Roland-Garros : les Parisiens paieront !

raquette cassée credits derek ar (licence creative commons)

Qui veut de l’extension du stade de Roland-Garros ? Certainement pas les riverains.

Par Le Parisien Libéral.

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Parfois, on se demande si la mairie de Paris est vraiment au service des habitants, ou bien si la surdité est le critère de recrutement.

Si nous étions dans le premier cas, alors il y aurait une écoute des riverains, sans parler des contribuables parisiens, mais nous sommes dans le deuxième cas, où les projets à la fois coûteux et rejetés par la population se poursuivent, sans que nous ayons notre mot à dire. Le chantier des Halles, ses nuisances et ses dépassements de budget ? Pas grave ! Et ce alors que l’une des fonctions clefs des Halles, la gare ferroviaire RER, ne sera quasiment pas touchée, contrairement à ce que proposait l’architecte néerlandais Winy Maas, du cabinet MVRDV. La Philharmonie et son budget non respecté ? Pas important non plus, les contribuables payeront ! Mais dans le cas de Roland-Garros, le scandale financier se double d’un déni de démocratie locale.

La mairie de Paris a annoncé mercredi qu’un avis favorable au projet de rénovation et d’extension du site de Roland-Garros a été rendu par le commissaire enquêteur chargé de l’enquête publique. Et « la construction d’un nouveau court semi-enterré de 5 000 places à la place d’une partie des serres du jardin d’Auteuil ne va pas, selon le commissaire enquêteur Marie-Claire Eustache, « impacter l’ordonnancement du jardin à la française des serres historiques inscrites de Formigé », et les « serres chaudes et techniques » qu’il viendra remplacer n’avait qu’une « fonction de support » par rapport aux serres principales. »

 

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Quel est le problème fondamental de Roland-Garros ? C’est avant tout le manque de place. Quiconque s’est rendu dans le stade de Roland-Garros durant la première semaine de la quinzaine de mai a effectivement constaté que, si le site avait un charme rétro indéniable, la circulation des visiteurs était rendue malaisée par le nombre de gens présents. Or, même après des travaux qui aboutiront à une destruction d’une partie des Serres d’Auteuil, Roland-Garros restera trop petit par rapport à ses concurrents.

 

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D’autre part, Roland-Garros est aussi un problème financier (de coût d’opportunité) pour les contribuables parisiens. La FFT n’est pas stupide. Elle a constaté que la Mairie de Paris était prête à tout pour conserver le tournoi de Roland-Garros… à Roland-Garros. Donc, elle a négocié en connaissance de cause. Cela a donné le fait que, comme le souligne un rapport de l’inspection générale des services de la Ville de Paris, le niveau de la redevance acquittée par la FTT est « très clairement anormalement bas ». Pour les grandes concessions, la ville de Paris a retenu une redevance égale à 15% du chiffre d’affaires hors taxes. L’audit note que la redevance payée par la FFT pour Roland-Garros représente seulement 1,24% du chiffre d’affaires réalisé sur le site.

Autrement dit, parce que la mairie de Paris est incapable de penser en dehors du cadre, on va accepter le fait que les écoliers du quartier d’Auteuil, les promeneurs et les botanistes amateurs soient privés d’un espace précieux, tout cela pour que, durant 15 jours par an, un tournoi sportif puisse avoir lieu, et ce en dépit de l’opposition clairement affichée des habitants du quartier, contre le consensus UMP – PS Delanoe – Hidalgo – Goasguen (enfin, pour Goasguen, on ne sait pas exactement).

Ici encore, comme pour l’affaire de la Tour Triangle, Anne Hidalgo a un problème de majorité. Les écolos parisiens sont contre l’extension de Roland-Garros au détriment des Serres d’Auteuil, ainsi que les élus du Modem qui ont choisi de collaborer avec la majorité socialiste.

Mais, penser en dehors du cadre, ça aurait pu donner quoi ?

Il y avait tout d’abord la solution de la couverture de la A13, proposée depuis des années, y compris par le Modem. L’espace dégagé aurait pu servir à étendre le tournoi, sans empiéter ni sur les Serres d’Auteuil, ni sur le Bois de Boulogne. Bertrand Delanoé et Anne Hidalgo n’en ont pas voulu, sans doute parce que le coût de l’opération aurait impliqué le fait de passer la main au secteur privé entièrement.

Il y avait ensuite la solution du déménagement de Roland-Garros, ailleurs en région parisienne. Plusieurs villes s’étaient portées candidates, notamment Marne-la-Vallée-Disneyland, Gonesse ou Versailles. Mais là encore, les élites médiatiques et politiciennes ont sans doute trouvé inacceptable l’idée d’aller en banlieue pour suivre le tournoi, fût-ce Versailles, alors que Flushing Meadows ou Wimbledon sont pourtant très éloignés du centre de New York et Londres. Il est tout de même comique qu’on nous sorte des concepts technocratiques comme « le Grand Paris » mais que les politiciens et leurs administrations soient incapables d’y mettre du contenu. Les touristes, quand ils viennent à Paris, vont aussi à Versailles ou à Marne-la-Vallée. Idem pour les franciliens qui travaillent rarement dans la commune où ils résident, à part évidemment les bobos du XIe qui vont au travail à vélo. Alors pourquoi Anne Hidalgo ne pourrait-elle pas réunir autour d’une table la FFT et les édiles de Versailles pour commencer à négocier un déménagement ?

Roland-Garros ne sera ni Sivens ni Notre-Dame-des-Landes. Mais le bon sens voudrait que l’on respecte l’opinion des habitants concernés, sans même parler de la folle idée de prendre des décisions intelligentes, qui respectent l’argent des contribuables aussi bien que le patrimoine ? Comme sur d’autres dossiers locaux parisiens d’aménagement, la maire de Paris, avec à sa tête Anne Hidalgo, a le choix : organiser une démocratie du porte à porte, au niveau local et organiser des référendums sur ce type de sujets, plutôt que sur l’implantation de tipis pour enfants sur les berges de Seine à 30 000 euros l’unité, ou alors voir son action embourbée et lestée par les contingences de la litanie des recours en justice.

À voir la satisfaction de la mairie de Paris et l’opinion des amis des Serres d’Auteuil, la deuxième option semble se prolonger.

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