Écotaxe : les entreprises ont raison de ne pas avoir confiance en l’État

Ségolène Royal en meeting à Villepinte en 2007 (Crédits philippe grangeaud-Parti Socialiste licence Creative Commons)

Les entreprises ont raison de ne pas avoir confiance en l’État et sa parole toujours susceptible d’être remise en cause.

Par Le Parisien Libéral.

Ségolène Royal en meeting à Villepinte en 2007 (Crédits philippe grangeaud-Parti Socialiste licence Creative Commons)

Les propos irresponsables de Ségolène Royal sur l’arrêt de l’écotaxe permettent au moins la confirmation sur le point suivant : les entreprises, même du CAC 40, même impliquées dans le capitalisme de connivence, ont raison de ne pas avoir confiance en l’État et sa parole toujours susceptible d’être remise en cause.

En effet, la ministre de l’environnement ne s’est pas contentée de mettre fin à l’écotaxe, adoptée à la quasi unanimité (y compris les socialistes), elle a assorti ses propos de lourdes menaces sur les concessions autoroutières, en promettant de les taxer plus car leurs profits sont trop élevés, et elle a ajouté qu’Ecomouv se verrait opposer une bataille juridique en contentieux.

Ségolène Royal a-t-elle agi pour ne pas avoir à affronter une coalition Bonnets Rouges/chauffeurs routiers ? Oui, certainement.

Mais de quel droit la ministre de l’Environnement décide-t-elle que le gouvernement doit engager des négociations avec des entreprises qui ont acheté des actifs publics il y a quelques années ? Pourquoi la ministre de l’Environnement, déjà, ne respecte-t-elle pas la hiérarchie gouvernementale qui consisterait à laisser Manuel Valls s’exprimer ? Cela éviterait à Sapin d’avoir à rappeler que les contrats de concession des autoroutes privatisées prévoient une hausse du prix des péages en cas de hausse de la fiscalité.

Ensuite, puisqu’elle était déjà ministre en 1993, il y a plus de 20 ans (!), pourquoi Royal ne nous explique pas pourquoi l’État, alors propriétaire des autoroutes, n’a pas supprimé les péages ?

Sapin et Royal déjà ministres en 1992

écotaxe royal rené le honzecRappelons que ceux-ci, créés « à titre temporaire » durant les années 60, devaient servir à financer la construction du réseau, car la France était en retard par rapport à l’Allemagne et à l’Italie. En 1990, les péages, qui auraient dû disparaître, sont restés, et l’État, comme Vinci ou Eiffage aujourd’hui, a encaissé d’énormes profits qui ont servi à construire de nouvelles autoroutes inutiles ou à financer le reste des dépenses de l’État.

D’autre part, Ségolène Royal a affirmé sur France Inter que le chiffre de 1 milliard d’euros à verser à Ecomouv, la société opérateur de l’écotaxe, à titre de dédommagement, n’était pas certain. Au contraire, l’État traînerait Ecomouv en justice pour démontrer que le concessionnaire avait sa part de responsabilité dans l’échec du système.

On peut parier à coup sûr que la justice, en effet, trouvera quelque chose à redire. En effet, bien que la commission d’enquête du sénat avait démontré qu’il n’y avait pas d’irrégularité avec le contrat, Ecomouv n’avait pas réussi à diffuser de manière large les boîtiers de contrôle qui devaient interagir avec les fameux portiques.

De toute façon, l’État, qui joue avec l’argent des contribuables, n’a t-il pas le temps pour lui, face à une entreprise qui doit rembourser ses fournisseurs et payer ses salariés ?

Il n’y a pas un jour, pas une situation qui ne cessent de prouver que les entreprises ont raison de ne pas avoir confiance en l’État. Que ce soit des petits entrepreneurs qui livrent des ministères et se retrouvent étranglés par les délais de paiement (les réformes pour les autres mais jamais pour l’État) ou des grands groupes qui voient les règles du jeu changer en cours de match, tous les acteurs sont touchés.

Comment voulez-vous, dans ce contexte, que la parole de gens comme Sapin ou Royal, soit entendue, et que des dispositifs comme le CICE puissent avoir de l’effet ?

Ecomouv aurait pu être à ce début de XXIème siècle ce que les fermiers généraux étaient au grand siècle français. On sait ce que ces derniers sont devenus. Entreprises : l’État vous propose un partenariat public-privé ? Fuyez, vous n’êtes pas des partenaires égaux !


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