Allons jusqu’au bout de la logique de la gratuité !

Payant gratuit (Crédits Steven Depolo, licence Creative Commons)

On reproche aux libéraux de vouloir un monde où tout serait payant. Mais prenons le problème à l’envers. La gratuité existe-t-elle réellement ?

Par Marius-Joseph Marchetti.

Payant gratuit (Crédits Steven Depolo, licence Creative Commons)Une critique retentissante est faite aux libéraux de tous bords, de toute tendance et de divers degrés. Celui d’un monde où rien ne serait gratuit et tout serait payant. Mais prenons le problème à l’envers. La gratuité existe-t-elle réellement ?

Faisons l’hypothèse que oui et poussons donc la logique des étatistes à leur paroxysme. Si l’État est capable, selon l’Évangile étatiste, de fournir une monnaie saine, de soigner efficacement les citoyens, d’assurer des médias et une presse de qualité, des routes et des rues fort bien entretenues, des services postaux à toute épreuve, une excellente éducation et bien d’autres encore,  pourquoi ne pas nationaliser tout ces pans de l’économie ? Si l’État fournit un service de qualité dans chaque domaine qu’il retire de la sphère privée et volontaire, pourquoi ne nationaliserait-il pas toutes les activités actuellement gérées librement par le privé (enfin librement, n’exagérons pas, on réglemente bien déjà à outrance, mais passons) ? Pourquoi les étatistes n’annihilent-ils pas toute possibilité de profit dans l’économie ? Ainsi les étatistes enlèveraient le pain de la bouche des personnes les plus cupides de la société. Ce monde de gratuité serait un monde paradisiaque où les gens les plus cupides de la société se verraient refuser l’accès.

Merveilleux, n’est-ce pas ? Les gens cupides sont bien entendu ceux qui souhaitent garder leur argent pour eux, non pas ceux qui vous le prennent « avec votre consentement » en faveur de l’« intérêt général ». Suivons donc cette route de la servitude, pardon, de la gratuité, jusqu’à sa destination finale. Pourquoi donc ne pas également nationaliser tous les logements en France ? Plus de crise du logement, me direz-vous. La fameuse « spéculation » s’arrêtera net. N’est ce pas un monde idyllique ? Plus de crise, plus d’égoïste, plus de spéculation. Le rêve de tout socialiste et, globalement, de tout étatiste. L’État règle le problème car après tout, nous ne sommes que des hommes. Et par nature les hommes sont faillibles. C’est bien pour cela que les personnes nous dirigeant sont en réalité des robots. Ah, ils ne le sont pas ? En tout cas, ils doivent être guidés par une morale manquant sans aucune hésitation aux autres hommes.

« Puisque les tendances naturelles de l’humanité sont assez mauvaises pour qu’on doive lui ôter sa liberté, comment se fait-il que les tendances des organisateurs soient bonnes ? Les Législateurs et leurs agents ne font-ils pas partie du genre humain ? Se croient-ils pétris d’un autre limon que le reste des hommes ? »
Frédéric BastiatLa Loi.

L’État non seulement peut, mais très certainement devrait planifier le logement. Allons encore plus loin : pourquoi ne pourrait-il pas également s’occuper de fournir de la nourriture gratuite à tout le monde ? Imaginez : chacun mangerait à sa faim, plus de sous-alimentation, plus aucun pauvre. Un nivellement par le haut. Et qui plus est, plus de capitaliste, plus de spéculateur, plus rien ne serait payant et ce qui est pour le moins réjouissant, la mort de l’individualisme et, suivant, de l’égoïsme.

« L’une des plus amères ironies du XXe siècle fut que le communisme, qui se voulait une doctrine égalitaire et accusait le capitalisme d’égoïsme et de sacrifier cruellement les autres pour son bonheur, est devenu une fois au pouvoir un système d’un égoïsme et d’une cruauté telle qu’elle rendait les péchés du capitalisme pâles en comparaison. »
Thomas Sowell

Qu’importe la Liberté, pourvu qu’on ait la Gratuité ! Regardons les expériences de parfaite planification dans le domaine alimentaire et immobilier dans les paradis socialistes comme l’ex-URSS, ou par exemple, l’actuelle Corée du Nord. Tout le monde était bien nourri et bien logé, il n’y a jamais eu aucune pénurie et aucune file d’attente monstrueuse dans le simple but de se nourrir à l’inverse de ces sociétés occidentales que les étatistes haïssent tant et où toutes les sphères productivistes étaient soumises à l’intérêt général.

Pourquoi donc les étatistes ne vont-ils donc pas jusqu’au bout de leur logique ? Pourquoi alimenter et loger sa population serait-il moins important que de fournir une éducation, une santé, une monnaie, des services postaux, des transports, des infrastructures, et bien d’autres ? S’abriter et se nourrir ne sont-ils pas des priorités dans la vie d’un homme ? En réalité, la volonté d’appliquer le programme étatiste jusqu’au bout est l’aveu même des étatistes que la gratuité n’existe pas, et que l’intérêt général détruit l’intérêt personnel de tous, pauvres et faibles compris. L’État m’offre tous les biens ? Pourquoi m’évertuerais-je à travailler puisque quelqu’un le fera à ma place ? Le Tout-État n’est pas un système où l’égoïsme aura disparu. Au contraire, il a été amplifié. Là où dans un système capitaliste, l’égoïste ne sacrifie aucun être et demande à ne pas être sacrifié et où, pour assouvir sa cupidité, il doit proposer des services de qualité à des consommateurs, dans un système communiste, l’égoïste assouvit sa cupidité aux dépens de tous.

Nous répondrons désormais négativement à la question. Il n’y a pas de plus grand sophisme que la gratuité. Si vous ne voyez pas le prix d’un bien, dites vous toujours qu’il a un coût et que si vous ne voyez pas ce qu’il vous en a coûté, c’est que ce service n’a pu être financé que par le vol à grande échelle.

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