L’État-providence rend les gens moins généreux

solidarité-équipe-team-472488_1280 Pixabay (Creative Commons)

La véritable solidarité est celle qui vient du cœur, et non des impôts.

Par Nathalie Elgrably-Lévy, depuis Montréal, Québec

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Note de Contrepoints : cet article se focalise sur le cas québécois. Pour une analyse française, voir ici ou cette analyse caustique de H16 (mais la lecture de l’article ci-dessous et de ses chiffres choc est fortement conseillée).

Lorsque le malheur frappe violemment, comme au moment d’une catastrophe naturelle, les Québécois font preuve d’une générosité exemplaire qui donne foi en l’être humain. On pourrait penser qu’il s’agit là de la manifestation des valeurs de solidarité et d’altruisme sur lesquelles reposerait le « modèle québécois« . Si tel était le cas, ces réactions épidermiques seraient accompagnées d’une culture du don.

Une faible générosité en désaccord avec cette théorie

Or, à l’approche des fêtes, les organismes de bienfaisance s’évertuent à émoustiller, souvent sans grand succès, la générosité des Québécois. Les causes sont nobles, les besoins sont réels et le temps presse. Malgré tout, l’argent se fait rare. En 2013, sur les cinquante États américains et les dix provinces canadiennes, le Québec s’est classé bon dernier en matière de générosité: les Québécois ont alloué 0,3% de leurs revenus à des dons de charité, contre 0,64% pour l’ensemble des Canadiens, et 1,33% pour les Américains.

Pourtant, à l’échelle canadienne, c’est au Québec que faire un don coûte le moins cher. En plus du crédit d’impôt fédéral de 15% (pour les dons de moins de 200$), les Québécois bénéficient également d’un crédit provincial de 20%. Dans les autres provinces, ce crédit se situe entre 5,05% (Ontario) et 11% (Saskatchewan). Pourtant, en proportion de leurs revenus, la contribution des résidents de ces provinces est 2,5 fois plus élevée que celle des Québécois. Les Manitobains sont même trois fois plus généreux malgré un crédit d’impôt provincial de 10,8%

À ce portrait peu flatteur, certains rétorqueront que les Québécois sont relativement pauvres. Certes, on ne peut donner ce qu’on ne possède pas. Or, il apparaît que la générosité d’une société n’est pas proportionnelle à son niveau de richesse. À l’Île-du-Prince-Édouard, le revenu par habitant atteint à peine 85% de celui du Québec. Pourtant, les Prince-Édouardiens donnent deux fois plus que les Québécois. Le Mississipi et la Caroline du Sud sont les États les plus pauvres d’Amérique, mais leurs résidents sont parmi les plus généreux. En 2013, ils ont donné respectivement 1,51% et 1,6% de leurs revenus, ce qui les positionne aux 9e et 6e rang en Amérique du Nord.

Comme ni le crédit d’impôt ni la prospérité économique n’expliquent la générosité, la dimension culturelle semble incontournable. Or, la culture de toute société est influencée par le système économique qui y règne. À cet égard, le Québec se distingue par son État-providence hypertrophié. Depuis 50 ans, on inculque aux Québécois que l’État peut et doit assurer le bien-être des citoyens, qu’il est la panacée à tous les problèmes. Ainsi, au fil des décennies, les besoins se sont transformés en droits, la responsabilité individuelle est devenue obsolète et une culture de revendication a éclipsé la culture du don.

La charité a été « sous-traitée » à l’État. Pourtant, il reste des démunis à aider, des vides à combler, et des larmes à sécher. La véritable solidarité est celle qui vient du cœur, et non des impôts. Combien donnerez-vous cette saison ?