Victoire des sociaux-démocrates en Suède sur fond de forte poussée de l’extrême droite

stefan Löfven credits socialdemokrateria (licence creative commons)

Progression de l’extrême droite et victoire du social-démocrate Stefan Löfven après 8 ans de conservatisme en Suède.

Par Vincent Delhomme.
Un article de Trop Libre.

stefan Löfven credits socialdemokrateria (licence creative commons)

Le décor change, mais le scénario reste le même. Une nouvelle fois en Europe, c’est l’extrême droite qui sort grand vainqueur des élections législatives en Suède tenues ce dimanche, en doublant son score par rapport aux dernières élections. C’est néanmoins au social-démocrate Stefan Löfven qu’il revient de former un nouveau gouvernement après huit ans de gouvernement conservateur, son parti arrivant premier avec 31,2% des voix.

La tâche s’annonce difficile, le bloc rouge-vert (réunissant les sociaux-démocrates, les écologistes et la gauche radicale) ne réunissant que 43,7% des suffrages et 158 sièges, pas assez pour disposer d’une majorité absolue au Riksdag, le parlement suédois. À peine plus élevé qu’il y a quatre ans, c’est un résultat en demi-teinte pour la gauche suédoise. De plus, de nombreuses divergences de vue existent entre les partenaires, notamment les sociaux-démocrates et la gauche radicale. Pour Stefan Löfven, il s’agira de ramener à lui certains des partis les plus centristes de la coalition sortante afin de constituer une majorité, ou bien de constituer un gouvernement minoritaire comme cela arrive régulièrement en Suède.

Pour les Démocrates de Suède, l’extrême droite, le succès est total. Ils poursuivent leur rapide progression déjà entamée il y a quatre ans et confirmée aux dernières élections européennes. Avec 12,9% des voix, ils s’installent confortablement comme le troisième parti de Suède, réalisant parfois des scores de près de 30% dans certaines communes de Scanie, au sud de la Suède, leur fief. Lissant volontiers son image, le parti s’est concentré sur la dénonciation de l’immigration, dans un pays où la tradition d’accueil des demandeurs d’asile est très ancrée et où la pression migratoire se fait de plus en plus forte. La politique d’intégration suédoise est très critiquée et l’accès des immigrés au marché du travail se révèle très difficile.

Pour la coalition sortante du premier ministre Fredrik Reinfeldt, la défaite, avérée, est loin d’être infamante. Avec 39,3% des voix, l’Alliance pour la Suède, regroupant quatre partis, n’échoue pas si loin de la coalition victorieuse. Elle perd néanmoins près de dix points par rapport aux dernières élections, signe de la lassitude des électeurs après huit ans de gouvernement conservateur. Cela vient sanctionner un bilan économique mitigé, avec une croissance relativement stable et forte, mais un chômage toujours élevé, surtout chez les jeunes. Cela témoigne aussi des interrogations de la société suédoise sur son école, dont les derniers tests PISA ont montré les faiblesses, sa politique d’intégration, et plus globalement l’orientation libérale prise par le pays depuis deux décennies.

Si l’on ne sait précisément aujourd’hui les décisions qui seront celles du futur gouvernement suédois, il y a fort à parier qu’elles ne reviendront pas sur les orientations fondamentales prises par le pays après la crise des années 1990 pour adapter son modèle à la nouvelle donne économique.


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