Europe : ces recettes économiques qui nous mènent à la catastrophe

ruines credits markus stober (licence creative commons)

L’Europe s’enfonce, l’Europe sombre, ceux qui sont aux commandes persistent à vous promettre des lendemains qui chantent, les chiffres de la croissance eux, ne mentent pas.

Par Ernest S. Hemingwe.

 

ruines credits markus stober (licence creative commons)

 

Des pays repartent en récession, pour les autres, la croissance est anémique et revue à la baisse au fil des publications et autres statistiques.

La folie, c’est répéter…

Ce qui m’inquiète, c’est la persistance des différents gouvernements et de l’Europe dans l’application de recettes passéistes ayant déjà depuis longtemps démontré leurs limites, voire leurs échecs. Je m’inquiète quand je lis des économistes plaider pour des politiques massives de travaux publics pour susciter la relance. Le tout mâtiné d’une dévaluation monétaire.

Je m’inquiète quand la seule recette que l’on nous propose est plus d’endettement (ou d’austérité d’ailleurs, tout va bien, ils plaident tout et son contraire), plus d’interventionnisme public, plus de règlementations, plus de limitations.

Les recettes toutes faites, c’est très bien, c’est très beau… Mais en économie, ça ne marche pas. L’économie n’est pas la physique ou la chimie. L’économie, ce n’est pas 1+1=2. L’économie ressemble plutôt à 1+1=0 ou 3, ou pas, ça dépend. L’économie est plus une question de psychologie et de sociologie que de mathématiques appliquées. Alors quand je lis ce que je lis, je reste effaré. Notez bien, je ne prétends nullement détenir une quelconque vérité, juste un avis, personnel, plus intuitif que mathématique. Je prétends simplement que l’Europe et les différents pays ne pourront que plaider la folie d’ici quelques années quand tout s’écroulera et que les mouvements sociaux violents s’aggraveront.

Folie… Répéter toujours les mêmes recettes en espérant des résultats différents. C’est en cela que je me permets d’émettre un avis personnel. Parce que je ne vois que la ré-application systématique d’anciennes recettes qui ne fonctionnent pas. Et si nous essayions un truc un peu différent ?
Je ne suis pas sûr que la population pleure pour plus de protection, plus d’assistance. La population, elle préfère un emploi à des allocations de chômage.

Relance classique…

La relance par l’endettement et les travaux publics ? Pour rappel, c’est une politique qui a été menée dans les années 70 avec pour résultats l’endettement massif des générations à venir et les ferments d’une fiscalité confiscatoire. Vous noterez d’ailleurs que les moyens de nos États n’ont plus jamais cessé d’augmenter depuis. Que ce soit par l’endettement ou la fiscalité, les moyens n’ont jamais été aussi énormes. Et pourtant… Chômage galopant, pauvreté croissante, pensions impayables.

L’austérité ? Une réduction drastique des dépenses et une augmentation probable de la fiscalité ? Autant donner une enclume à un homme qui se noie, il aura plus de chances de s’en sortir.

Et vous me direz… Mais bon…C’est soit l’un soit l’autre ! Et pourquoi ? Pourquoi devrait-on se limiter à ce choix binaire ? Pourquoi aussi appliquer la même recette à des situations aussi différentes que celles de l’Allemagne et de la Grèce ?

Aujourd’hui, les États européens ne proposent rien d’autre que réglementer, régenter, contrôler, limiter encore et toujours plus. Comment libérer la croissance quand on met tous les ingrédients dans un carcan ultra-limitatif ? La croissance sera alimentée par l’investissement, par la création de valeur ajoutée, par la demande des acteurs… En partie interne. Mais pour cela, en psychologie ou en sociologie, il faut de la confiance.

Mot-clé : confiance

confiance credits rogiro (licence creative commons)Confiance… Une partie de cette crise n’est-elle pas une énorme et fondamentale crise de confiance ?

Crise de confiance envers les pouvoirs publics qui n’ont pu juguler les crises, qui gèrent mal les moyens qui leur sont confiés, qui semblent être de connivence avec des grands acteurs économiques.

Crise de confiance envers les institutions économiques. Ces grandes banques sauvées par le contribuable mais dont on découvre jour après jour les scandales, les fraudes, les bonus indécents…

Crise de confiance dans les acteurs économiques, ces entreprises qui n’engagent plus, qui licencient après avoir reçu moult aides et subsides et partent avec la caisse.

Crise de confiance en soi-même, dans un système qui vous pousse à ne pas travailler car vous gagnerez plus en ne « faisant rien » qu’en travaillant. Au point que vous finissez par ne même plus vous respecter.

Crise de confiance des entreprises et entrepreneurs qui voient jour après jour la déconnexion du monde politique de la réalité.

Crise de confiance des entreprises et entrepreneurs qui se voient jour après jour vilipendés parce qu’ils ne créent pas d’emplois, qui se voient confisquer les fruits des risques qu’ils ont pris.

Crise de confiance des travailleurs qui voient près de 60% des fruits de leur travail aller vers l’État, en contrepartie de quoi ? De pensions de misère sous le seuil de pauvreté ? De routes dignes d’un pays en voie de développement ? D’une sécurité sociale de rêve mais qui exclut près de 10% de la population ne parvenant même plus à avoir accès aux soins ?

Alors, avant de nous créer de nouveaux textes de lois qui sont autant de carcans, qui sont autant de pièges à la croissance et à la création, qui sont autant de pièges à l’emploi, il faut d’abord rendre confiance.

Relance possible ?

Croissance Sapin (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)Et, n’en déplaise à certains, cela devra impérativement passer par de la déréglementation, de l’assouplissement, de la flexibilité… Et de la confiance aussi des gouvernements envers ceux qui créent la richesse ensuite à répartir. La tâche des gouvernements n’est pas de créer la croissance, ce n’est pas leur job et nous ne le leur demandons pas. Leur tâche c’est de la susciter, de donner suffisamment confiance aux différents acteurs afin qu’ils acceptent de se lâcher. Cela passera sans doute aussi par un certain nombre de marche arrière au niveau du commerce mondial et de la libéralisation des échanges (oui, oui, je ne suis pas que dé-réglementaire).

Pourquoi une entreprise belge engagerait-elle aujourd’hui une personne alors que la période d’essai n’existe plus ? Vous engagez un serveur, il casse 10 verres dans la première heure, vous ne pouvez déjà plus le licencier sans période de préavis et tout le tralala administratif habituel. Pourquoi une entreprise investirait-elle quand elle court le risque qu’une nouvelle réglementation absurde l’oblige soudain à payer une redevance pour exercer le métier qu’elle a toujours exercé ? Pourquoi un entrepreneur prendrait-il le risque d’investir pour être matraqué par une administration fiscale (qui finit souvent par avoir tort après des années de procédures et d’ennuis) ou pour voir les fruits de son risque taxés à plus de 50% (en ce compris les bonus de liquidation… Arrêtez de croire qu’on ne payait que 10% ou qu’on n’en paie que 25% aujourd’hui). Pourquoi un demandeur d’emploi accepterait un job qui implique qu’il perde de l’argent ? Pourquoi le secteur Horeca, pour être viable, est-il obligé de frauder systématiquement ? 68.000 emplois disparaîtraient si la loi devait être appliquée stricto sensu. Ils le devraient, nous sommes bien d’accord, ils sont soumis comme vous et moi aux règles. Mais ces règles semblent aujourd’hui absurdes quand on voit les conséquences qu’elles peuvent avoir.

Vous voulez de la croissance ? Vous voulez des emplois ? Libérez donc les entreprises et les entrepreneurs des carcans absurdes que vous leur mettez. Cessez de les criminaliser ou de chasser les chômeurs. Le premier rôle de l’État est d’être au service de sa population, non de la réduire à un pseudo état d’esclavage pour le nourrir. Le rôle de l’État est de commencer à nous faire confiance, à nous, les forces vives qui avons la possibilité de créer la richesse. Il faut que l’État et ses composantes cessent de généraliser les comportements de quelques patrons et entreprises voyous. Et si nous commençons à avoir confiance en l’État pour nous faciliter la vie, simplifier et garantir une sécurité juridique, alors nous pourrons créer et partager.

Vous voulez des emplois et des dépenses ? Changez la fiscalité. Osez ! La réduction des charges sur le travail n’implique pas une baisse du salaire, cessez de leurrer les travailleurs. La réduction de l’IPP n’implique pas un État social en décrépitude. Pour un emploi que nous créons, ce sont deux fois des moyens libérés, une charge sociale moindre et des recettes fiscales. Osez la flexibilité de l’emploi ! Le piège quand on perd son emploi est de rester trop longtemps au chômage, pourtant les aides (et pénalités) se focalisent sur le chômeur longue durée plutôt que favoriser directement sa réinsertion. Que l’État permette au chômeur d’être convaincu que son sort peut s’améliorer s’il accepte un emploi, et à l’employeur qu’il ne sera pas criminalisé quand, par un revers de fortune, il devra se séparer de son salarié.

Cessez d’opposer les jeunes et les vieux. Nous sommes tous dans la même galère de misère. Les jeunes veulent bien participer, laissez les participer. Faites cesser ces comportements égoïstes consistant à dire « j’ai mes droits acquis, les jeunes se sacrifieront pour tenir le tout en l’état, ils sont jeunes, ils sont forts, nous on est trop vieux ». Tout le monde devra faire sa part.

Réduisez la fiscalité et engagez vous à une sécurité juridique. Aujourd’hui, entreprises et particuliers conservent leurs économies car ils s’attendent à de nouveaux changements fiscaux douloureux. Ils s’attendent à davantage de confiscation sans observer un changement dans la gestion de l’État.

Soyez rigoureux et responsables, l’État aujourd’hui est tout sauf un modèle. L’État est cette sorte de Gargantua qui dévore tout ce qui est à portée de main. L’État doit disposer de moyens, c’est certain, mais ces moyens doivent être utilisés avec responsabilité et transparence. L’État doit être plus efficace et maigrir, l’État doit diminuer ses dépenses et gérer correctement ce qui lui est confié. La confiance du citoyen envers les institutions est à ce prix.

D’un autre côté, vous voulez réglementer ? Alors revoyez votre copie au niveau de la libéralisation des échanges. Ceux-ci induisent une « wallmartisation » de nos sociétés [une low-cost-isation si vous préférez] qui ne peut qu’engendrer une paupérisation. Le low-cost est en train de tuer l’Europe sous prétexte d’une amélioration à court terme du pouvoir d’achat. Cela, à quel prix ? À des prix environnemental, social, fiscal que l’on a délocalisés. Nous ne jouons plus dans la même cour que les pays « low-cost », nous ne pouvons leur faire concurrence ni nous rabaisser à leurs standards sociaux ou environnementaux. Que l’on flexibilise est une chose, qu’on en revienne au moyen-âge du social et au XIXe de l’environnemental en est une autre. Oui, on peut mettre des barrières à l’entrée de l’Europe. On peut, et on doit.

Enfin, dernier axe, durant une période de transition, des travaux publics pour enclencher la mécanique éventuellement. Ça peut faire sens, mais ça n’en aurait aucun sans les autres mesures.
Reste à gérer le problème de l’endettement. Il pourrait presque être considéré comme un faux problème tellement nous savons déjà que nous ne rembourserons JAMAIS nos dettes. Tout au plus, on en paiera les intérêts ad vitam. Gérons-la donc dans le temps, elle se dévaluera avec l’inflation qui finit toujours par se produire, on remboursera le capital en période de croissance et on visera à éviter de s’endetter plus. Si nous parvenons déjà à ça, nous aurons fait un grand pas dans la gestion de notre dette.

Chacune des mesures ébauchées ici mériterait presqu’un livre (que je n’ai pas le temps d’écrire). Je n’ai aucune prétention à la vérité ni à dire que tout ça marchera d’office. Je dis juste que si nous persévérons dans d’anciennes formules, nous ne pouvons espérer un résultat différent.
Il est temps de tenter la confiance. Il est temps de tenter la déréglementation et la baisse de fiscalité. Il est temps de cesser de faire du bisounoursisme mondialisé, temps aussi que l’État fasse quelque chose pour mériter notre confiance. Si nous pouvons faire confiance à l’État pour faciliter la vie des entreprises et des travailleurs / demandeurs d’emploi, maintenir une sécurité sociale digne et finançable, garantir une mondialisation où la concurrence se fait à armes égales, l’Europe pourra redémarrer et connaitre un nouveau cycle de prospérité bénéfique à tous.

À défaut, l’Europe et ses composantes sont mortes et enterrées. Et nous pouvons nous attendre à des mouvements sociaux de plus en plus violents qui mèneront soit à une évolution autoritaire des États, soit à leur disparition.

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