Mais si M. Sapin, réduire les dépenses est devenu impératif !

Croissance Sapin (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Le problème est qu’il faut impérativement les faire, ces économies, si nous voulons éviter le naufrage.

Par Nicolas Nilsen.

Michel Sapin credits PS (licence creative commons)Ça y est, Michel Sapin, notre ministre dit des Finances, vient de l’avouer : il ne tiendra pas l’objectif de 21Md€ d’économies sur les dépenses publiques en 2015 (sur les 50 Md€ prévus sur 2015-2017). Et pourquoi donc ? Tout simplement nous dit-il parce qu’on « ne peut pas avoir les mêmes objectifs avec une inflation qui devient très faible »… Et hop, ça passe dans les médias comme une lettre à la poste. Les gens ont écouté vaguement, ils n’ont pas compris mais ils s’inclinent : le ministre des Finances a dit qu’il ne tiendra pas l’objectif annoncé solennellement par le Premier ministre devant le Parlement, pas de problème. Tiens, si on parlait plutôt du livre de Mme Trierweiler qui passionne les médias parce que ça leur permet de ne pas parler de ce qui éviterait à la France de continuer à sombrer…

Le problème c’est que, inflation ou pas inflation, il faut impérativement les faire ces foutues économies ! Il y a trop de dépenses publiques et d’emplois publics qui ruinent le pays, plombent la dette et détruisent l’emploi privé par leur coût excessif prélevé sur l’économie marchande. L’alibi de Sapin ne tient pas. Il doit donc faire ces économies et c’est tout. Un ministre des comptes publics c’est fait pour ça. Et c’est d’ailleurs ce que demande inlassablement la Cour des Comptes depuis des années, et singulièrement dans son dernier rapport sur « La situation et les perspectives des finances publiques – juin 2014 » où la Cour rappelle que la dette publique sera supérieure à 2000 Md€ à la fin de 2014 ; que la plus grande part de cette dette (80%) est portée par les administrations centrales, et en particulier par l’État ; et que la baisse des prélèvements impose « un fort ralentissement de la croissance des dépenses… ».

Des économies auxquelles personne n’a jamais cru vraiment

Ces économies, de l’ordre de 50 Md€ sur les années 2015 à 2017, n’étaient en réalité que de prétendues économies tout à fait illusoires… Elles ne servaient que de leurre et d’écran de fumée dans la stratégie médiatique habituelle de Manuel Valls.

Des économies « tendancielles »…

Il faut d’abord voir ce que recouvrait exactement ces 50 Md€ d’économies. Elles correspondaient (tenez-vous bien)… à la différence entre l’augmentation tendancielle des dépenses sur la période 2015-2017 et l’objectif de croissance des dépenses du programme de stabilité. Oui, c’est difficile à comprendre mais que voulez-vous, c’est comme ça que les choses sont calculées dans les ministères où les économies envisagées le sont par rapport à une « progression tendancielle » des dépenses. Contrairement à ce que pourrait laisser entendre l’usage courant du mot « économie », il ne s’agit donc pas de réduire vraiment le montant des dépenses publiques, mais de faire en sorte que leur croissance soit inférieure à l’estimation de leur progression « tendancielle »…

Essayez de suivre la pirouette mathématique du gouvernement : d’abord il estime leur hausse « tendancielle » à 120 Md€ ; ensuite il envisage de limiter l’augmentation des dépenses à environ 70 Md€ de 2014 à 2017 ; et paf, ça lui fait 50 Md€ d’économies… Vous devriez faire pareil pour afficher que vous limitez effectivement votre train de vie en faisant des économies : vous hésitez d’abord à acheter une bouteille à 120€, puis vous décidez de vous rabattre sur une bouteille à 50€ et hop, vous avez instantanément réalisé une « économie » de 70€ que vous pouvez donc aussitôt dépenser sans regret ! Trop cool ce mode de calcul « tendanciel » ! Des économies comme ça, je peux en faire plein : par exemple, si je décide de courir derrière un bus, j’économise juste le prix d’un ticket de métro, mais si je courre derrière un taxi j’économiserai 50€… Vous suivez la tactique de Sapin ?

Des économies « peu documentées »…

Croissance Sapin (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)Quand Sapin nous dit qu’il ne fera pas les économies tendancielles annoncées, le commun des mortels est surpris évidemment. Mais pas la Cour des Comptes, à qui on ne la fait pas et qui s’en doutait évidemment un peu. Dans son dernier rapport, elle avait noté que les économies présentées dans le plan de redressement étaient mesurées par rapport à une tendance non explicitée. Elle avait même écrit noir sur blanc que les économies annoncées par le gouvernement étaient « vagues », « hypothétiques », « peu documentées » et donc qu’elles seraient très difficiles à réaliser… Je ne sais pas si vous pratiquez le langage diplomatique des comptables de la rue Cambon, mais quand la Cour vous dit que c’est « peu documenté », en gros ça veut dire que c’est plus que du pipeau, presque de la farce (voir ici) !

Des économies inférieures à celles annoncées

Les 50 Md€ d’économies, on l’a vu, correspondaient à la différence entre l’augmentation tendancielle des dépenses sur la période 2015-2017 et l’objectif de croissance des dépenses du programme de stabilité. Or certaines décisions prises depuis 2012 se traduiront par des dépenses supplémentaires sur cette période : plan pauvreté, extension du nombre de bénéficiaires des tarifs sociaux de l’électricité et du gaz, création de crèches etc., sans parler des baisses d’impôts annoncées qui entraîneront des baisse de recettes… Le montant brut des économies nécessaires devrait donc être supérieur aux 50 Md€ annoncés pour que le montant net, après déduction de ces nouvelles dépenses, soit lui-même de 50 Md€. Mais ces calculs ne sont pas du niveau de Michel Sapin.

La Cour des Comptes n’arrête pas de le dire : les économies doivent se poursuivre, le rééquilibrage des finances publiques est indispensable vu l’alourdissement ininterrompu de la dette et les menaces qu’il fait peser sur l’indépendance des choix économiques et sociaux du pays. Il est impératif de réduire de façon significative et durable la dépense publique rapportée au PIB.

Il ne faut donc pas lâcher sur les économies comme veut le faire Sapin, mais réexaminer en profondeur les missions de l’État qui se sont accumulées au fil du temps, ainsi que les conditions dans lesquelles elles sont assurées ; reconsidérer chacune des politiques publiques où les résultats obtenus ne sont pas à la hauteur des moyens que la collectivité y consacre ; cibler au plus juste et au plus efficace les dépenses d’intervention et impliquer dans l’effort toutes les administrations publiques, et pas seulement l’État. Sans réexamen du poids de l’État dans la société, les économies seront impossibles à réaliser.

Ces économies, l’Allemagne les a faites !

Au cours de la dernière décennie, l’Allemagne a réalisé un puissant effort de redressement de ses finances publiques qui sont aujourd’hui à l’équilibre – au contraire de celles de la France. Cette divergence dans l’évolution des finances publiques allemandes et françaises résulte essentiellement des trajectoires différentes en matière de dépense publique. L’écart des dépenses publiques en France et en Allemagne rapportées au PIB de chaque pays est passé de 4,1 points en 2001 à 12,4 points en 2013. Au total, la différence d’évolution des finances publiques entre l’Allemagne et la France provient essentiellement du fait que l’Allemagne a su beaucoup mieux maitriser la dynamique de sa dépense. Mais nous, malheureusement, on a Hollande et Sapin…

L’alibi dérisoire de l’inflation

Sapin nous dit aujourd’hui qu’il n’est plus en mesure de réaliser les 21 Md€ d’économies en 2015. Mais il nous assure que le plan de 50 Md€ d’économies sera tout de même respecté car il y aura « davantage d’efforts en 2016 et 2017 » ! On croit rêver : c’est ce que disent tous les ivrognes qui ne veulent pas renoncer à leur cuite : « on sera plus sobres demain, c’est promis, mais aujourd’hui, voyez-vous, c’est difficile de se priver de la bouteille ! »… Pathétique.

Pour Sapin, le programme de stabilité 2014-2017 présenté au printemps dernier reposait sur des hypothèses d’inflation qui ne lui paraissent plus favorables aujourd’hui et ne lui permettent parait-il plus de faire des économies. Une faible inflation, nous dit-il, rendrait impossible la réduction du déficit : les recettes (TVA, cotisations, etc.) ralentissant, alors que les plafonds de dépenses (budget des ministères, assurance-maladie, etc.), fixés préalablement en valeur dans les budgets, deviendraient trop généreux… « L’année prochaine par exemple, nous dit Sapin, là où sur une hypothèse d’inflation de 1,5%, on faisait au-delà d’un milliard d’économies, par le seul gel de prestations, aujourd’hui, avec une inflation à 0,5% ces économies sont remises en cause ».

Ce que le ministre des Finances ne dit pas c’est que l’effet d’une faible augmentation des prix est encore plus conséquent sur les recettes, et que si la France veut remplir les engagements qu’elle a pris auprès de Bruxelles (les 50 milliards d’économies et de réduction des déficits publics), il faudrait donc qu’elle fasse non pas moins mais encore davantage d’économies, et prenne donc de nouvelles mesures de restriction budgétaire ! Tout ce que Sapin refuse : « Rajouter des économies ne me paraîtrait pas adapté à la situation », nous dit-il. Quel toupet tout de même.

Des économies, des vraies : en volume, pas en valeur

« On ne peut pas avoir les mêmes objectifs avec une inflation qui devient très faible » nous dit le ministre des Finances. Donc lorsque l’inflation est élevée, il ne peut pas faire d’économies, et quand l’inflation est faible, il ne peut pas en faire non plus. Génial cet alibi de l’inflation. En fait un socialiste ne veut surtout pas faire d’économies : pas quand il y a de la croissance parce que ce n’est pas la peine ; pas quand il n’y a plus de croissance parce que, justement, il faut alors dépenser pour relancer la machine ; pas quand il y a de l’inflation et pas non plus quand il n’y a pas d’inflation… Bref jamais. Et c’est comme ça qu’ils nous mènent en bateau – et dans le mur – depuis des décennies.

Les économies de dépenses publiques, on les veut donc en volume : on veut qu’ils suppriment des ministères, des préfectures, des sous-préfectures, tous les organismes-bidons et les subventions à des actions inutiles, coûteuses ou non rentables. On veut des économies réelles, concrètes ! On attend que l’État se retire progressivement des secteurs où il ne fait que dilapider et gaspiller l’argent public, qu’il redonne de la liberté à l’économie et arrête de ponctionner la richesse en accroissant la dette des Français. On attend des économies en volume, pas des économies en valeur ou des économies « tendancielles » qui ne sont jamais réalisées mais toujours repoussées à une date ultérieure !

Allez, au boulot M. Sapin ! On les attend les économies promises ! On en attend même d’autres, et vite car le temps presse !


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