La gauche, meilleure alliée du Front National

credits Blandine Le Cain (licence creative commons)

Depuis 30 ans, la gauche s’est servie du Front National pour asseoir ses intérêts et diviser la droite.

Par Patrick Aulnas.

credits Blandine Le Cain (licence creative commons)

De façon constante, depuis trente ans, la gauche s’est servie du Front National pour se valoriser et pour affaiblir la droite de gouvernement. Diaboliser un adversaire mineur dans les années 80 (résultats électoraux inférieurs à 10% des suffrages exprimés) permettait de se présenter comme un parangon de vertu et un obstacle indispensable à la montée des extrêmes. La peur est un ressort puissant de la manipulation politicienne. Mais le chef-d’œuvre du cynisme a pour auteur François Mitterrand. Pour les élections législatives de 1986, afin d’affaiblir la droite parlementaire, il remplace le scrutin uninominal à deux tours par la proportionnelle dans le cadre départemental. Conséquence : le Front National dispose de 35 députés. Mais le honteux stratagème échoue car la droite modérée obtient la majorité et Jacques Chirac est nommé Premier ministre.

Le résultat de cette attitude de manipulation des esprits par la peur du « fascisme » est aujourd’hui connu. Le Front National a obtenu 25% des suffrages exprimés aux élections européennes de 2014. Il est en effet très clair qu’en diabolisant l’adversaire, on encourage la presse à s’intéresser à lui. Le Front National, petit parti sans cadres et sans compétences, a ainsi peu à peu conquis un statut médiatique puis une image de recours possible. L’incontestable talent médiatique et le charisme de ses deux leaders historiques (Le Pen père puis fille) y sont pour beaucoup. Le programme de ce parti est en effet un tissu d’absurdités et de contradictions qui mènerait le pays à la ruine. Mais qui lit les programmes des partis ? Que pèsent-ils dans une élection ? À peu près rien.

La conjonction de leaders charismatiques et d’adversaires tacticiens, mais mauvais stratèges, a donc propulsé le Front National à un niveau électoral lui permettant d’envisager l’exercice du pouvoir. Politiquement, la montée en puissance du parti nationaliste ne peut plus être considérée comme un phénomène marginal dont on peut chercher à profiter. La sociologie électorale est cruelle : beaucoup d’ouvriers et d’employés ont quitté la gauche pour les beaux yeux et les belles promesses de Marine Le Pen. Les traiter de « fachos » risque fort d’être contreproductif.

Il sera donc nécessaire, là encore, de regarder la réalité en face et d’abandonner les incantations convenues. Par exemple, lorsque l’élite de gauche ressasse depuis des lustres que l’immigration massive est une opportunité, une ouverture sur le monde, etc., elle heurte la sensibilité de beaucoup de ses électeurs confrontés à d’importantes difficultés économiques et sociales. Ils n’ont cure des leçons de morale voilées des bourgeois de la gauche-caviar. Mais la vérité ne peut pas être exprimée dans une campagne électorale, surtout s’il s’agit de reconquérir un électorat ouvrier et que cette vérité lui est défavorable. L’entrée des immigrés a en effet pour fonction de rajeunir la population française et de disposer d’une main-d’œuvre peu exigeante, non syndiquée, reconnaissante même d’obtenir un titre de séjour. Le discours idéalisant masque donc une réalité démographique, économique et sociale. Derrière l’affichage de la générosité, apparaît la realpolitik.