Voyager avec la France ferroviaire

Paris Gare de Lyon (Crédits : The Nick Page, licence Creative Commons)

Vous vous apprêtez à prendre le train des vacances ? Petit avant-goût des péripéties qui vous attendent.

Par Jacques Henry

Paris Gare de Lyon CC The Nick Page

Quand on a perdu l’habitude de vivre en France et qu’on désire aller en train d’un endroit à un autre de l’Hexagone on n’est pas déçu !

D’abord la correspondance à Châtelet-Les-Halles entre lignes B et A aiguise la patience car la fréquence de passage des trains est pour le moins aléatoire. Malgré les indications figurant sur un écran de télévision digne d’être exposé dans un musée, il faut attendre au moins dix minutes pour voir arriver un train poussif, tagué, sale à l’intérieur comme à l’extérieur où il n’y a nulle part un moyen de se tenir, je pense à des poignées ou à des barres. La gare du RER de Paris-Gare de Lyon manque critiquement d’indications claires pour se diriger et en imaginant être un étranger, autant dire que c’est un véritable labyrinthe inextricable pour qui ne comprend pas le français et arrive pour la première fois dans cet endroit.

À la Gare de Lyon les choses commencent à devenir carrément sérieuses. Si on n’arrive pas avec au moins 15 minutes de marge de sécurité pour trouver son train, on a de très fortes chances de tout simplement le rater car l’organisation est monstrueusement inadéquate et les ingénieurs qui ont pensé et conçu cette espèce de piège ont fait très fort dans l’incompétence crasse. Il existe deux grands panneaux d’affichage des trains aux points de rencontre et la localisation des trains en partance est mise à la disposition des voyageurs moins de 15 minutes avant le départ. Il y a deux halls pour ceux qui ne connaissent pas cette gare dans sa partie non souterraine, parce que la zone trains de banlieue en sous-sol est pire et strictement réservée aux habitués qui n’ont pas le goût du risque. On doit donc faire le poireau soit dans le hall A soit dans le hall B. Si on se trouve dans le hall A, ce qui était mon cas, et que le train part du hall B, ce qui était aussi mon cas, on doit immédiatement réagir car la distance entre les deux points est respectable, en gros la longueur d’une double rame de train. Si la place attribuée au prix fort sur internet se situe en tête de train la distance à parcourir correspond très exactement à deux fois cette longueur, ce qui était mon cas également, voiture 18 en tête de train.

Après avoir donc atteint presque au pas de course le quai, la numérotation des voitures ne suit pas un ordre logique et le voyageur qui a oublié d’être zen a toute les chances de souffrir de problèmes de tension artérielle et ressentir irrésistiblement des sueurs froides dans le bas du dos. La numérotation des voitures ne suit aucun ordre logique puisqu’elle débute à 8 pour revenir jusqu’à 1, en partant du butoir en fin de quai et recommence de 11 pour aller jusqu’à 18. Il est probablement impossible de modifier cette numérotation apparemment figée depuis la sortie d’usine du train. La voiture 18 est la voiture 18 et ne peut en aucun cas devenir la voiture 1 ce qui serait logique comme il serait logique que les sièges tournent afin que tous les voyageurs soient assis dans le sens de la marche comme c’est le cas dans les Shinkansen au Japon. Bref, l’électronique n’a pas encore atteint les méninges tant des concepteurs d’Alstom que des agents de la SNCF.

Dans les voitures, l’espace pour ranger les bagages est plus que parcimonieux, voire inexistant, à tel point que j’ai été obligé de poser ma petite valise (petite pour une fois) sur le siège vide à côté du mien.

Comme je m’étais muni de quelques bières, au bout d’une petite heure je me suis mis à souffrir d’une envie impérieuse d’uriner. Alors là, si on n’est pas zen et qu’on a des défaillances de sphincter, ce qui n’est pas encore mon cas, autant oublier tout de suite ! Première toilette au niveau inférieur hors d’usage ; toilettes situées au sommet des escalier hors d’usage également ; je me suis hasardé vers la voiture 17, même topo, les toilettes du haut hors d’usage et les toilettes du bas hors d’usage également. J’ai donc décidé de maintenir mes sphincters dans un état de tonicité tétanique pour survivre jusqu’à la gare de Lyon-Part-Dieu. Le voyageur assis en face de moi, ayant probablement vécu la même galère m’a signalé que les premières toilettes en état de fonctionnement se trouvaient dans la voiture 15 : une bonne occasion d’attirer les voyageurs vers le bar hors de prix qui se situe dans ladite voiture où je ne me suis pas hasardé. J’imagine des Japonais arrivant dans ce truc, ils sont bons à la fin de leur voyage pour la cellule de déchoquage à l’hôpital le plus proche. Au passage, j’ai remarqué que la moquette des escaliers des voitures partait carrément en lambeaux. Ce n’est qu’un tout petit détail mais ça fait désordre.

Arrivé à la gare de Lyon-Part-Dieu, je me suis mis en quête de toilettes, de plus en plus préoccupé par ce besoin insatisfait. Normalement, dans toute gare normalement pensée et équipée, il y a des indications claires précisant la localisation de ces endroits nécessaires à tout un chacun, mais dans cette gare d’une ville prétendant jouer un rôle de métropole européenne, détrompez-vous tout de suite : il y a un unique chiotte payant pour aller se vider la vessie, du moins c’est ce que j’ai pu constater. Coût du soulagement : 50 centimes d’euros. Ça renchérit carrément le prix de la canette de bière ! Mais après avoir fait la queue trois minutes, voire plus – je n’ai pas précisément chronométré – il est surréaliste de constater que la moitié des urinoirs est hors service !

Je passe sur l’absence d’escalators pour accéder au quai, ce n’est qu’un détail, – je n’avais qu’une petite valise de moins de dix kilos – mais qui n’en est pas un pour qui se charrie une valise de 30 kilos. Bref, c’est n’importe quoi, sans oublier que le hall de la gare est criblé de trous, le pavage part en morceaux et il est dangereux pour les roulettes d’une valise.

Bon voyage en France !


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