Le service minimum, une conception étatiste des libéraux belges ?

Grève à la SNCB en juin 2014 (Crédits Indianapattijn, licence Creative Commons)

Le service minimum ne fait pas l’unanimité chez les libéraux, comme le souligne la Belgique où la coalition suédoise entend le mettre en place dans les transports.

Par Christopher Mariën[*], depuis la Belgique.

Grève à la SNCB en juin 2014 (Crédits Indianapattijn, licence Creative Commons)
Panneau d’affichage lors de la dernière grève de la SNCB

Il y a peu nous apprenions que la coalition suédoise avait mis en place un accord de gouvernement dans lequel le service minimum, en cas de grève à la SNCB, pourrait être mis en place. Ce dispositif prôné par tous les partis de la coalition, dont les libéraux, est-il véritablement libéral ?

Le service minimum serait mis en place afin d’éviter l’utilisation abusive du droit de grève. Il est vrai que les services publics de transport, SNCB et TEC, utilisent ce dispositif à tort et à travers. Le problème ne se poserait-il pas dans ce fameux droit de grève ? Si nous considérons que la grève est un rassemblement d’individus consentants cherchant à s’exprimer de façon pacifique pour faire entendre leurs revendications, la grève rentre parfaitement dans l’idéologie libérale. Mais que penser du droit de grève ? Cette action menée par des individus libres et consentants se retrouve cadrée juridiquement par l’État, ce droit cadre la liberté des employés, mais aussi de l’employeur qui ne peut licencier un employé gréviste. Prenons l’exemple du TEC, cette entreprise publique de transport est régulièrement touchée par des grèves, même si les conditions de travail sont parfois difficiles, la légitimité de chacune des grèves menées est-elle prouvée ? L’employeur, l’État dans le cas présent, ne peut licencier les récidivistes et doit en subir les conséquences : perte de crédibilité auprès de sa clientèle et remboursement de celle-ci.

Constatons que le service minimum n’est rien d’autre qu’un autre dispositif de l’État pour combler les lacunes du droit de grève. De plus, ce service minimum va à l’encontre des principes du libéralisme, ce dispositif est coercitif, l’employeur, l’État dans le cas présent, devra imposer à des employés de travailler contre leur gré. Comment choisir l’employé devant travailler contre son gré et quel employé faisant grève librement ? Comme son nom l’indique, le service sera minimum, l’État devra donc choisir quelles sont les lignes à desservir en priorité.  De plus, ce procédé possède aussi ces lacunes, il a été pensé pour contrer les grèves dites « sauvages », mais comme cela l’impose, elles ne sont pas dites à l’avance, l’État pour imposer son service minimum devrait donc être au courant d’une façon ou d’une autre de cette grève amenant ainsi à plus de coercition. Et pour mettre en place ce service en cas de grève sauvage, l’État devra imposer à des grévistes d’interrompre leur manifestation pour pouvoir desservir les lignes imposées par ce même État.  Rappelons aussi que le client devra être prévenu de cette grève, mais aussi des lignes desservies en précisant les lignes en question, l’heure, le nombre de bus mis à disposition, leurs trajets (seront-ils délimités d’une autre façon ?).

Même si l’intention derrière ce système semble louable, il est vrai qu’il peut être fortement désagréable d’attendre son bus ou son train et d’apprendre à la dernière minute que celui-ci ne passera pas, ce procédé n’est rien d’autre que l’arbre qui cache la forêt. Le problème est plus persistant, et ramène à la défaillance de certains services publics. Si nous considérons l’État comme un employeur parmi d’autres employeurs du privé, il se doit de gérer ses services, comme le ferait toute entreprise. Le patron engage un individu dans un but de meilleur rendement, mais si cet individu fait mal son travail ou profite de certains dispositifs pour alléger le travail qui lui est demandé, l’employeur a le droit de le congédier et d’engager une autre personne s’il le souhaite. Or, l’État n’agit pas de la sorte, la preuve en est avec ses nombreux services publics et notamment ceux des transports en commun et du rail. Tout d’abord, le financement de ceux-ci est catastrophique, l’État n’investit pas assez par rapport à la demande et cela se ressent dans le service presté, mais aussi chez les travailleurs qui, mécontents de leur condition, font grève. La vraie question à se poser serait sans doute de se demander si l’État, à l’heure actuelle, est fait pour gérer de tels services à la population.

[*]Christopher Mariën est un blogueur belge. Il s’attaque à l’actualité politique par la dérision.

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