Le libéralisme, c’est le renard libre dans le poulailler libre

Renard roux - Credit Eric Bégin (Creative Commons)

Selon ce slogan, supprimer l’État reviendrait à laisser les criminels agir au détriment des honnêtes citoyens alors sans défense.

Selon ce slogan, supprimer l’État reviendrait à laisser les criminels agir au détriment des honnêtes citoyens alors sans défense.

Réalité : cette métaphore ne décrit pas du tout le choix proposé par les libéraux, mais en dit long sur la façon dont les étatistes considèrent les individus.

Renard roux - Credit Eric Bégin (Creative Commons)Tout d’abord, voyons ce que signifie cette métaphore1, quant au rôle de cet État qui se trouve soudain supprimé. Au vu de cette métaphore, alors les individus honnêtes sont des poules dans un poulailler. Qui protège habituellement les poules contre les agressions extérieures ? Un fermier – l’État – remplit ce rôle. Il est censé être un être supérieur aux poules. Mais il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. Si cette métaphore s’applique, alors il faut accepter de voir dans les individus des bêtes d’élevages, soumises au bon vouloir d’un État-fermier. Or ce fermier peut et va à loisir contrôler leur reproduction, voler leurs œufs, les engraisser et les égorger. Le poulailler, c’est l’exploitation des poules par le fermier. Entre le renard et le fermier, il n’est pour les poules que le choix entre deux prédateurs.

L’État n’est pas plus l’ami des citoyens que le fermier n’est l’ami des poules ; comme le fermier exploite ses poules, l’État exploite les citoyens honnêtes. Le criminel, tel le renard, use d’une violence subite, extraordinaire, tandis que l’État use d’une violence ordinaire, permanente ; il enferme ses poules de citoyens dans un poulailler, une prison faite de lois et gardée par des chiens-policiers. Il leur offre un avenir tout fait, où ils seront gavés par diverses subventions mais constamment dépouillés des œufs de la richesse qu’ils créent ; ils sont des esclaves durant toute leur vie, jusqu’à ce que l’État les abatte et se nourrisse de leurs dépouilles, confisquant leur héritage.

Les poules libres ne vivent pas dans un poulailler. Elles vivent au grand air. Elles nidifient dans des hautes herbes. Elles sont loin d’être aussi dodues que les poules d’élevage, mais c’est à elles et non pas à un dîneur que profiteront la graisse et les muscles qu’elles accumuleront. Elles courent vite, sautent loin par dessus les obstacles pour échapper au renard, et même s’envolent pour se percher hors d’atteinte au besoin, elles donnent des coups de bec féroces pour se défendre ou protéger la fuite des leurs. Elles ne pondent pas quotidiennement et en vain pour le plaisir des prédateurs humains, mais à fin de reproduction seulement. Elles ne sont pas enfermées dans une clôture, voire pire dans un poulailler étriqué sans issue de secours en cas de renard ; elles vivent libres de suivre leurs aspirations, et de traverser les routes sans avoir à en répondre à quiconque.

Non vraiment, l’abolition de l’État comme monopole de la force ne peut pas se comparer à laisser entrer le renard dans le poulailler ; car dans une société de liberté, les individus ne sont pas des poules d’élevages soumises à un être supérieur (d’ailleurs, que ces êtres aspirant à nous diriger présentent leurs titres de supériorité !), mais des êtres indépendants, pouvant se défendre seuls ou en groupes volontairement formés, d’autant mieux qu’ils n’auront pas été réduits à l’état d’esclaves passifs. Les libéraux ne sont pas des pacifistes visant à abolir la force défensive. Les tolstoïens étaient de tels pacifistes ; ils ont tous disparu dans la nuit glacée et rouge sang de la révolution bolchévique. Les libéraux revendiquent que les individus puissent organiser leur propre défense. La métaphore animalière pour les agresseurs potentiels dans une société libérale sera alors plutôt celle du crocodile libre dans le fleuve des libres hippopotames – tenu en respect par la peau dure et les mâchoires puissantes des hippopotames, qui vivent paisiblement tant qu’ils ne sont pas attaqués.

  1. Cette métaphore, faussement attribuée à Jaurès ou Lacordaire, nous vient en fait de Ferdinand Kürnberger, en 1874, dont l’expression fut citée et traduite en anglais par Henry Wickham Steed dans une des tirades anti-libérales et anti-sémites de son « The Habsburg Monarchy », 1913, p. 155 et retraduite en français par Victor Bérard, Revue des Deux Mondes, 1er Novembre 1914, p. 177.