Interdiction du redoublement, nouvelle restriction de la liberté pédagogique

Une salle de classe dans une école (Crédits : Conseil Général du Val-de-Marne, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

La mesure prise par Najat Vallaud-Belkacem va contribuer au nivellement par le bas de l’Éducation nationale.

Par Anne Coffinier.

Classe école Credit Conseil Général du Val-de-Marne (Creative Commons)

Par un décret, paru au J.O du 20 novembre, le ministre de l’Éducation nationale a mis un terme au redoublement. Associée à la suppression des notes, à l’interdiction (hormis en langue) d’enseigner par groupes de niveaux homogènes, cette décision revient à casser le thermomètre pour pouvoir déclarer le malade de l’Éducation nationale guéri. Elle conduit tout droit à un nivellement par le bas. A noter aussi que dans sa magnanimité, Najat Vallaud-Belkacem n’oublie pas l’enseignement privé sous contrat qui se verra lui aussi interdire de faire redoubler les élèves qui en auraient besoin. Cette décision ministérielle constitue une ingérence caractérisée dans la liberté pédagogique des professeurs en général et de l’enseignement privé sous contrat en particulier.

Le décret ne prévoit que deux cas possibles autorisés pour le redoublement : en cas de période de « rupture importante  des apprentissages » liée, par exemple, à une maladie, ou bien pour les élèves des classes de troisième et de seconde « lorsque la décision d’orientation définitive n’obtient pas l’assentiment des représentants légaux de l’élève ou de l’élève majeur ». Dans tous les cas, la décision de redoublement appartient à la famille et à l’élève. Les enseignants n’ont plus leur mot à dire.

Comment comprendre une telle décision ministérielle ?

contrepoints 953 redoublement François HollandeLes opposants au redoublement pensent que ce dernier est inefficace et souvent stigmatisant pour l’élève. C’est en effet souvent le cas. Pour autant, le non-redoublement n’a jamais prouvé sa supériorité sur le redoublement. Les pays qui ne pratiquent pas ou peu le redoublement recourent à l’enseignement en groupes de niveaux homogènes, la spécialisation précoce des élèves dans les matières où ils sont bons, la différentiation précoce des filières – à l’opposé du mythe du collège unique, et l’accompagnement des élèves faibles dès l’apparition des toutes premières difficultés… Autant de dispositifs qui n’existent pas en France.

En supprimant le redoublement, toutes choses égales par ailleurs, le ministre doit donc s’attendre à voir exploser le nombre d’enfants en difficulté et de professeurs incapables de faire cours face à des enfants de niveaux et de motivations trop hétérogènes.


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