Cycles menstruels : mythes et réalités

hylas and the nymphs credits tom jervis (licence creative commons)

Il fallut attendre le début du XXème siècle pour enfin comprendre que les règles étaient liées au cycle hormonal de l’ovulation et des modifications de l’endomètre.

Par Jacques Henry.

hylas and the nymphs credits tom jervis (licence creative commons)

Il y a encore peu d’années, disons un peu moins d’un siècle, on considérait communément que les femmes saignaient par le vagin parce qu’elles avaient périodiquement besoin de se purifier. Hippocrate avait écrit, dans l’œuvre intitulée Aphorismes qui lui est attribuée, qu’en absence de règles, les saignements de nez pouvaient tout aussi bien remplir cette fonction de purification chez la femme. Cette croyance a perduré jusqu’à la fin du XIXème siècle, au moins en Europe. La pratique des saignées, en vogue au XVIIème siècle semblerait inspirée de cette croyance purificatrice des règles. Il fallut attendre le début du XXème siècle pour enfin comprendre que les règles étaient liées au cycle hormonal de l’ovulation et des modifications de l’endomètre, la paroi interne de l’utérus, pour expliquer rationnellement l’existence des règles.

Donc, pendant des millénaires et encore maintenant dans de nombreuses parties du globe, on considérait que le corps de la femme était plus « spongieux » que celui de l’homme et qu’il avait tendance à accumuler du sang plus ou moins impur qu’elle devait éliminer périodiquement au risque de devenir gravement malade. La croyance encore très répandue du caractère malsain du sang menstruel découle de ces affirmations qui remontent donc à Hippocrate…

Une autre croyance tout aussi extravagante était que le sang était source de vie pour l’enfant. C’est encore un autre médecin grec qui l’affirma. Galien écrit dans son traité Mixtures, je cite : « le sang est potentiellement de la chair, le moindre changement fait qu’il peut apparaître de la chair à partir du sang ». En d’autres termes, pour Galien du moins, pas de sang, pas de bébé ! On sait aujourd’hui que le placenta alimente le fœtus en sang par l’intermédiaire du cordon ombilical et ce sang est lui-même oxygéné et enrichi en éléments nutritifs par celui de la mère.

Hippocrate, qu’on pourrait aujourd’hui taxer de machiste forcené, déclarait toujours au Vème siècle avant notre ère dans son Traité sur les maladies féminines que des règles « normales » devaient atteindre en volume une pinte en trois jours, soit deux cotyles de l’Attique ou à peu près un demi-litre. On sait que les règles normales atteignent rarement plus de 100 millilitres, loin des évaluations fantaisistes d’Hippocrate ! Ce médecin légendaire s’appuyait sur la croyance, encore une, que le volume de l’utérus, une notion plutôt arbitraire, était de l’ordre de deux cotyles. Encore de nos jours, de nombreuses femmes déclarent qu’elles se sentent « mieux » quand leurs règles sont abondantes…

Toujours à propos des règles, Hippocrate prétendait que les émotions féminines étaient liées à celles-ci et que de bonnes relations sexuelles et des grossesses répétées ne pouvaient que stabiliser ces émotions. Il a résulté de cette affirmation encore une fois liée à des croyances d’origines diverses, mais tout de même reprises par Hippocrate, que les femmes étaient souvent perturbées psychiquement par leur cycle menstruel. C’est la raison pour laquelle le corps médical moderne a codifié en quelque sorte le syndrome prémenstruel qui décrit les douleurs, la mauvaise humeur générale et parfois l’agressivité ou au contraire la langueur des femmes avant l’apparition des règles et durant celles-ci. Or les études réalisées sur des centaines de milliers de femmes montrent sans ambiguïté qu’à peine 2% de celles-ci sont réellement affectées par leur cycle menstruel et que la plupart d’entre elles souffrent par ailleurs de difficultés relationnelles dans leur couple ou dans leur milieu professionnel. La méta-étude regroupant 47 analyses de par le monde, parue dans la Revue Gender Medicine a montré que durant trois semaines du mois les femmes taisaient leur mal-vivre, l’apparition des règles les autorisant à extérioriser leur état dépressif. Il n’en a pas fallu beaucoup plus pour que les médecins prescrivent des antidépresseurs à leurs patientes souffrant de syndrome prémenstruel ! Business is business

Finalement, comme le sang impur qui doit être éliminé chaque mois, le syndrome psychique menstruel est un mythe.

Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit, les règles douloureuses existent bel et bien car elles sont la manifestation de contractions de l’utérus favorisant l’évacuation du sang menstruel. Près de la moitié des femmes sont sujettes à des règles douloureuses, mais Hippocrate, étrangement, n’en a jamais parlé. Peut-être que pour lui, les douleurs de l’enfantement rappelées chaque mois faisaient partie de la condition féminine.

Source : inspiré d’un article paru dans The Conversation


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