwards parle de 30 $ en se référant à 2008, pourquoi ne pas parler de 10 $ en se référant à 1998 ?

D’autres prévisions 60 – 70 – 80 ?

equilibre baril rené le honzecLes prévisions, ce n’est pas ce qui manque, chacun s’évertuant à peser :

1) Le court terme, tel que vient de le faire dans ses déclarations Murray Edwards, avec le surplus actuel d’offre, la volonté de l’Arabie de « laisser les marchés » décider… Et quand les marchés décident, qui sait où cela s’arrête. Comme nous l’avons déjà écrit, bien malin celui qui savait en juillet 2008 que le baril serait moins de 6 mois plus tard à 30 $, et qui pouvait prédire fin 1997 que le baril tomberait à moins de 10 $ !

2) Le moyen terme et les fameux points morts. Nombreuse est la littérature ces derniers jours sur le point mort de l’huile de schiste américaine :

Les avis sont partagés car il y a différents bassins. Nous retiendrons cependant le message de l’économiste en chef de l’AIE (Agence Internationale de l’Energie), le Docteur Fatih Birol, qui lundi 1er décembre, lors d’une présentation du « World Energy Outlook 2014 » à Paris répondant à une question sur l’huile de schiste américaine déclarait « que les coûts étaient en moyenne de 75 $/baril. En conséquence, comme la chute de production d’un puits y est extrêmement rapide, il faut investir très souvent et aux prix actuels (hors ce que nous pensons de ce qui est des productions couvertes (hedgés)), la chute de production américaine du pétrole non conventionnel risque d’être rapide.

Rappel du passé… garder la tête froide

Face à toute cette littérature, et surtout aux prévisions des Cassandre, rappelons comment les observateurs (et même les industriels – Gazprom en l’occurrence-) peuvent s’emballer.
Et c’est vrai que maintenant que l’on a vu comment le baril a pu s’effondrer à partir de septembre 2008, après la faillite de Lehman Brothers, on réalise combien les spécialistes peuvent se trouver (même en tant qu’acteur majeur dans le monde des hydrocarbures) pris par la folie des marchés :

villaret1Conclusion

Aujourd’hui, nous ne savons pas ce que sera le baril dans 3 mois, 6 mois. L’expérience du passé prêche pour la modestie. En revanche, ce qui est sûr, c’est que tout excès se paie un jour ou l’autre : le choc de 2008-2009 est là pour le rappeler.

Certains parlent d’une nouvelle ère de pétrole. Ne faut-il pas raison garder et se souvenir que l’huile de schiste américaine est du pétrole non conventionnel, nécessitant des investissements constants et élevés, vu la vitesse de déclin de chaque champ. Après l’ère de l’huile de schiste –pic vers 2019-2020 ?-, les fondamentaux vont reprendre le dessus avec le besoin du pétrole du Proche-Orient :

villaret2Or 2020 se prépare aujourd’hui ! Les investissements d’aujourd’hui sont la croissance de demain ! C’est en 2015, qu’il faut décider d’investir pour 2020… et qui, comme le rappelait le Docteur Fatih Birol lundi 1er décembre, a envie d’investir aujourd’hui en Irak et en Libye ?

Oui, la période 2010-mi-2014 était une période où les groupes investissaient, où le renouvelable commençait à devenir de plus en plus compétitif, où les consommateurs trouvaient leurs comptes.

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