Sécurité sociale : faut-il dégraisser le mammouth ?

mammouth credits santMB (licence creative commons)

La Sécurité sociale continue inexorablement sa glissade vers l’enfer des dépenses non maîtrisées.

Quand Marisol Touraine se concentre sur une énième politique antitabac, la Sécurité sociale continue inexorablement sa glissade vers l’enfer des dépenses non maîtrisables et nous fait croire qu’elle est la garante de la santé de chacun.

Par Charles Garnier.

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À l’heure où l’on nous annonce qu’il va falloir trouver des économies pour mieux maîtriser le déficit de la Sécurité sociale, proche de 15,3 milliard d’euros pour 2014 et 13,2 milliards pour 2015, il nous arrive « d’avoir mal à la France ».

Que la famille devienne la seule source d’économie en divisant par trois la prime de naissance au 2ème enfant, en diminuant les aides pour leur garde et en réduisant le congé parental pourtant largement plébiscité en août dernier par le gouvernement, c’est donc une politique familiale qu’on est en train de démolir.

Quand Marisol Touraine se concentre sur une énième politique antitabac, la Sécurité sociale continue inexorablement sa glissade vers l’enfer des dépenses non maîtrisables et nous fait croire qu’elle est la garante de la santé de chacun.

Quand, il y a peu de temps, Didier Migaud, le président de la Cour des comptes, recommandait des réformes structurelles et courageuses pour réduire le déficit et l’endettement (226,7 milliards à ce jour soit environ 10 points de PIB), on préfère toucher à la famille plutôt que de dégraisser le mammouth selon l’expression chère à un ancien ministre de l’Éducation nationale, Claude Allègre.
Et si nous parlions chiffres pour mieux comprendre le fonctionnement de la « Sécu » :

Quand aux USA 65.000 personnes gèrent le système « Medicare1 » ayant 40 millions de bénéficiaires, quand en Allemagne il y a 45 000 personnes qui en gèrent 80 millions, il y a en France 92 000 personnes dans la branche maladie de la Sécu pour gérer 57 millions de bénéficiaires. Cherchez l’erreur !

Ces 92 000 personnes chargées notamment de gérer et de contrôler les arrêts maladie des salariés du privé, ont un statut spécial hautement protégé par tous les avantages qui y sont attachés, et elles ont un taux d’arrêt maladie deux fois plus important que celui des salariés du privé (sans aucun jour de carence) représentant 7,98% de leur temps de travail, alors qu’elles bénéficient de surcroît de congés spéciaux supplémentaires au-delà des cinq semaines légales. Dans certaines caisses le cumul des absences représente ainsi plus de 27% du temps de travail, ce qui amène à avoir plus du quart des effectifs indisponibles pour gérer les dossiers des assurés. Le dernier rapport de la Cour des comptes pointe les avantages dont bénéficient les cadres de la Sécurité sociale en sureffectif lesquels perçoivent en moyenne 99.627 euros brut annuels.

Avec un tel sureffectif et en maîtrisant les absences de son personnel, la Sécurité sociale, dans le cadre d’une bonne gestion, pourrait économiser quelques 500 millions. Quand la moyenne des salaires toutes catégories confondues est de 41.000 euros, une réduction de 5% de ces effectifs économiserait encore 500 autres millions par an. Quant à ses dépenses de fonctionnement, lorsqu’ on les compare en pourcentage du PIB avec d’autres pays de l’Union européenne, la France se caractérise en étant le cancre de la gestion à 1,47% du PIB, contre 0,45% pour le Royaume-Uni, 0,92% pour la Belgique, 1,15% pour l’Allemagne et une moyenne européenne de 0,89%. Ramener les dépenses de fonctionnement au seul niveau de l’Allemagne aboutirait à une économie de 6 milliards. À ce prix-là, la gestion de notre Sécu devrait être exemplaire.

Hélas, quand l’État ou les pouvoirs publics viennent nous démontrer tous les jours qu’ils sont des piètres gestionnaires de la redistribution de nos contributions, la Sécurité sociale n’est que le reflet du délitement de nos institutions.

Et ce n’est plus une Marisol Touraine qui a eu le talent de se mettre tout le monde de la santé à dos depuis qu’elle est aux commandes, qui serait capable de courage, de vision et de discernement qui pourrait changer la donne.

Il nous faudrait un « Clémenceau » pour dégraisser le mammouth ! Et peut-être changer le système en s’inspirant de la réussite de certains régimes bénéficiaires comme celui de l’Alsace Lorraine ou de certains pays qui ont traversé le même type d’équation insoluble, tels que la Hollande, la Nouvelle-Zélande ou Singapour.


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