Nouvelles de la maladie d’Alzheimer : c’est loin d’être gagné

Mains agées CC Ann Gordon

Conférence internationale de l’Association Alzheimer à Copenhague : des communications qui bousculent les idées reçues et précisent un certain nombre de faits reconnus.

Par Jacques Henry

Mains agées CC Ann GordonLa conférence internationale de l’Alzheimer’s Association s’est tenue cette semaine à Copenhague et les communications des spécialistes de cette maladie qui affecte plus de six millions de personnes en Europe avec un coût considérable pour la société, de l’ordre de 500 euros en moyenne par malade et par jour, bousculent les idées reçues et précisent un certain nombre de faits reconnus. Il y a d’abord la qualité du sommeil qui constitue un facteur critique dans l’apparition de cette démence.

Que ce soient l’insomnie chronique ou les épisodes d’apnée durant le sommeil, ces deux troubles sont considérés comme critiques pour les spécialistes et contribuent pour au moins un tiers des cas de maladie d’Alzheimer. Une étude réalisée sur deux cent mille anciens combattants de l’armée américaine (« veterans ») indique clairement que la qualité du sommeil est extrêmement critique dans le processus d’apparition de la maladie. Or on sait que cette maladie entraine également des troubles du sommeil et une certaine agressivité due au stress. Il est donc vraisemblable, selon le Docteur Kristine Yaffe de l’Université de Californie à San Francisco, que les troubles du sommeil soient un des symptômes avant-coureurs de la maladie sans que l’on soit encore en mesure de préciser le mécanisme de ces troubles du sommeil induits par la maladie elle-même.

Dans une autre étude réalisée à l’Université du Wisconsin, l’échantillon de 329 personnes comprenait 40% de personnes porteuses d’un gène impliqué dans la maladie et 74% avaient des antécédents familiaux, deux facteurs maintenant reconnus pour accroitre la fréquence d’apparition de cette maladie. Il s’agissait de savoir si une activité intellectuelle soutenue retarderait les symptômes en effectuant un suivi en imagerie par résonance magnétique des zones du cerveau connues pour être affectées par la maladie. Les résultats ont montré encore clairement qu’une activité intellectuelle (ou cérébrale) régulière comme par exemple jouer aux échecs, faire des mots croisés, des puzzles ou encore visiter des musées préservait l’intégrité de l’hippocampe, une zone du cerveau particulièrement affectée par la maladie. Selon le Docteur Stéphanie Schultz « plus les personnes âgées jouent aux échecs, aux cartes ou font des mots-croisés, meilleure est la santé de leur cerveau » alors qu’en comparaison la lecture, par exemple, fait intervenir un nombre moindre de régions du cerveau et ne présente pas le même effet stimulant alors que ces personnes étudiées étaient prédisposées à la maladie.

Une autre étude réalisée à la Mayo Clinic permit de montrer que des exercices physiques réguliers retardent significativement l’apparition de la maladie, y compris chez les sujets « à risque » comme dans la précédente étude réalisée à l’Université du Wisconsin.

Enfin, des médecins de l’Université de Californie à Irvine ont montré qu’une légère hypertension était contre-intuitivement favorable pour retarder l’apparition de cette maladie. Ce résultat a été parfaitement clair chez des sujets âgés de plus de 90 ans en examinant plus de 625 personnes de cet âge avancé. Il semblerait que l’hypertension artérielle, supposée être un facteur de risque pour l’apparition de la maladie d’Alzheimer, soit au contraire plutôt bénéfique chez les sujets ayant atteint l’âge de 80 ans…

Dans une autre étude conduite par une équipe de biologistes de l’Université d’Oxford, il s’est agi de montrer si la vitamine B12, la vitamine B6 (pyridoxal phosphate) et l’acide folique (B9) avaient un effet bénéfique sur la maladie d’Alzheimer. L’hypothèse des vitamine B dans le traitement de la maladie d’Alzheimer provient du fait qu’une déficience en ces vitamines induit un taux élevé d’un autre composé du métabolisme général, l’homocystéine qui est un précurseur de la méthionine, un important aminoacide, non seulement impliqué dans la synthèse des protéines, mais également dans divers processus métaboliques importants. Or on a observé que les malades souffrant de la maladie d’Alzheimer présentaient des taux élevés d’homocystéine dans le sang. Administrer un cocktail de vitamines du groupe B semblait une bonne approche dans le traitement de la maladie. Le service des essais cliniques de l’Université d’Oxford a agrégé plusieurs études relatives aux effets des vitamines B (6, 9 et 12) englobant 22000 personnes souffrant de troubles cognitifs caractéristiques de la maladie. Si l’administration de ces vitamines conduisait bien à une chute du taux d’homocystéine de 25% en moyenne, les fonctions cognitives n’étaient en aucun cas améliorées. Parallèlement cette étude a montré que l’administration de ces vitamines ne réduisait pas non plus significativement les risques d’accidents cardio-vasculaires.

Enfin, les surprises se succèdent à l’exposé des travaux récents sur la maladie au Congrès de Copenhague. Il s’agit cette fois de la présence d’une troisième protéine anormale qui s’accumule dans les neurones après les protéines amyloïde et tau dont j’ai disserté à plusieurs reprises dans mon blog. Ce nouveau candidat à des traitements thérapeutiques s’appelle la protéine TDP-43, déjà connue pour être présente dans la sclérose latérale amnyotrophique (Maladie de Lou Gehrig) et la démence fronto-temporale, une forme de gâtisme distincte de la maladie d’Alzheimer. Plusieurs laboratoires ont mis au point des techniques de détection des protéines tau et amyloïde par imagerie du cerveau qui pourraient améliorer considérablement le diagnostic précoce de cette maladie et s’apprêtent d’ores et déjà à la détection précoce de ce nouveau marqueur de la maladie.

Comme quoi, encore une fois, les idées reçues sont battues en brèche.

Sources : Associated Press et Oxford University, illustration Honoré Daumier


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