La dette publique, opportunité ou fatalité ?

Pourquoi les pays les plus riches sont-ils passés en 40 ans d’une gestion prudente de leurs finances publiques au laxisme le plus total ?

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La dette publique, opportunité ou fatalité ?

Publié le 22 juillet 2014
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Par Patrick Aulnas

dette CC Guillaume BrialonL’un des paradoxes de la situation économique de la planète est l’écrasante dette publique accumulée par les États les plus riches (Japon, États-Unis, Europe). Il était courant par le passé que des nations pauvres (en Afrique, en Amérique latine) se trouvent dans une situation de quasi-faillite nécessitant l’intervention du FMI. Mais les pays riches s’endettaient raisonnablement, principalement pour financer des investissements, sauf dans les périodes de guerre. Pourquoi en trente ou quarante ans, sont-ils passés d’une gestion prudente de leurs finances publiques au laxisme le plus total ? Chacun comprend que la fin de leur domination économique et l’émergence de nouvelles puissances placent les pays riches en situation de concurrence. Il faudrait donc s’activer et faire face. Mais des obstacles existent qui peuvent être présentés comme autant d’interprétations possibles de l’endettement public. En voici une récapitulation.

1. La dette publique, opportunité pour les gouvernements de gauche

A priori, nul doute que la propension à l’endettement public soit de gauche. La dette permet de financer des prestations sociales (santé, retraite, chômage) qui devraient être plus modestes si les comptes étaient équilibrés. Elle permet aussi de payer à crédit des fonctionnaires de l’État qui n’auraient pas pu être recrutés sans déficit budgétaire. Elle permet enfin de financer des investissements publics qui n’auraient pas eu lieu avec plus de rigueur. La redistribution et l’interventionnisme public étant des marqueurs de gauche, doit-on en conclure que la dette est une opportunité politique saisie par les gouvernements de gauche ? La question reste ouverte.

2. La dette, manœuvre des politiques

Pour les politiques, l’endettement permet de passer outre aux limites budgétaires d’une gestion prudente et sérieuse. Il permet de dépenser sans pour autant augmenter les prélèvements obligatoires, mesure évidemment impopulaire. Voter un budget déficitaire permet de s’accorder plus de capacité d’action et donc plus de pouvoir. Tout se passe comme si l’ensemble de la classe politique agissait de façon tacitement consensuelle : « Nous, femmes et hommes politiques, n’avons pas intérêt à augmenter les impôts et cotisations sociales, augmentons donc la dette pour pouvoir proposer des réalisations nouvelles. Nos successeurs seront en charge de la gestion de cette dette, pas nous. » Autrement dit, après nous le déluge. Les rapports de la Cour des Comptes en France n’ont aucun effet sur les politiques. Pas plus que les mises en garde des instituts et think tanks spécialisés dans le monde entier.

3. La dette, fatalité macro-économique

Le crédit est une technique financière permettant d’obtenir une satisfaction immédiate en payant le prix dans l’avenir. Un créancier n’accorde un crédit que s’il suppose que le débiteur sera apte à rembourser le jour de l’échéance. Le crédit ne peut donc exister qu’avec une vision optimiste du futur. Au niveau micro-économique (un individu, une entreprise), il est possible de cerner assez facilement la situation et de se faire une opinion sur le destin probable du débiteur pendant le délai du crédit. À l’échelle macro-économique, l’exercice devient périlleux et mille exemples montrent que les économistes ne prévoient pas grand-chose au-delà de la conjoncture à six mois. Personne ne se pose vraiment la question de la soutenabilité de l’endettement parce que personne ne croit aux prévisions des macro-économistes. Les prévisions n’étant pas fiables, la tentation est grande de les négliger. Les décideurs peuvent donc en dernier ressort accepter l’antique fatum : nous ne maîtrisons rien puisque l’avenir est une énigme. Qui vivra verra.

4. La dette, lâcheté de peuples repus trompés par des politiciens sans scrupules

Après la phase de croissance économique exceptionnelle des trente années d’après-guerre, la population des pays concernés (les pays riches d’aujourd’hui) s’est habituée à une évolution économique axée sur le toujours plus. Plus de consommation, plus de prestations sociales, plus de services publics (et donc de fonctionnaires), plus de loisirs, etc. Croissance, croissance… Revenir à la raison en considérant les Trente glorieuses comme l’exception est évidemment difficile. Le rêve s’achève et le réveil est douloureux. Mais ne voilà-t-il pas que des responsables de haut niveau susurrent à l’oreille des peuples repus qu’il est possible de prolonger le rêve : il suffit de payer à crédit. Soulagement ! Tout est donc simple : le rêve à crédit existe ! Mitterrand est un de ces prophètes du bonheur à crédit (retraite à 60 ans pour tous, abaissement généralisé de la durée du travail), Clinton en est un autre (promesse de propriété immobilière pour tous… puis crise des subprimes).

En combinant ses interprétations, et d’autres encore sans doute, on peut se faire une idée de la situation inextricable dans laquelle nous sommes plongés… et de l’énorme défi que représente la solution, si elle existe.

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  • De toute manière, on peut sérieusement se demander si la possibilité de faire des budgets en déficit et donc accumuler de la dette est compatible avec la démocratie tellement le rapport cout/bénéfice pour un politicien est ultra giga mega favorable.

    (je parles hors cas extrêmement spécifique genre guerre ou catastrophe naturelle apocalyptique)

    • La formulation de votre question réduit la démocratie à sa forme purement représentative.
      Et la réponse est évidente: Non.

      Mais tel n’est plus le cas si vous incluez la démocratie semi-directe, où les représentants sont sous le contrôle des référendums d’initiative populaire, qui permettent au peuple d’opposer un véto et même de légiférer.

  • « l’énorme défi que représente la solution, si elle existe. »

    La solution existe évidemment. En effet, la bulle des Etats providentiels obèses, mère de toutes les bulles économiques, finira inéluctablement par crever. La question est de savoir si nos pays anticiperont en douceur la fin de la bulle ou s’ils la subiront à leurs dépens, violemment, pour connaître une destinée similaire à l’ancienne URSS qui ne s’en est toujours pas remise après deux décennies.

  • Il s’agit surtout de lâcheté des dirigeants politiques. Le pouvoir rapporte trop …

  • objectivement, les gouvernement de gauche ne creusent pas plus le déficit que les gouvernements de droite, même si ils dépensent plus et distribuent plus de promesses qu’il faudra payer plus tard (mais qui n’ont pas de traduction financière immédiate), comme la retraite à 60 ans par exemple

    • Lorsque l’âge de le retraite passe de 65 à 60 ans pour le secteur privé (1981), il faut très rapidement financer les retraites à verser aux nouveaux retraités. Dans un système par répartition, les actifs payent immédiatement le montant des retraites. Il n’y a pas de décalage. Bien sûr, un certain temps est nécessaire pour atteindre la globalité des effets induits. Imaginons que la « bonne réforme » (démographiquement) ait été faite en 1981 : faire passer l’âge de la retraite des fonctionnaires à 65 ans et ne rien changer pour le secteur privé. Nous n’aurions pratiquement aucun problème de financement des retraites aujourd’hui. La gauche n’est-elle pas la grande responsable de la situation actuelle ?
      Patrick AULNAS

      • Oh il n’y aucun doute que la gauche est plus généreuse (avec l’argent des autres). Mais d’un autre coté elle n’a aucun problème pour augmenter les impôts, « punir les riches » et leur piquer leurs biens, et ainsi rester dans des limites de déficit qui, dans l’ensemble, ne sont pas pire que la droite.
        Votre hypothèse 2 a une bien meilleure capacité explicative du déficit que plus l’hypothèse d’une gauche trop généreuse.

      • Bonjour,

        Le critere d’age n’est pas le seul determinant, c’est le vieillissement de l’ensemble des salaries .
        Le renouvellement etait une necessite

  • Ah leurs 30 glorieuses notez ici 30 avec un T parfois le mot glorieuse est affublé d’ un G ! le père de ce poncif était aussi prof universitaire j’ ai oublié son nom ……
    La période va sauf erreur de 45 à 75 alors une simple question de bon sens : si elles était aussi glorieuses pourquoi a t on fait appel à De Gaulle en 58 ?

  • Hypothèse 5: La folie de la planification économique et sa désillusion

    L’économie, depuis qu’elle existe (néolithique), c’est le marché.
    Le technologie de l’information qui permet l’économie, c’est l’argent.

    Malheureusement beaucoup de gens rejettent le marché au profit de la planification.
    Ils croient ainsi pourvoir organiser la croissance, obtenir l’égalité de tous et éviter les alternances de croissance et de récession.

    L’attrait morbide pour la planification est si ancré dans la nature humaine que rien ne semble pouvoir l’en détourner, malgré tant et tant de tentatives et autant de désastres.

    Je n’ai pas coutume de douter de la sincérité des politiciens.
    Comme dit Madelin, entre le machiavélisme et la stupidité, ne cherchez pas, c’est la seconde.
    Voire la folie, puisque selon Einstein elle consiste à répéter la même chose en attendant un résultat différent.
    Comment ne pas voir la folie des attentes placées par les socialistes dans l’État ?
    Depuis toujours comme en témoignent les écrits de Frédéric Bastiat…

    D’où la dette: Avec l’inflation, elle n’est rien d’autre que la mesure de l’illusion planificatrice.

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