Le sophisme du nirvana

Nirvana Bonheur Bien-être CC Steve Prakope

Les socialistes qui nous vendent le nirvana n’ont jamais rien produit d’autre que des enfers.

Par Guillaume Nicoulaud

Nirvana Bonheur Bien-être CC  Steve Prakope

Séparez un pays culturellement, économiquement et ethniquement homogène en deux. À l’est, mettez en place une organisation de type socialiste, à l’ouest laissez se développer un système capitaliste et au milieu construisez un mur imperméable avec barbelés, miradors et mitrailleuses. Laissez mijoter quarante ans et constatez le résultat.

Bien sûr, si vous êtes socialistes, vous trouverez une foule d’excuses et d’éléments contextuels qui permettent d’expliquer l’état de délabrement de l’est et la prospérité de l’ouest. De la même manière, si nous devions répéter la même expérience en séparant le nord socialiste du sud capitaliste avec une DMZ au milieu, vous évoquerez encore la personnalité des dirigeants (il a bon dos Staline !), le temps qu’il fait, le contenu du sous-sol, l’impérialisme américain – que sais-je encore ? – bref, tout sauf la nature des régimes de chaque côté de la frontière.

Nirvana René Le honzecSi vous êtes socialiste, vous cultivez le sophisme du nirvana : vous comparez les défauts réels ou présumés du capitalisme1 avec un système idéalisé, présumé parfaitement fonctionnel et exempt des dérives constatées dans toutes les expériences collectivistes menées à ce jour. Naturellement, vous en concluez que le nirvana est une solution infiniment préférable à l’état actuel du monde. C’est un pur sophisme.

Depuis la nuit des temps, et pour paraphraser Karl Popper, ceux qui nous vendent le nirvana n’ont jamais rien produit d’autre que des enfers. Malgré les efforts remarquables et la bonne volonté évidente des plus grands penseurs du socialisme réel – je pense notamment à Oskar Lange – c’est un fait auquel personne ne peut échapper. Même au sein des régimes les plus collectivistes et les plus répressifs – voir, par exemple, l’accord secret des fermiers de Xiaogang – le seul mode d’organisation économique qui ait produit des résultats satisfaisants était fondé sur la propriété privée et le marché libre.

La réalité concrète des choses c’est que toutes les expériences de planification économique ont été des échecs qui n’ont abouti qu’à deux types de résultats : l’effondrement pur et simple du système ou la mise en place d’un régime totalitaire destiné à l’imposer à une population qui n’en veut plus. Trouvez ne serait-ce qu’un seul contre-exemple ! Dans la vraie vie, jusqu’à preuve du contraire, le « capitalisme a été un succès aussi incontestable que le socialisme a été un échec »2.

Dès lors, messieurs les socialistes, épargnez-nous vos beaux discours, vos envolées lyriques et vos promesses de lendemains qui chantent : si vous voulez « changer la vie », il va falloir nous expliquer précisément comment et nous démontrer pourquoi les mêmes causes ne produiront pas, cette fois-ci, les mêmes effets. Étant donnés les résultats obtenus par le socialisme jusqu’ici, il va vous falloir être particulièrement convainquants.


Sur le web.

  1. Lesquels sont, la plupart du temps, les conséquences directes d’interventions de la chose publique, mais laissons cela…
  2. Robert Heilbroner & Irving Howe, The World After Communism: An Exchange, dans Dissent Magazine (numéro d’automne 1990).