Enfin des impôts libéraux !

impots credits LendingMeme (licence creative commons)

Les Belges vont avoir l’immense privilège de voir leurs impôts augmentés par un gouvernement « libéral ».

Par Drieu Godefridi.

impots credits LendingMeme (licence creative commons)À mes amis belges qui se réjouissent de la mise en place possible, sinon probable, d’un gouvernement belge de droite au niveau fédéral, je réponds que l’art de lever l’impôt, selon Colbert, consiste à plumer l’oie sans la faire criailler. Cela fait belle lurette, en effet, que les Belges n’avaient plus connu le bonheur d’impôts majorés, non par un gouvernement socialiste, non par un gouvernement panaché de tout et de rien, mais par un gouvernement authentiquement libéral.

Une droite qui taxe…

Car il ne faut pas s’y tromper : l’histoire de l’Occident d’après 1945 – quand on écrit « après-guerre », de plus en plus de gens se demandent de quelle guerre exactement s’agit-il ? – montre que les gouvernements les plus enclins au délire budgétaire sont des gouvernements de droite qui se revendiquent de la belle théorie libérale. Prenez la « révolution conservatrice » de Reagan, aux États-Unis : les impôts ont baissé, certes, mais dans le même temps que les dépenses augmentaient de belle façon, creusant d’autant l’abyssal déficit du budget fédéral américain. Or, le déficit budgétaire et la dette ne sont jamais que des impôts différés. Reagan, grand taxateur.

Le problème, binaire, d’un gouvernement qui se veut d’inspiration libérale, dans le contexte d’hyperendettement qui est celui de la Belgique comme de la France, est qu’il doit réduire les dépenses de l’État, donc sevrer les clientèles de la gauche, mais également ses clientèles propres. Par nature, un gouvernement qui se veut libéral de façon cohérente est un gouvernement de rigueur budgétaire, qui doit se résoudre à fâcher à peu près tout le monde – tant sont nombreux ceux qui dépendent à un titre (rémunération) ou un autre (niche fiscale) de la générosité de l’État.

… et une gauche économe

L’histoire offre quelques exemples inspirants d’austérité réussie, la plupart… de gauche ! Ainsi de Gerhard Schröder qui, par une politique intelligente de maîtrise budgétaire et de réforme ciblée d’un droit du travail sclérosé, a propulsé l’Allemagne de la position d’homme malade de l’Europe à celle de nouveau leader mondial. Ainsi de Bill Clinton qui, en menant une politique budgétaire sage et mesurée, a mis un frein au délire budgétaire de ses prédécesseurs (il est vrai qu’il avait pu récolter les « dividendes de la paix »). Ainsi de Tony Blair qui, en évitant les embardées idéologiques traditionnelles du Labour, a su marier une politique de centre-gauche à la sagesse budgétaire. Du reste, Schröder, Clinton et Blair parvinrent tout trois à se faire réélire : l’électorat n’est pas aussi sot et dépendant que le prétendent, parfois, les théoriciens de la « science » politique.

Durant vingt-sept années de présence ininterrompue du Parti socialiste (PS) au pouvoir fédéral, le parti libéral belge (MR) eut beau jeu de se désoler de hausses d’impôts dont il rejetait la responsabilité sur le grand Satan rouge. Le voici maintenant face à ses responsabilités, de même que son partenaire nationaliste flamand la N-VA, dont le président se réclame de Edmund Burke.

Et donc en somme, ce beau gouvernement belge tout libéral à venir se résoudra à faire de la peine à tous ceux qui dépendent de l’État, ou il infligera aux Belges le plaisir exquis de nouveaux impôts enfin libéraux.