Le Prix à payer, témoignage exceptionnel sur les Chrétiens d’Irak

Le Prix à payer, par Joseph Fadelle (Crédits L'Oeuvre, tous droits réservés)

Le Prix à payer par Joseph Fadelle, un livre poignant qui raconte ce qu’un musulman Irakien doit endurer en se convertissant au christianisme.

Par Alexis Vintray.

Le Prix à payer, par Joseph FadelleLe sort des chrétiens d’Orient, en particulier en Irak, revient douloureusement sur le devant de la scène avec la persécution des Chrétiens qui y est orchestrée par les djihadistes de l’État islamique au Levant. Pourtant, l’absence de reconnaissance de liberté religieuse dans de nombreux États de la région n’est pas nouvelle, comme en témoigne le récit saisissant d’un converti, dans Le Prix à Payer (L’Oeuvre, 2010, réédition Pocket, 2012) , best seller vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires :

Mohammed Moussaoui, fils d’une grande famille chiite irakienne, rencontre à 23 ans, lors de son service militaire, Massoud, son voisin de chambrée, irakien et chrétien. De vives discussions religieuses naissent entre les deux mais, alors qu’il voulait convertir son camarade, c’est Mohammed qui, intrigué puis séduit par la foi vivante de Massoud, se convertit au christianisme.

Commence alors un long chemin de croix pour celui qui doit vivre sa conversion dans le plus total secret, la cachant même de sa femme et de ses enfants. En Irak en effet, les conversions depuis l’islam sont interdites et le prosélytisme puni par la peine de mort. Quand sa femme découvre malgré tout son secret, elle le rejoint également dans la conversion au christianisme. Mais il n’est guère qu’auprès d’elle et de ses enfants qu’il trouve un appui : la hiérarchie catholique locale, bloquée par les lois sur l’apostasie, ne le soutient pas par crainte de mettre en péril le reste de la communauté. Ce n’est qu’après 13 ans qu’il parviendra enfin à obtenir le baptême !

Quand sa famille apprend elle aussi son secret en 1997 malgré les précautions du jeune converti, c’est une fatwa qui est lancée contre lui et emprisonnement, violences et bannissement qu’il doit subir. Emprisonné dans les geôles de Saddam Hussein sur ordre de sa famille, il y est torturé et n’en sort qu’à la mort de son persécuteur. Enfermé alors par sa famille dans sa maison, on lui ôte tous ses biens et ce n’est que difficilement qu’il arrive à fuir en Jordanie avec sa femme et leurs enfants. Retrouvé malgré tout par ses frères et son oncle, il est criblé de balles par eux et échappe de peu à la mort.

Guéri, il obtient difficilement des visas pour la France grâce au consul de France local et, en août 2001, parvient avec sa famille à prendre l’avion pour la France, où il vit désormais, en se faisant appeler Joseph Fadelle. Longtemps réfugié dans un anonymat total, Joseph Fadelle, a en 2013, après pas moins de 12 années en France, choisi de communiquer à visage découvert. Un choix qu’il continue à payer au prix cher puisqu’il se déplace protégé par des policiers lors des conférences qu’il donne.

Le prix à payer, un témoignage humain bouleversant

Joseph Fadelle à Saint Honoré d'Eylau en 2013 (Crédits François-Régis Salefran, licence Creative Commons)
Joseph Fadelle à Saint Honoré d’Eylau en 2013

C’est tout d’abord un témoignage humain bouleversant et qui se lit d’une traite en quelques heures que nous invite Le Prix à payer. Impossible de ne pas être saisi et ému par le témoignage de Joseph Fadelle. Mais c’est aussi à de nombreuses questions qu’invite ce livre, en particulier sur l’absence de liberté de conscience dans une bonne partie du monde musulman, et pas seulement en Irak. Que l’on soit catholique ou non, cet récit fait prendre conscience de l’importance pour chacun de pouvoir choisir librement ses croyances et des conséquences désastreuses du fanatisme de quelque bord qu’il soit, qui pousse des membres d’une famille à aller jusqu’à tuer les leurs.

Un ouvrage diversement reçu

Car, en particulier dans l’épilogue de l’ouvrage sur le pardon, c’est un appel à la tolérance et au respect entre hommes de foi ou de cultures religieuses différentes que l’auteur invite. On ne peut dès lors qu’être choqué (mais guère surpris) par une intelligentsia française prête à fermer les yeux sur les persécutions les plus graves et qui, face à de tels témoignages, préfère tirer sur l’ambulance comme Libération, accusant sans surprise les lecteurs de Fadelle d’islamophobie, attendant de l’auteur qu’il dise que « l’islam est l’œuvre du diable »…

Loin des comportements d’autruche prônés par Libération, c’est plutôt à la question des conditions de la compatibilité de l’islam avec nos sociétés modernes que ce livre peut inviter à réfléchir. L’un des principaux enjeux aujourd’hui pour les musulmans consiste ainsi à accepter que le texte sacré puisse être interrogé et questionné, comme cela se fit voici plusieurs siècles pour le christianisme, là aussi dans la douleur.

Surtout, c’est la fin de la confusion entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel qui est urgemment nécessaire, les condamnations de l’apostasie n’ayant de poids sans le soutien du pouvoir étatique.

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