Amazon contre Hachette : lecteurs et auteurs s’affrontent. Filippetti s’en mêle.

Emballage Amazon (Crédits : Nic Taylor, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Mais que vient-on donc faire la Ministre de la culture française dans cette lutte entre deux géants du livre ?

Aux États-Unis, auteurs (producteurs) et lecteurs (consommateurs) s’impliquent dans la lutte entre deux géants du livre, Amazon et Hachette. Mais que vient-on donc faire la ministre de la Culture française dans cette galère ?

Par Frédéric Mas.

Emballage Amazon (Crédits Nic Taylor licence Creative Commons)

C’est à une véritable lutte entre producteurs et consommateurs du livre que nous assistons depuis quelques mois aux États-Unis. Pendant tout le week-end, Amazon et Hachette Book Group (HBG), la filiale américaine du groupe Lagardère, ont échangé quelques noms d’oiseaux. La dernière vacherie vient d’Amazon, qui a divulgué l’adresse courriel de Michael Pietsch, le directeur général de HBG, pour que les consommateurs fassent directement pression sur le géant du livre afin qu’il baisse ses tarifs. Amazon, après avoir lancé des rumeurs accusant Hachette d’entente sur les prix, n’a pas non plus apprécié la lettre ouverte signée dans le New York Times par plus de 900 auteurs contre ses pratiques jugées mortifères pour la filière du livre.

Pour Thibault Doidy de Kerguelen, un peu ironique, il s’agit là d’une monstration sans équivalent de démocratie de marché : les différents acteurs de la filière du livre sont appelés à prendre position quasi directement… sans l’intervention des pouvoirs publics. Comme il le rappelle avec justesse, en France, l’État se serait déjà invité dans ce conflit pour en démêler les fils avec toute la subtilité qu’on lui connaît. Notre ami a sans doute pêché par optimisme : c’était sans compter la prétention de notre ministre de la Culture à juger du Vrai et du Bien à travers le Monde sans souci des frontières nationales et des latitudes.

En effet Aurélie Filippetti a manifesté hier son soutien aux 900 écrivains américains contre les pratiques jugées inqualifiables d’Amazon. Pour Maître Filippetti : « Cet épisode est une nouvelle révélation des pratiques inqualifiables et anticoncurrentielles d’Amazon (…) C’est un abus de position dominante et une atteinte inacceptable contre l’accès aux livres. Amazon porte atteinte à la diversité littéraire et éditoriale. »

Sans entrer dans le détail de cette querelle entre Amazon et Hachette, il convient de rappeler que ce n’est pas à un ministre français de s’ingérer dans les affaires entre deux entreprises prospérant aux États-Unis. Jusqu’à nouvel ordre, être ministre de la Culture en France ne permet pas d’accéder à une compétence juridique universelle en droit de la concurrence.

Rappelons également que ce n’est pas aux pouvoirs publics d’arbitrer un tel conflit d’intérêts, mais bien aux consommateurs directement. C’est à eux seuls de sanctionner l’attitude des uns et des autres en choisissant les produits qui leur conviennent le mieux. Enfin, rappelons que bien que l’attitude d’Amazon puisse prêter le flanc à la critique, l’accusation d’entente sur les prix adressée à l’endroit de HBG ne tombe pas du ciel. Hachette avait déjà été condamné par la justice sur ce fondement. Il est donc facile pour A. Filippetti de brandir le sabre de bois de la justice pour défendre la position « anti-concurrentielle » d’Amazon, mais on ne peut pas dire que dans le domaine, HBG puisse se poser en modèle.

Fidèle à la méthode Montebourg, le gouvernement à travers son ministre de la Culture se sent obligé d’interférer dans un conflit sur lequel il n’a aucune prise, le tout pour satisfaire une opinion publique nationale peu informée sur un problème qui ne la concerne que de (très) loin. La France n’en sort pas nécessairement grandie.

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