Pétrole : le brent en baisse

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Le Brent peut-il continuer de baisser ? Et si oui… jusqu’où ?

Par Aymeric de Villaret.

Pumpjack Pétrole en Alberta, au Canada (Crédits Jeff Wallace, licence Creative Commons)

Le cours du Brent vient de baisser de plus de 15$ / baril depuis la mi-juin lorsque l’EIIL (États Islamique en Irak et au Levant) était aux portes de Bagdad et faisait craindre aux marchés une interruption de la production irakienne.

Force est de constater que, depuis, les craintes sur l’offre se sont plus qu’apaisées avec :

  1. aucune interruption de la production irakienne, située principalement au sud du pays,
  2. une production libyenne en hausse, malgré le chaos dans lequel est plongé le pays,
  3. une révision à la hausse par l’EIA (Energy Information Administration) du potentiel de l’huile de schiste américaine alors que la demande inquiète tant au niveau européen qu’au niveau asiatique (notamment en Chine après les chiffres d’importations du mois d’août).

Faut-il pour autant craindre une poursuite, voire une accélération de la baisse des cours ?

Bien sûr, il ne faut jurer de rien et le passé est là pour le rappeler, mais nous soulignerons les points suivants :

  1. Le plafond de production de l’huile non conventionnelle (tight oil en anglais) des États-Unis sera atteint rapidement (avant 2020), même si bien sûr la révision à la hausse par l’EIA de la production 2015 peut laisser augurer d’une prolongation de l’essor de cette huile.
  2. À l’inverse du gaz de schiste, les États-Unis devraient demeurer importateurs de brut.
  3. Le point mort de l’huile de schiste américaine dans les régions où elle se développe (Utica) est assez élevé (>60 $), limitant d’autant la chute éventuelle des prix.
  4. Les principales réserves de brut se situent dans les pays de l’OPEP et ceux-ci ont besoin d’un cours du baril supérieur à 80 $ pour équilibrer leurs budgets.
  5. Les tensions géopolitiques (Iran, Irak, Égypte, Sud-Soudan, Syrie, Nigeria et Libye) n’ont pas disparu avec les risques de perturbation de production. Difficile de prédire les conséquences éventuelles d’une extension du conflit en Irak-Syrie et/ou du chaos libyen, même si aujourd’hui la production pétrolière n’est pas (ou très peu) impactée.
  6. L’expérience a montré que les anticipations de croissance de production des nouvelles productions ont souvent (même très souvent) été surestimées… i.e. Ghana, Ouganda, Irak…
  7. Pour finir, n’oublions pas que nous sommes à la porte de l’hiver de l’hémisphère nord avec une hausse naturelle de la demande mondiale.

pétrole rené le honzecSoulignons aussi que toute chute exagérée des prix (à l’image de celle de 2008-2009) entraîne une baisse des investissements et de facto une remontée des prix. Les réserves de pétrole se trouvent dans les pays de l’OPEP, et les pays de l’OPEP doivent investir, ne serait-ce que pour maintenir leurs productions…

En effet, il ne faut pas oublier que, du fait du déclin naturel des champs pétroliers, le monde se doit de trouver tous les deux ans quasiment une nouvelle Arabie Saoudite juste pour maintenir la production mondiale : l’Arabie Saoudite a produit en 2013 9,7 Mb/j de pétrole. Cela se compare avec une hausse annuelle actuelle de la production des États-Unis de 1 Mb/j (comme confirmée le 9 septembre par l’EIA dans son rapport : World Outlook Energy 2014).

À court terme, si les cours du Brent venaient à chuter à 90$ / baril ou s’en approcher, nous ne pouvons exclure malgré tous les points soulignés ci-dessus, une réaction de l’OPEP, lors de sa réunion du 27 novembre, si ce n’est avant si la situation empirait.