Être vivant au milieu des zombies

Le jeu vidéo enseigne à respecter ses valeurs plus que la loi ou la norme. Mais il y a un pas de plus à franchir pour devenir libre.

Jeu vidéoLes jeux vidéo sont dangereux pour les politiciens, mais pas pour les raisons qu’ils croient. Les jeux vidéo ne rendent ni violent, ni stupide ; ils représentent en revanche une formidable opportunité de développer des capacités intellectuelles et des qualités au moins équivalentes à d’autres activités jugées plus épanouissantes. Le danger – pour les politiciens – réside avant tout dans le message des jeux vidéo.

D’Assassin’s Creed à Grand Theft Auto, en passant par Red Dead Redemption, difficile de trouver une image plus lucide des politiciens et des autorités qui, au nom du Bien, finissent le plus souvent par faire le mal. Au contraire, les héros de ces best-sellers ne sont peut-être pas des modèles de conformité avec la loi, mais tous font preuve d’un réel sens moral ou d’un code de conduite qu’ils respectent en toutes circonstances. Le héros de Red Dead Redemption n’aspire, une fois sa mission remplie et la justice rétablie, qu’à vivre paisiblement sa vie de fermier.

Tous ne sont pas des exemples à suivre. Mais tous agissent selon leurs propres valeurs, qu’elles aillent à l’encontre de la loi ou non. Et tous sont conscients que le gouvernement n’est pas une entité œuvrant pour le bien de tous, mais a des intérêts propres qu’il n’hésiterait pas à défendre au prix de victimes plus ou moins directes.

Ce type de jeux vidéo offre par ailleurs au joueur un statut à part, à l’opposé des – nombreuses – simulations qui rencontrent parfois un étonnant succès. Alors que l’immense majorité des autres personnages semblent prisonniers de la routine de leur vie quotidienne, les personnages principaux ont le courage d’agir différemment et de ne pas se conformer à quelque modèle que ce soit. Ils placent leurs valeurs non seulement au-dessus de la loi, mais aussi au-dessus des normes.

Alors que nos sociétés, sous couvert de promouvoir la diversité, restreignent nos choix et rendent le monde tristement monotone, le sentiment de vivre dans une société trop étroite est de plus en plus partagé. Et comment pourrait-il ne pas l’être, alors que nos choix sont de plus en plus restreints et nos rôles de plus en plus formatés, et que tous semblent chercher à maintenir en vie le modèle à bout de souffler que nous connaissons ?

Le changement, c’est peut-être demain ; mais en attendant, le changement, c’est flippant. Pour tous ceux, en tout cas, qui pensent avoir quelque chose à y perdre, et ne se rendent pas compte que le plus grand risque est de ne pas s’adapter.

Il n’y a rien de sain à être bien adapté à une société profondément malade. — Krishnamurti

Mieux vaut être inadapté, ne pas avoir en soi toutes les limitations du monde d’aujourd’hui – dont on dira demain qu’il était le monde d’hier – que s’adapter à un monde inutilement limité.

Mieux vaut se débarrasser des croyances inutiles en l’État, en la stabilité absolue, en la capacité que nous avons à contrôler pleinement nos vies et celles des autres pour le meilleur. Mieux vaut embrasser au contraire la responsabilité pleine et entière de sa vie, briser les chaînes qui ont toujours subordonné l’individu à la tribu, pour tisser ensuite les liens que nous souhaitons. Mieux vaut embrasser la liberté.

Il y a moins courageux encore que le conformiste : l’anti-conformiste de façade. — Ayn Rand

La liberté n’est pas qu’une posture ou une idée politique ; elle est un état d’esprit exprimé en actions. Elle est la quête de choix réellement libres, restreints ni par une quelconque autorité extérieure, ni par une « autorité intérieure » empêchant de percevoir la vérité. La liberté est une double quête du bonheur et de la vérité.