Quand le grand public se trompe

Foule CC Flickr Damien Roué

Les estimations faites par le grand public sur l’immigration et d’autres sujets sont largement fausses.

Par Richard North, depuis Bradford, Royaume-Uni

Foule CC Flickr Damien Roué

Un texte intéressant dans le Mail met l’accent sur un sondage Ipsos Mori, qui compare les perceptions du public avec la réalité. Et sur chacune des questions à haut profil, allant des grossesses chez les adolescents, à l’emploi et à l’immigration, le sondage montre que la perception du public est éloignée de la réalité.

Les détails se trouvent sur le site du sondage, et ce sujet a aussi été traité par The Independent, qui présente les Britanniques comme « ignorants » sur « presque tout ». Deux comparaisons ressortent nettement : la proportion d’immigrants est estimée par le public à 24%, alors que la réalité est de 13%, et la proportion de musulmans est estimée par le public à 21%, alors que le chiffre réel est de 5%.

Ce qui est intéressant, c’est que ça ne s’applique pas qu’aux Britanniques. Comme le dit diplomatiquement Ipsos Mori, le reste du monde a tout aussi tort. Pour l’ensemble des 14 pays sondés, le public pensait que l’immigration était plus de deux fois son niveau réel. L’estimation moyenne était que 24% de la population était née à l’étranger, alors que le chiffre réel est de 11%.

Ce chiffre global inclut des surestimations massives. Le public américain pense que 32% de la population est composée d’immigrants, alors que la réalité est de 13%. En Italie, le public pense que 30% des gens sont des immigrants, alors qu’en fait c’est 7%. En Belgique le public pense que c’est 29%, alors que c’est 10%.

Ce qui n’a pas été discuté jusqu’ici, ce sont les conséquences politiques de cette étude. Il serait intéressant, par exemple, de faire le même sondage auprès des députés, et ensuite de comparer les différences. Il est possible qu’il y ait un écart significatif dans les perceptions relatives, ce qui pourrait éclairer l’accusation selon laquelle les politiciens sont « déconnectés ».

En effet, si les perceptions sont différentes de façon marquée, et que les représentants du peuple sont plus proches de la réalité que leurs électeurs, cela signifierait que l’antagonisme contre la classe politique est alimentée par l’ignorance. Dans ce scénario, plus l’ignorance serait grande et plus l’antagonisme en question serait aigu, ce qui pourrait expliquer le comportement « criard et râleur » des supporteurs du UKIP (ou « kiptoïdes », comme certains suggèrent qu’on devrait les appeler).

Quand on écrit l’histoire, l’une des plus grandes difficultés pour évaluer les réactions des personnages clés n’est pas tant d’essayer de découvrir ce qu’ils savaient que de comprendre ce qu’ils ne savaient pas. Peut-être avons-nous à faire ici au même phénomène : les députés et autres auraient largement sous-estimé l’ignorance – et donc la distorsion de la perception – du public britannique. Après tout, s’ils ne sont pas au courant que le public voit un problème comme deux fois plus gros qu’il ne l’est réellement, alors leurs réponses seront perçues comme inadéquates.

Cependant, de ceci découle un intéressant dilemme. Les personnes qui élaborent les politiques devraient-elles chercher à éduquer les électeurs, et donc à corriger leurs perceptions, ou à répondre à leurs perceptions, même si elles sont fausses ? Et si elles ne choisissent pas la deuxième option, comment éviter l’accusation selon laquelle elles ignorent l’opinion publique ?


Sur le web. Traduction Contrepoints.