Roms : le double discours de l’État

imgscan contrepoints589 Valls Roms

Évacuation des camps de Roms : devant les caméras, les élus s’indignent ; confrontés à leurs administrés, ils signent des arrêtés d’expulsion.

Par le Parisien libéral

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Comme d’habitude. Un camp rom est démantelé aux portes de Paris, et d’éminents représentants de la gauche s’émeuvent. Entre Libération qui titre « Roms : la gauche face à ses contradictions » ou les tweets de Cécile Duflot, on est servi !

En effet, ce que la gauche, actuellement au pouvoir, refuse de voir, c’est que non seulement il n’y a pas d’un coté une méchante droite adepte du discours de Grenoble et de l’autre une gauche humaniste qui tente de surmonter ses « contradictions », mais qu’en fait, il y a une incompatibilité totale entre la façon dont la France, de gauche comme de droite, est gérée, et le mode de vie des Roms.

En effet, que reproche t-on aux Roms, et pourquoi se sont-ils fait expulser de ce camp à Bobigny mardi, et à Paris, Nantes ou Lille précédemment ? D’une part, ils occupent des terrains de manière illégale, d’autre part, ils vivent dans des conditions insalubres.

Hollande et Valls se conduisent comme Sarkozy et Hortefeux, et ce depuis le premier jour du mandat socialiste en 2012. Pourquoi ?

C’est simple : vu la façon dont la France fonctionne, il ne peut pas en être autrement. En effet, habiter en France ne peut pas se faire hors du cadre que l’administration a défini. Et en même temps, habiter en France implique un certain nombre de droits, comme celui de pouvoir scolariser gratuitement ses enfants dans l’enseignement primaire et secondaire, « gratuit » et obligatoire.

Dans le cadre de l’expulsion de Bobigny, l’administration a suivi les règles, et ces règles découlent de la loi – loi votée par les députés. Avec une majorité socialiste à l’Assemblée Nationale, le PS pourrait très bien, s’il le voulait, amender ces règles. Il ne le fait pas ? Pourquoi ?

Parce que tous ces cumulards de députés sont aussi, très souvent, des maires. Et quand on est un élu de terrain, à l’écoute des habitants, les belles idées humanistes développées au sein de la rédaction de Libération ou de L’Humanité font face à la réalité : non seulement les habitants, les contribuables, ne veulent pas de roms à coté de chez eux, mais en plus les maires, y compris socialistes, de Ayrault à Aubry, en passant par Delanoë et Hidalgo, sont d’accord avec eux. Le constat est identique chez les maires communistes, comme l’arrêté d’expulsion signé il y a trois jours par la mairie de Vénissieux le démontre.

Si le gouvernement n’était pas d’accord avec l’administration et ses pratiques, il y aurait toujours la possibilité de révoquer les préfets en charge des expulsions. À d’autres occasions et pour d’autres motifs, Manuel Valls a déjà révoqué des préfets. Ici, rien de tout cela. C’est donc que globalement, le PS est droit dans ses bottes, et approuve.

Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On continue ces absurdes expulsions qui créent des nouveaux SDF et des délinquants ? Déjà, il pourrait y avoir un début de solution si les gens comme les journalistes de Libération ou Cécile Duflot se bougeaient. Au lieu de regretter ces expulsions, pourquoi ne cherchent-ils pas à héberger des roms chez eux ? Ensuite, si on veut laisser à des gens l’opportunité d’ « émigrer » en France, peut être qu’on pourrait aussi envisager de ne plus lier présence sur le sol national et accès gratuit à des services publics comme l’Éducation nationale ou la santé. Le mot émigration est ici à prendre avec du recul puisqu’il s’agit, dans le cas des Roms, d’une migration intra-européenne.

C’est pourquoi, en réalité, les roms sont une opportunité. Leur présence en France est l’occasion pour que nous réexaminions notre système social au sens large, et la façon dont il est financé. Plutôt que cette fausse gratuité (payée à crédit) à propos de laquelle on nous ment tous les jours, peut-être pourrions nous envisager que chaque travailleur en France perçoive son salaire complet et finance lui-même ses dépenses de santé, d’éducation, etc.

La question Roms permet aussi de soulever celle du stupide droit au logement. Comment la loi peut-elle s’engager à garantir un logement à chaque personne sur le territoire ? Par définition, cela n’a aucun sens. Pire, cela aboutit, si on le croise avec l’obligation d’habiter dans un logement décent, à ces expulsions suivies de relogement là où c’est possible. Est-ce que les scolaires du Xeme arrondissement et les contribuables parisiens ont à subir la décision de la préfecture de Seine-Saint-Denis ?

On sait qu’il existe un consensus politique pour dire que les Roms, on n’en veut pas. De Anne Hidalgo à NKM, en passant par Valls ou le FN, tous diront que le pays n’a pas vocation à accueillir toujours plus de Roms. Mais on sait qu’il existe aussi un consensus médiatique qui consiste à dénoncer les attaques contre les Roms. Simplement, ces bons sentiments sont plus faciles à tenir au cœur du 3eme arrondissement de Paris que dans les quartiers nord de Marseille. Il va falloir que les élites politico-médiatiques réconcilient ces deux points de vue. Pour cela, peut être pourraient-elles commencer par remettre en cause le système social français.

Il existe une alternative à la schizophrénie étatique actuelle. Elle consiste à attribuer aux Roms, comme à tous les Européens, le bénéfice de la liberté de circulation, tout en admettant que le système social français ne peut plus demeurer en l’état. Elle consiste, par exemple, à se dire que peut-être que les Roms se sentent mieux dans un bidonville, même insalubre de Seine-Saint-Denis, que dans un quasi ghetto de Roumanie. Dans ce contexte, la France, tout en allégeant ses critères définissant la salubrité minimale d’un lieu, pourrait se concentrer sur la mise en œuvre du respect du droit de propriété. Si les Roms trouvent, en France, des terrains que des propriétaires seraient prêts à louer, pourquoi ne pourraient-ils pas y vivre ?


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