Hollande : mais qu’a-t-il donc appris à l’ENA ?

François Hollande credits Parti socialiste (licence creative commons)

Comment se fait-il que nos dirigeants soient aussi nuls en économie ?

Par Nicolas Nilsen.

François Hollande credits Parti socialiste (licence creative commons)

Ce qui est terrifiant quand on repense à l’intervention télévisée du président de la République, c’est qu’elle révèle non seulement une ignorance crasse des contraintes financières d’un grand État, mais aussi le piètre niveau de culture économique de celui qui la profère devant des millions de Français sidérés. Mais quelle formation le Président de la République a-t-il donc suivie pour arriver à ce niveau d’incompétence ? Essayons de comprendre en regardant les parcours de trois hommes…

François Hollande

Revenons quelques instants sur le curriculum vitae de François Hollande. Pour le malheur du pays, il a évidemment fait l’ENA et est sorti de cette fameuse Promo Voltaire (1978-1980) qui est la niche de tous les copains qui dirigent actuellement la France. Mais comment une grande école comme l’ENA, qui a la prétention, depuis 1945, d’assurer la sélection et la formation de l’élite de la haute fonction publique Française, n’arrive-t-elle pas à former des cerveaux mieux à même de comprendre les principes élémentaires de l’économie et les rudiments de base des finances publiques ?

Mais ce n’est pas tout : après l’ENA, François Hollande devient magistrat à la Cour des comptes. Oui, vous avez bien lu : on envoie donc à la Cour des compte des gens qui ne savent pas compter et s’imaginent de façon pathétique que ce n’est pas cher tant c’est l’État qui paye. Terrifiant de savoir que de tels ignorants dirigent actuellement la France et la conduisent au désastre.

La formation économique ultérieure de notre futur Président sera nulle : premier secrétaire du Parti socialiste, maire de Tulle et président du Conseil général de la Corrèze jusqu’à 2012… Que des dépenses ! Notre Président n’aura donc appris qu’à faire des discours, la tournée de tous les cafés – comme il a tenu à nous le préciser sur TF1 – et surtout à endetter le pays, à commencer par la Corrèze que certains ont baptisée la « Grèce de la France » pour être le département le plus endetté de France, avec près de 1400 euros de dette par personne, soit trois fois la moyenne des départements français. Pas grave pour Hollande puisque ce n’est pas cher, c’est l’État qui paye ! Et vous me dites après ça que les Français ne comprennent pas pourquoi la France est en aussi mauvais état ?

Didier Migaud

À l’opposé et à titre de comparaison, regardons maintenant un cerveau bien formé : celui qui, à l’inverse de Hollande, sait que lorsque c’est l’État qui paye, c’est beaucoup trop cher ! Je parle de Didier Migaud, l’actuel Premier président de la Cour des Comptes. Voilà un homme, nommé en 2010 par Nicolas Sarkozy, qui a le même âge que Hollande, qui est socialiste comme Hollande et qui pourtant connait l’importance cruciale des questions budgétaires. Contrairement au Président et son premier Ministre, il a l’audace de dénoncer avec constance la gabegie étatique. Contre tous ceux qui ont le culot d’affirmer qu’on peut continuer à dépenser sans compter, lui a le courage de dénoncer les errements financiers de l’État dans des rapports officiels qui valent, annuellement, leur pesant de cacahuètes.

Didier Migaud parle peu, on l’invite rarement dans les grands shows télévisés, il ne la ramène pas comme ses petits collègues de la politique qui multiplient promesses idéologiques et inefficacité concrète. Et pourtant c’est lui qui a raison. Je ne suis pas vraiment socialiste mais si j’en parle c’est justement pour faire réfléchir. J’aurais préféré que ce soit lui qui soit élu Président de la République. La France n’aurait pas perdu deux ans, elle aurait été remise sur les rails du bon sens et serait donc sauvée.

Cet homme discret et mesuré a tout compris et a dit courageusement ce qu’il fallait faire : arrêter la gabegie bureaucratique, freiner la pression fiscale et consentir à un freinage sans précédent de la dépense publique (de l’État et des collectivités locales). Il l’a dit à J.-M. Ayrault qui ne l’a évidemment pas écouté ; il l’a dit également à Manuel Valls (qui ne l’a pas écouté non plus) ; il l’a dit aux médias, il l’a dit aux citoyens… Mais on est en France et c’est très mal vu de ne pas proposer d’augmenter indéfiniment les dépenses publiques ! Et surtout c’est tellement plus intéressant de discutailler à l’infini sur le livre de Madame Trierweiler, Léonarda, Julie Gayet ou Nabila !

En juin 2013 déjà, le président de la Cour des comptes disait en termes très diplomatiques : « Aussi longtemps que notre pays aura une dette élevée, il se situera dans une zone dangereuse qui l’expose à un risque en cas de hausse des taux d’intérêt. » « Le risque d’emballement de la dette n’est pas que théorique et peut conduire des États à des remises en cause de leur souveraineté. » Bon, si vous ne comprenez pas le jargon de la Cour, ça ne fait rien : en mettant les sous-titres pour les malentendants et en décodant le sabir officiel ça dit tout simplement :
« Les mecs ça va exploser et on va nous imposer un régime à la grecque ! » Hollande a sans doute pensé que c’était une blague…

Arnaud Montebourg

Montebourg (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)Là on change carrément de monde et on bascule dans le pathétique et le caractériel. On a appris récemment que Arnaud Montebourg, après avoir pourtant exercé pendant deux ans les fonctions de ministre du Redressement industriel puis de ministre l’Économie, avait découvert brusquement que « diriger une boîte était un vrai métier ». Et qu’il s’était donc inscrit, à l’Insead, la grande école de management, pour quatre semaines de formation afin de devenir un « haut dirigeant »… Comment ose-t-il prétendre qu’il va rattraper en quatre semaines une vie entière d’incompétence économique et financière ! Comment peut-on imaginer que cet homme ait pu avoir en charge, ne fut-ce que quelques heures, l’économie française !

Comme tous ses autres collègues du gouvernement, Montebourg n’avait jamais tenu le moindre poste de responsabilité dans une entreprise auparavant et jamais créé un seul emploi de sa vie : pas un. Cela ne l’a pas empêché de prétendre tout savoir et de se présenter comme celui qui allait enfin « redresser » le capitalisme. Rappelez-vous comment il parlait aux chefs d’entreprise – pardon, comment il les admonestait, les engueulait, les fustigeait et les morigénait… – pour les inciter à investir et à créer des emplois et générer de la richesse.

Montebourg avait sermonné le patron d’Alstom pour mensonge et « manquement à la déontologie nationale ». Il avait pourfendu le patron de Numéricable pour manque de patriotisme fiscal. Il avait admonesté le patron de Mittal qu’ « il ne voulait plus en France ». Il avait fait la leçon à la famille Peugeot, comparant le groupe PSA Peugeot-Citroën à un « malade imaginaire ». Il avait engueulé les dirigeants de Sanofi. Il avait fustigé les groupes pétroliers Shell et Total. Etc.

Voilà l’homme que Hollande avait nommé à la tête de l’économie française. Voilà l’homme qui, après avoir quitté le gouvernement, prétend, en quatre semaines, devenir un « haut dirigeant ». Son stage à l’INSEAD après avoir quitté le gouvernement, c’est comme si les conducteurs d’autocars scolaires proposaient de passer leur permis de conduire après être partis à la retraite…

Exercer d’abord et apprendre ensuite à être compétent. Terrifiant ce monde politique français ! Vivement que tous ces incompétents s’en aillent et lâchent au plus vite les manettes au lieu de dire « je me cramponne » comme l’a fait Hollande jeudi soir sur TF1. Pathétique.


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