Le Djihad contre les femmes

Voile islamique (Crédits Neil Moralee licence Creative Commons)

N’est-il pas étrange que la priorité des fanatiques « islamistes », partout où ils emportent des batailles ou s’emparent du pouvoir, est d’asservir les femmes ?

Par Guy Sorman.

Voile islamique (Crédits Neil Moralee licence Creative Commons)

Quel lien existe-t-il entre des mouvements islamistes aussi dispersés qu’Al Qaida, le Hamas, le Hezbollah, Boko-Haram, les Talibans, l’État islamique d’Irak et de Syrie ? Tous se réclament du Coran mais en proposent des interprétations variées ; tous s’inscrivent dans des cultures dissemblables, du Nigeria à l’Afghanistan. Mais un trait au moins les réunit qui relève moins de la religion ou de l’idéologie que de ce que l’on pourrait qualifier de psychanalyse de groupe : la haine des femmes. N’est-il pas étrange que la priorité de ces « Islamistes », partout où ils emportent des batailles ou s’emparent du pouvoir, est d’asservir les femmes ?

À Téhéran, les ayatollahs n’ont de cesse qu’aucun cheveu ne dépasse du tchador, à Kaboul que la Burka rende les Afghanes uniformes, quand on ne les viole pas ou qu’on ne les réduit pas en esclavage, ce qui est leur sort présent au Nigeria et en Irak. Ce n’est pas dans le Coran que l’on trouvera les sources de cette haine des femmes et de la hantise de leur corps : le Prophète Mahomet ne traita les femmes ni par la violence ni par le mépris et son épouse Khadija, à ses côtés, prit part à ses conquêtes et à sa révélation. Certes, il est vrai que les femmes jusqu’aux temps modernes en Occident, ont toujours été minorées mais pas exterminées comme elles le sont en ce moment même, au nom d’Allah, au Nigeria et en Irak sur le Mont Sinjar.

Pour comprendre, plutôt que de lire ou relire le Coran, l’ouvrage contemporain de Sayyid Qutb, La justice sociale en islam, publié en 1949, me paraît une source plus éclairante du Djihadisme que toute prétendue référence des islamistes aux temps du Prophète. Qutb, instituteur égyptien invité aux États-Unis pour y compléter sa formation en 1947, subit à New York un choc affectif dont on ignore la nature, mais qui le transforma en l’idéologue fondateur de l’Islamisme moderne. C’est à New York qu’il rencontra le Diable : celui-ci, à lire Qutb, se manifesta sous la forme de femmes américaines, aux bras nus et aux jambes nues. Cette exhibition relative (les femmes de 1947 nous paraîtraient aujourd’hui d’une extrême chasteté) bouleversa Qutb qui métamorphosa ce que l’on devine être sa frustration en une pieuse révolte contre l’Occident et ses créatures, puis en un appel à la Guerre Sainte contre l’Occident tentateur.

L’exaltation de Qutb serait sans doute restée sans conséquence dans son pays, l’Égypte qui était en voie d’occidentalisation rapide, si le dictateur de l’époque n’eut la mauvaise idée de l’incarcérer avec d’autres dirigeants de sa confrérie des Frères Musulmans, et de les faire pendre. Nasser fit basculer ces islamistes dans la violence et l’œuvre de Qutb devint une sorte de seconde révélation, une nouvelle lecture du Coran à usage des Djihadistes contemporains. Sa détestation du corps féminin, obsession personnelle d’un jeune homme instable, devint un programme politique.

Que la femme, son corps et son statut se retrouvent au cœur du combat entre Djihadistes et Modernité (musulmane et non musulmane) dépasse évidemment le seul destin de Qutb. L’histoire de la modernité coïncide avec celle de la libération des femmes. Partout où les peuples sont miséreux, partout où règnent le despotisme et l’ignorance, les femmes en sont plus victimes que les hommes. Partout où l’éducation, l’économie et la démocratie progressent, les femmes en sont souvent les premières bénéficiaires et souvent les acteurs décisifs de ces changements. Les Djihadistes, en écrasant les femmes par priorité, ne tuent donc pas que les femmes : ils enferment leurs peuples entiers dans l’arriération culturelle, économique et politique. La guerre qui se rallume de l’Afghanistan à l’Afrique de l’Ouest n’oppose pas véritablement l’Islam à l’Occident mais l’espérance en la modernité pour tous, dans toutes les civilisations, toutes les religions, contre la régression crépusculaire vers des temps anciens où la vie était brève pour tous et quand les femmes étaient réduites à l’esclavage et à la maternité forcée.

En Occident, il se trouvera toujours quelques « idiots utiles » (mot de Lénine pour qualifier les intellectuels qui soutenaient le bolchevisme) pour préférer le Hamas à Israël ou s’opposer par principe à toute intervention de l’armée américaine : leur seule excuse est d’être vraiment idiots ou pervers ou, comme Qutb, de ne pas supporter sans défaillir la vision d’une femme aux bras nus.


Sur le web.

Avertissement de modération : Les commentaires à caractère xénophobe ou raciste ne sont pas tolérés sur Contrepoints et déclencheront des bannissements.