Le commerce international, facteur de paix dans le monde

Peace Love Liberty

Le libre-échange rend la guerre moins probable. La preuve n’est pas seulement théorique, mais largement empirique.

Par Tom G. Palmer

Robert Samuelson écrit généralement de manière judicieuse. Mais sa chronique « Global Prosperity is no panacea: the post-euphoric world » (« La prospérité mondiale n’est pas la panacée : le monde de l’après-euphorie ») dans le Washington Post du 17 août, a de quoi décevoir.

Samuelson rejette l’idée que le commerce soit une panacée contre la guerre. D’accord. Rien n’est une panacée. Aucun remède ne guérit tous les maux à chaque fois. Mais la conséquence logique n’est pas qu’aucun médicament ne doit jamais être prescrit pour tout mal. Aucune amélioration de politique publique ne passerait ce test sans doute. Jamais. La question n’est pas de savoir si le commerce international rend impossible tout conflit, mais si davantage de commerce plus libre rend moins probable les conflits. Et nous avons la preuve que c’est bien le cas. Le commerce rend la guerre moins probable, mais il ne la rend pas impossible. Le protectionnisme, en revanche, ne constitue pas un pas vers la paix et rend généralement les conflits armés plus, et non pas moins, probables.

La preuve n’est pas seulement théorique, mais largement empirique. C’est une question de probabilité ; dire que quelque chose est plus ou moins probable ne veut pas dire que c’est impossible ou nécessaire. Les chercheurs ont découvert, après examen des données sur les conflits, que, comme les professeurs Solomon W. Polachek et Carlos Seiglie ont pu le conclure, « les nations commerçantes coopèrent davantage et se battent moins ». Ils ont même constaté qu’« un doublement des échanges commerciaux conduit à une diminution de vingt pour cent de la belligérance ».

Peace Love LibertyCe n’est pas l’affirmation d’une loi universelle selon laquelle un certain degré de commerce international rend la guerre impossible, mais une constatation statistique basée sur des données historiques. Erik Gartzke de l’Université de Californie à San Diego a montré dans ses recherches le lien entre le commerce international et la paix. Le commerce transforme les intérêts de l’État : « Il ne vaut tout simplement pas la peine de voler une grande partie de ce qui pourrait être pillé aujourd’hui, même si une grande partie de ce qui vaut la peine d’être volé ne peut pas être pillé ». Cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas de pillage, mais que les incitations au pillage sont diminuées. Et c’est une bonne chose. (Gartzke a rédigé un chapitre sur « La paix du libre-échange » dans Peace, Love and Liberty, un livre que j’ai édité et qui sortira le 1er septembre 2014).

Samuelson accuse des partisans non nommés de la « théorie des relations internationales McDonald’s » d’être négligents. J’ai suivi les liens de son essai en ligne et ai été dirigé vers une colonne de Thomas Friedman (ce qui en dit assez) et un essai d’un étudiant de premier cycle qui cite et critique l’essai de Thomas Friedman. Samuelson dénature l’argument de Friedman en le présentant comme suit : « deux pays avec des McDonald’s ne se battraient jamais ». Friedman, qui certes n’est pas toujours un modèle de rigueur analytique, ne mérite pas de se voir attribuer cet argument absurde. Même Friedman défendait un argument probabiliste, et non apodictique.

Considérons donc la thèse sur le commerce international et la paix, comme toute personne sensée devrait la comprendre, c’est-à-dire comme une affirmation en termes de probabilité. Samuelson affirme que trouver un seul exemple de conflit entre pays entre lesquels les biens s’échangent suffit à falsifier la thèse. Vraiment ? Mais qui est « négligent » ? Les gens qui n’ont jamais émis l’argument qui leur est attribué, ou celui qui réfute un argument probabiliste plus raisonnable avec un seul contre-exemple ?

Enfin, Samuelson s’illustre à nouveau par sa négligence intellectuelle avec l’affirmation selon laquelle « nous sommes toujours davantage séparés par des revendications ethniques, religieuses, historiques et nationalistes profondes et durables », après quoi il donne comme exemples « le terrorisme, la cyber-guerre, les migrations de masse et l’Ebola » (l’Ebola ?). « Toujours davantage » est un comparatif. Davantage par rapport à quand ? Il y a plus d’un an, ou il y a dix ans, ou il y a vingt ou trente ans ? Il se déroule à l’heure actuelle une guerre larvée en Ukraine (avec environ 2100 décès à ce jour) et une guerre civile beaucoup plus brutale fait rage en Irak et en Syrie (cette dernière étant sans doute un héritage de l’invasion de l’Irak par le gouvernement américain, et que Samuelson considérait en 2002 comme « une guerre que nous pouvons nous permettre »).

Un déclin à long terme est compatible avec des légères remontées à court terme. Chaque fois qu’un écrivain déclare que quelque chose est « plus grand », « plus profond » ou « plus loin », il faut se demander, « par rapport à quoi ? ». Par rapport à la guerre froide ? Par rapport à la guerre Iran-Irak qui a tué des centaines et des centaines de milliers de gens des deux côtés? Par rapport au massacre au Rwanda (500.000 à 1.000.000 morts) ou la guerre civile guatémaltèque (140 000 à 200 000 morts) ?

Les écrivains prudents se doivent d’éviter les termes tels que « jamais » et « toujours ». Surtout quand la thèse porte sur une probabilité. Ils doivent s’abstenir de prétendre triomphalement avoir réfuté une thèse de probabilité sur la base d’un ou deux cas. Et ils doivent nous dire ce qu’est le point de référence lorsqu’ils affirment « nous sommes toujours davantage séparés ».

Samuelson est généralement un écrivain attentif. J’espère qu’il retournera à son style habituel d’analyse logique et minutieuse des éléments de preuve. Le libre-échange rend la guerre moins probable, pas impossible. Et quand il s’agit de guerre, « moins probable » constitue encore une très bonne nouvelle.


Cet article est syndiqué par le réseau AtlasOne et l’original est disponible ici. Traduction : Emmanuel Martin pour Contrepoints.