Le modèle québecois remis en question

Publié Par Nathalie Elgrably-Lévy, le dans Amérique du Nord

Deux publications questionnent le « modèle québécois ». N’est-il pas temps pour les Québécois de dessaisir l’État de son rôle de protecteur et de réapprendre à assumer leurs responsabilités individuelles?

Par Nathalie Elgrably-Lévy, depuis Montréal, Québec

Le hasard fait souvent bien les choses. À quelques semaines d’intervalle, deux publications sont venues enrichir notre réflexion sur le modèle québécois et alimenter le débat : il s’agit de De quoi le Québec a-t-il besoin?, un recueil d’entrevues sous la direction de Jean Barbe, Marie-France Bazzo et Vincent Marissal, et de l’essai de Joanne Marcotte intitulé Pour en finir avec le Gouvernemaman.

Le recueil d’entrevues présente un double mérite : non seulement il pose une excellente question, mais le simple fait de formuler pareille question sous-entend que le modèle québécois actuel présente des lacunes. Admettre spontanément que notre système présente des carences constitue déjà en soi un progrès notable.

Si le concept du recueil est intéressant, la qualité du contenu est en revanche très inégale. Certaines personnes interrogées ont simplement partagé leurs états d’âme. Pour elles, le Québec a besoin de magie, de chaos, d’amour, de silence et de poésie. Freud aurait probablement affirmé qu’elles projettent sur la société québécoise leurs propres désirs inassouvis, mais qu’importe, leur contribution est divertissante. Fort heureusement, les pelleteurs de nuages n’ont pas eu le monopole de la parole et quelques interviewés avaient des suggestions plus pragmatiques. Ils ont notamment souligné que le Québec a besoin de réflexion, de rigueur intellectuelle et d’une révolution utile.

Une réflexion poussée et documentée, une introspection et une auto-critique constructive, voilà précisément ce qu’offre l’essai de Joanne Marcotte. Cinq ans après avoir secoué le Québec avec L’Illusion tranquille, elle récidive. Fidèle à elle-même, l’auteure ne fait pas dans la dentelle. Elle dénonce vigoureusement l’État nounou québécois qui nous infantilise chaque jour un peu plus, le populisme de gauche qui nous manipule ainsi que l’omniprésence de la rectitude politique qui aseptise les discours. Elle fait le procès des tabous et des vaches sacrées qui freinent le progrès et s’attaque sans détour à l’effet paralysant de l’hyperbureaucratisation de l’État québécois, à la suprématie des technocrates, au pouvoir syndical et à la culture du no-fault.

Et même si le trio Barbe-Bazzo-Marissal n’a pas posé sa fameuse question à Joanne Marcotte, cette dernière se prononce néanmoins clairement sur ce dont notre Belle province a besoin. Pour elle, nous devons impérativement dessaisir l’État de son rôle de protecteur et réapprendre à assumer nos responsabilités individuelles, nous devons mettre un terme à notre dépendance économique et sociale et nous réapproprier notre libre arbitre.

Chacun est libre de partager ou non les idéaux de liberté et de responsabilité individuelles que Mme Marcotte chérit. Par contre, il ne faut pas voir son essai comme un simple exercice de style, mais comme le premier jalon d’une réflexion que chaque Québécois a le devoir d’entreprendre.

L’échec de l’élite politique actuelle est révélé par la multiplication des partis politiques et nous devrons bientôt choisir qui méritera notre vote. Il est donc plus pertinent que jamais de définir ce dont le Québec a besoin et de s’interroger sur le rôle que l’État devrait jouer dans notre économie. Notre avenir en dépend!

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