LCI : Dur retour de bâton pour Martin Bouygues après une année d’échecs

Martin Bouygues bouygues(dot)com

Martin Bouygues n’a jamais été aussi isolé. Comme quoi jouer des coudes à l’Élysée n’est (heureusement) pas toujours récompensé.

Martin Bouygues n’a jamais été aussi isolé. Après la cession d’Alstom et un cuisant échec dans la course au rachat de SFR, l’homme d’affaires a récemment essuyé un revers majeur par l’Arcep, puis par le CSA. Comme quoi jouer des coudes à l’Élysée n’est (heureusement) pas toujours récompensé.  

Par Carine Muller

Martin Bouygues bouygues(dot)com

Martin Bouygues joue en ce moment des pieds et des mains pour réussir à faire passer sa chaîne d’informations LCI sur la TNT, qu’il exécrait pourtant ostensiblement il y a encore quelques mois. Comme quoi la croissance des chaînes « gratuites » de la TNT aura finalement eu raison de ses principes. Après tout, pourquoi l’homme d’affaires n’aurait-il pas lui aussi droit à sa part du gâteau publicitaire généré par la TNT ? Mais une fois n’est pas coutume, Martin Bouygues a essuyé un nouvel échec. « L’arrivée d’une troisième chaîne gratuite d’information en continu, financée exclusivement par la publicité, [peut] déstabiliser les deux chaînes d’information déjà existantes (BFM TV et iTélé NDLR) ». Le CSA ne peut être plus clair : LCI ne rejoindra pas le club select des chaînes gratuites.

Le nouveau paria des télécoms ?

Entre déclarations acerbes et menaces de fermetures de la chaîne, Martin Bouygues, fidèle à lui-même, ne se laisse pas faire. Une réaction finalement compréhensible quand on regarde son bilan 2014. Le refus du CSA d’ajouter LCI à la liste des chaînes « gratuites » de la TNT n’est en effet pas son premier camouflet de l’année. À croire qu’il pourrait finalement s’y être habitué. Alors qu’il s’apprêtait à dire adieu à son rêve de nucléaire après l’échec de la fusion Alstom/Areva, Martin Bouygues avait déjà pris un des revers les plus retentissants de l’année un mois plus tôt, en avril. Malgré son lobbying intense et efficace auprès du Gouvernement, et plus particulièrement d’Arnaud Montebourg, Vivendi a finalement choisi Numericable pour la reprise de son opérateur SFR.

Une nouvelle fois, Martin Bouygues n’a pas eu la défaite facile et son amitié toute récente avec Arnaud Montebourg a rapidement volé en éclat. Conscient que son opérateur, Bouygues Telecom, ne peut continuer encore longtemps sa route sans une fusion avec un autre opérateur, il s’est rapidement proposé à Orange, puis à Free. Deux concurrents qui ont finalement dû renoncer à le racheter, tant les sommes demandées par Martin Bouygues étaient élevées (entre 7 et 8 milliards d’euros alors même que Free refusait de monter au-dessus de 5 milliards d’euros).

Quand l’Arcep se paie Martin Bouygues

Alors que ses relations avec l’ensemble du secteur des télécoms étaient déjà particulièrement tendues, Martin Bouygues a fini de les achever début juillet lors d’une audition par la Commission économique de l’Assemblée nationale. Après avoir déploré l’absence de « vraies études » de l’Arcep et l’accord de l’Autorité pour l’attribution d’une quatrième licence à Free, il a déterré une bonne fois pour toute la hache de guerre avec l’Arcep, ses concurrents et même le Gouvernement : « L’Arcep dit qu’elle n’est pas compétente sur les questions d’itinérance. On se moque du monde ! Qui régule le régulateur aujourd’hui ? Il faut que l’État assume ses responsabilités. »

Sans surprise, le gendarme des télécoms n’a que très peu apprécié les critiques du patron de Bouygues Telecom. Dans une réponse sous forme d’édito, Jean-Ludovic Silicani liste les nombreux contrôles auxquels l’Arcep est soumise chaque année (par le Parlement, le Conseil d’État, la Cour d’appel de Paris et parfois la Cour de cassation) avant de se fendre d’un non moins acerbe : « comme on le voit, le régulateur est bien régulé ». Il rafraichit finalement la mémoire de Martin Bouygues, qui semble avoir oublié les nombreuses décisions favorables à Bouygues Telecom prises par l’Arcep au fil des ans. Lorsque l’Arcep a autorisé Bouygues Telecom à utiliser ses bandes 1 800 MHz pour la 4G, le patron de l’opérateur semblait en effet bien moins perplexe quant à la légitimité de l’Autorité.

Martin Bouygues perd peu à peu de son influence et plus le temps passe, plus il lui sera difficile de récupérer sa place dans le paysage des télécoms français. Pour redresser la barre, il ne dispose pas d’une myriade de solutions. La plus sensée aujourd’hui reste un rachat de Free par Bouygues. Si ce scénario peut paraître surprenant,  il n’en reste pas moins le plus avantageux de tous. Les prix ont baissé significativement et il est difficile de voir ce que Xavier Niel pourrait apporter de plus dans ce secteur. Ses engagements pour l’entrepreneuriat et les jeunes lui confèrent une légitimité dans la sphère politique française qui lui ouvre les bras depuis plusieurs mois. Sa mission dans les Télécoms semble être arrivée à son terme. Et si Xavier Niel a encore de nombreuses portes prêtes à s’ouvrir devant lui, du côté de Martin Bouygues, les opportunités se font plus rares et il n’a peut-être pas intérêt à faire la fine bouche.