Arnaud Montebourg, le big-bangueur de pharmacies

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Arnaud Montebourg (Crédits : Mathieu Delmestre-Parti Socialiste licence Creative Commons)

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Arnaud Montebourg, le big-bangueur de pharmacies

Publié le 4 août 2014
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L’actualité internationale est si chargée actuellement, et les vacances si respectées en France, qu’il est difficile pour Montebourg, l’histrion ministériel officiel du gouvernement Valls, d’intéresser les journalistes. Le cabotin relève cependant le défi en mettant une fois de plus les deux pieds dans le plat et en proposant quelques remises en causes radicales de monopoles bien français.

Et c’est donc en s’attaquant à celui des pharmacies que le chevalier Arnaud a décidé de reprendre un peu de couverture médiatique que des avions qui tombent, des missiles qui explosent et des roquettes qui pleuvent lui avaient un peu retirée. Avec l’emphase, la volubilité et la subtilité pachydermique propre au saltimbanque gouvernemental, il propose un véritable « big-bang » des pharmacies : en parallèle de la remise en cause du monopole des pharmacies sur la vente des médicaments sans ordonnance, le ministre de l’économie de redressements productifs propose ainsi la constitution de « chaînes de pharmacies », et souhaite aussi ouvrir le marché français du médicament à la vente en ligne.

Ministère du Redressement Productif - MRP 2012

Pour Montebourg, l’idée derrière ces propositions pour le moins détonantes est d’introduire une concurrence plus forte dans le domaine des médicaments courants qu’on peut obtenir sans ordonnance, notamment ceux basés sur l’aspirine, l’ibuprofène, le paracétamol et d’autres molécules connues. Entre leur disponibilité en grandes surfaces (ce pourquoi se bat Michel-Édouard Leclerc depuis des années) et leur possible disponibilité par internet, on comprend que la concurrence sur l’officine de la rue d’à-côté va probablement piquer un peu. Pas étonnant, dès lors, de lire les hurlements de souffrance de la présidente de l’Ordre des pharmaciens, Isabelle Adenot, sur le double mode du « On va tous mourir, c’est horrible » et « Les dérives, mon bon mossieu, vous y avez pensé, aux dérives ? », mamelles argumentatives habituelles des monopoles lorsqu’on leur retire la sucette du bec.

En parallèle, on pourra apprécier la lucidité de la présidente qui note au passage le retournement de veste des politiciens qui, jadis, louangeaient les commerces de proximité et l’absolue nécessité du conseil pharmaceutique pour justifier la fermeture du marché des médicaments sans ordonnance aux grandes surfaces, et qui, maintenant, semblent trouver moult vertus à l’ouverture concurrentielle et à la vente en ligne. Cette lucidité s’arrête cependant bien vite lorsqu’elle n’hésite pas à présenter le marché actuel des médicaments en France comme en situation de concurrence, les pharmaciens étant, d’après elle, en lutte acharnée les uns contre les autres pour offrir le meilleur prix et les services les plus complets à leurs clients. Ceux qui ont déjà reçu les affables conseils du pharmacien (et pas de son laborantin) lors d’un conséquent achat de médocs remboursés pourront hausser les sourcils.

On sent donc que la bataille sera âpre entre le gouvernement, apparemment décidé à déverrouiller le secteur, et la corporation, qui risque fort d’absolument tout faire pour l’en empêcher. Et compte-tenu de l’absence pathologique de toute paire de gonades du premier, on peut imaginer de longues négociations et un dégonflement progressif des ambitions montebourgeoises…

img contrepoints533 MontebourgEncore que… Encore qu’il faille bien comprendre ici qu’on se situe toujours dans cette délicate zone d’inconfort d’un gouvernement qui doit absolument faire des réformes (dette énorme, déficits galopants, chômage en hausse et pouvoir d’achat en berne obligent) sans toutefois taper trop fort sur les classes moyennes qui n’en peuvent plus, ni molester ses réservoirs électoraux en coupant dans l’une ou l’autre des milliers de joyeuses prestations payées par l’argent des autres et qui leur assurent bonheur et tranquillité.

Or, de ce point de vue, certaines corporations constituent d’excellentes cibles. Les pharmaciens, traditionnellement plus portés vers le camp d’en face, n’ont à faire valoir ni leur nombre ni leur éventuel pouvoir de nuisance pour arrêter net le bouillant ministre qui aurait enfin, dans la libéralisation de ce secteur, un truc-bidule à présenter qui ne ressemblerait pas, pour une fois, à une ridicule tartufferie ou une cuisante défaite. Rappelons ainsi que la libéralisation du secteur des taxis, dont l’impact en matière de pouvoir d’achat serait certainement plus sensible que celui des pharmacies, s’est progressivement muée en micro-management du changement progressif et millimétré devant les coups de gueule des patrons-chauffeurs. A contrario, on voit mal les pharmaciens faire subitement grève, ou sortir des gourdins pour attaquer les futurs vendeurs de médocs en grande surface…

CorporatismeLe libéral moyen devrait donc se réjouir qu’au pied du mur, le gouvernement, utilisant une fuite ô combien pratique d’un rapport de l’Inspection Générale des Finances qui dressait la liste des professions en situation de monopole de droit, pioche dans cette liste quelques-uns des monopoles qu’il entend libéraliser. Cependant, il serait absolument vain de ne voir là autre chose qu’une batterie de mesures de circonstances, permettant d’afficher quelques réformes pas trop violentes, et d’hypothétiques gains de pouvoir d’achat (la réalité sera, on s’en doute, plus contrastée que les chiffres présentés par Bercy, qui, joufflus, s’étalent langoureusement de 327 à 420 millions d’euros). Au-delà du petit calcul politique et économique de court terme, les façons de raisonner, tant du côté gouvernemental que du côté des administrations, n’ont pas évolué d’un cachou. En effet, même si les services de Bercy estiment, je cite, que « la théorie économique plaide pour la suppression du monopole des pharmacies sur l’ensemble des produits accessibles sans ordonnance », on ne s’étonnera pas de trouver pourtant, dans la bouche du ministre de l’Économie, ses habituelles saillies sur le patriotisme économique et autres fadaises protectionnistes dont, pourtant, la théorie économie plaide aussi la suppression.

nono démonte-bourg mittalAutrement dit et comme d’habitude, les services de l’État et les politiciens sélectionnent précautionneusement ce qu’ils veulent dans les idées du moment, en oubliant celles qui auraient le mérite de faire une vraie différence pour le pouvoir d’achat des Français et en se contentant des réformettes faciles dont ils savent qu’elles ne comportent pas de risques politique et/ou social majeurs. Les pharmaciens ou les notaires, ça peut le faire avec un peu de communication et un minimum de doigté. Ce qui fait par exemple dire à Montebourg que « l’officine est aujourd’hui incontestablement enfermée dans un modèle capitalistique du passé », ping, mais aussi « Toujours plus de destruction d’emplois dans les télécoms grâce aux excès low cost de #freeMobile », et pouf emballez la cohérence, c’est pesé. Fastoche. En revanche, pour l’hôtellerie (AirBnb), les taxis (Über), les librairies (Amazon), là, c’est une autre paire de manches. Quant à la sécurité sociale, rassurez-vous, toute modification réelle, perçue ou potentielle de son monopole est largement tue.

Bref : la situation économique, de plus en plus affolante, impose à nos clowns socialistes les prémices de réformes qu’un libéral normalement constitué ne peut qu’appeler de ses vœux, et ça, c’est tant mieux. Mais la charge politique qu’elles engendrent, lourdes de conséquences sociales, et les modes de pensées de nos gouvernants, calcifiés dans des utopies collectivistes depuis au moins 40 ans, amènent bien malheureusement à largement tempérer ces bonnes nouvelles.

Encore une fois, les petits bricolages continuent et les grandes réformes attendront.

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  • Même si je partage vos réticences, ce premier pas pourrait (on peut rêver) être suivit d’autres si, comme on s’y attend, cela améliore les marchés concernés plus que cela ne les détériore.

    Il ne faut pas perdre de vue que les réformes libérales de la Suède, de l’Allemagne, de la Nouvelle Zélande ont été entreprises par des gouvernements de gauche. Comme je le dis plus haut : On peut rêver !

    • Ce « premier pas » me paraît simplement la préemption par l’état du problème posé par le rapport de l’IGF, afin d’y apporter de fausses solutions qui bloqueront la place et empêcheront l’installation de vraies. Nul ne pourra rien changer d’ici la fin de la législature puisque Montebourg s’est saisi du sujet. Nul ne pourra dire qu’il faut libéraliser ces professions puisque le gouvernement en est conscient et s’en occupe.
      Et en même temps, pour les pharmaciens, la sécu leur versera une rente pour qu’ils puissent exercer leur « mission de conseil » malgré les bénéfices réduits sur la vente de médicaments…

    • Gauche dans le sens athéistes marxistes égalitaristes collectivistes ? Ou plutôt élites bien pensantes très investies dans les affaires ?

    • Bof. Si ca se fait, ca se passera comme pour Thatcher et la NHS : les améliorations seront dénoncées comme « un démantèlement complet du système de santé britannique  » (alors qu’elle y a à peine touché) par les socialistes, information capitale qui sera relayée en boucle par les médias, fin de l’histoire.

      • Ou bien dans le style de ce qu’on lit sur les sites FN : « Thatcher a vendu l’industrie britannique à la City »

  • Poudre aux yeux. Le prix de ces médicaments est fixé par la sécu. Augmenter le nombre de vendeurs ne fera que les pousser à vendre plus de boites.

    • Seulement pour les médicaments remboursés, pour les autres c’est l’industriel qui fixe son prix en fonction du marché.

  • «  » » le ministre de l’économie de redressements productifs propose ainsi la constitution de « chaînes de pharmacies », et souhaite aussi ouvrir le marché français du médicament à la vente en ligne. » » »

    Première réflexion qui me vient à l’esprit quand je lis ça : « mais de quoi se mêle-t-il ? Qu’il s’occupe de ses oignons et qu’il nous laisse tranquilles ».

  • 420 Mio pour 60 Mio de français, cela fait une augmentation de pouvoir d’achat mirifique de 7€ annuels par français; il est sûr que le consommateur va se précipiter pour dépenser cette manne !

    Ce qui m’afflige c’est que tout est maintenant mesurer en termes de PIB et de croissance. Ne devrait-on pas d’abord étudier si l’auto-médication n’est pas en fait une source de mauvaise santé?

    Parce que pour avoir une belle croissance du PIB, citons des maisons très mal isolées qui consommeront beaucoup d’énergie, des routes mal conçues multipliant les accidents (et du chiffre d’affaires pour hôpitaux, garagistes et fabricants automobiles, ….. Cette caricature démontrant que cet étalon du PIB élevé au rang du divin est tout simplement un non sens

    • Pire que l’automédication, le doctoromédication.

      Les petits vieux bourrés de médocs, c’est PAS l’automédication, hein.

  • Je ne pleurerai pas sur le cas des pharmacies, qui sont devenues de véritables mini-administrations (regardez combien de temps vous passez à la caisse le temps que le petit pharmacien renseigne tout bien comme il faut pour éviter que vous dépensiez le moindre centime… n’importe quel commerce qui fait autant attendre les clients aurait fermé depuis longtemps).
    Mais évidemment, comme le souligne h16, on s’intéresse plus à ces « voleurs » du privé (notaires, pharmaciens, etc.) qu’au vraies gabegies, à savoir la Sécu, l’administration, nos chers élus, etc.
    Quant à Montebourg, que dire ? Il vient de lécher si fort le cul de Niel que ce dernier a dû subir une épilation rectale gratuite. Concurrence déloyale pour les salons d’épilation…

    • Ne vous en déplaise je suis pharmacien. Petit je ne sais pas. En tout cas, sur ce site, tout le monde donne
      son avis sur tout sans rien y connaître spécialement. si nous faisons un travail administratif, c’est que la sécu nous le demande, pour organiser ce qui s’appelle le tiers-payant, justement pour éviter aux patients d’avancer l’argent des médicaments. Mais je sens que vous êtes aussi opposé à la sécu, ce qui prouve que vous n’êtes pas (pas encore…) malade… et que ceci vous concerne peu. Sans cela, je suis prêt à répondre à toute question pertinente sur les pharmaciens, qui sont une profession aussi louable que la votre sûrement. Au fait, vous êtes un petit quoi ?

      • Vous avez raison de signaler qu’il ne faut pas que l’idéologie libérale tourne à la caricature, ce qui devient par moment assez comique ici vu les certitudes de certains commentaires qui n’ont d’expérience apparente que celle des livres qu’ils viennent de fermer au sortir de leurs chères études.

  • C’est une bonne chose, ça permettra de mettre Montebourg face à ses contradictions dans le futur

  • La gauche française ne marche que par une logique que tout le monde commence à connaître : on met en faillite tout ce qui marche ici puis on l’importe de l’extérieur pour prouver qu’on est libéraux.

    Pour la pharmacie, je propose que la libéralisation et la fin des monopoles et des professions réglementées, les pharmacies au nom du libéralisme à la Mon Tambour (à la mords-moi-le-nœud) puissent vendre des salades et des yaourts et puis aussi des pots d’échappements et puis enfin puissent aussi s’installer comme chauffeurs de taxi et routiers aussi. Çà c’est bien routier !

    Moi j’aimerais être ministre et Président de la République aussi, quand j’s’rai grand, au nom du libéralisme à la Mon Tambour, surtout pour sauter plus facile des gonzesses. Ça a l’air vachement peinard pour ça, aussi facile que d’faire autant de conneries à la semaine. Cela demande pas beaucoup de compétences, apparemment !

    Y’a un seul monopole que je n’voudrais en aucun cas remettre en cause, ni ne pourrais, celui de ces petits hommes qui se prennent pour des grands et font de la politique comme moi je fais du tennis si je m’présentais à Roland Garros, comme d’autres font de la musique après Roland-Garros comme leurs pieds, comme des cons qui se prennent pour des rois alors qu’ils sont nuls à chier. Le seul monopole dont se prévalent ces gens et que je voudrais jamais et ne pourrais jamais remettre en question est celui de la connerie et de sa qualité consubstantielle, la suffisance. Je leur laisse ce monopole, impossible de venir sur leur terrain, il faut en avoir une sacrée couche.

    Quand est-ce qu’on va virer tout ces cons ?

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