Michel Sapin et la bonne finance

En bon ministre-gestionnaire, Michel Sapin compose, brode, enchante le réel avec des éléments de langage.

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Michel Sapin (Crédits : Parti Socialiste, licence Creative Commons)

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Michel Sapin et la bonne finance

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 10 juillet 2014
- A +

Par Guillaume Nicoulaud

Michel Sapin (Crédits : Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Je trouve notre ami David Desgouilles un peu dur avec ce pauvre Sapin. Oui, bien sûr, cette histoire de « bonne finance » qui serait devenue son amie prête à sourire (ou à pleurer, c’est selon) mais c’est qu’il n’est pas dans une situation facile notre ministre ! Résumons :

1 — Il a déjà près de 2 000 milliards d’euros de dettes sur le dos1. Juste pour bien fixer les idées, ça représente à peu près un an et neuf mois de revenus de l’ensemble de nos administrations publiques.

2 — Cette année et pour la quarantième année consécutive, nos gouvernants ont décidé d’exécuter un budget en déficit : 70,6 milliards d’euros qu’il va bien falloir trouver quelque part parce que sans ça, l’État ne sera tout simplement pas en mesure d’honorer ses engagements2.

3 — Rajoutez à cela les dettes anciennes que nous allons devoir rembourser cette année et ce sont 173 milliards d’euros que notre bon Sapin va devoir emprunter cette année pour boucler son budget. Une paille !

4 — Sachant, naturellement, qu’il est hors de question de réduire les dépenses : à plus de 57% du PIB l’année dernière, le niveau le plus élevé jamais atteint en temps de paix, il semble qu’il y ait consensus : ça n’est pas assez.

Alors bien sûr, vous me direz qu’il suffirait d’augmenter les impôts. Sauf que voilà : avec une des pressions fiscales les plus élevées au monde, un certain nombre de signes assez inquiétants donnent à croire que toute augmentation d’impôt réduirait les recettes fiscales. Eh oui : entre les entreprises qui mettent la clé sous la porte, les contribuables qui se délocalisent, l’économie informelle qui prolifère et ceux qui lèvent le pied, bêtement, ça laisse des trous dans la caisse.

On pourrait aussi procéder, comme autrefois, à un grand emprunt national et demander au moutontribuable de prêter directement son bas de laine à l’État. Ils y ont pensé figurez-vous et Nicolas Sarkozy y avait pensé avant eux : sauf qu’en y réfléchissant sérieusement, ils ont réalisé que ça coûterait beaucoup plus cher qu’en passant par les marchés. Typiquement, la dernière fois que l’État a emprunté de l’argent sur dix ans, les vilains marchés le lui ont prêté à 1,77% : record historique ! C’est ballot hein ?

Enfin, il y a aussi la méthode qui consiste à sortir de l’euro et à faire tourner la planche à billet en assortissant le tout d’un bon vieux contrôle des changes des familles. C’est possible. La preuve c’est que c’est exactement ce que fait le Venezuela depuis quelques temps avec des résultats… comment dire ?… mitigés. Notez bien qu’avec ce genre d’options il faut être sûr de soi parce que les marchés financiers, pour le coup, vous ne les reverrez pas de sitôt.

Bref, le Sapin marche sur des œufs. Il sait bien, tout énarque qu’il est, que le coup de « mon ennemi la finance » c’était un bon filon pour se faire élire3 mais que dans la réalité très concrète des finances publiques, poursuivre sur cette voie c’est risquer de devoir se passer des bons services de ladite finance et ça, dans l’état actuel des choses, ce n’est juste pas envisageable. Du coup, en bon ministre-gestionnaire, il compose, il brode, il enchante le réel avec des éléments de langage.

C’est toute la difficulté du métier de politicien professionnel : pour être élu, vous racontez n’importe quoi et brossez l’électeur médian dans le sens du poil mais une fois aux commandes du Titanic, vous êtes bien obligés de composer avec la réalité. Celles et ceux qui, de droite comme de gauche, tapent sur Sapin feraient bien de se montrer un peu plus discrets parce que le jour où Mélenchon-président ne sera plus capable de payer ses fonctionnaires ou celui où Marine-présidente siphonnera l’épargne des retraités, je ne donne pas cher de leur peau.


Sur le web.

  1. Et encore, on va faire comme si l’État ne s’était jamais engagé à nous payer des retraites. Je ne vous ai rien dit.
  2. Genre, payer les salaires des fonctionnaires.
  3. Filon qui fut, si vous vous en souvenez bien, exploité par environ 99,99% de notre classe politique lors des derniers suffrages nationaux.
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  • Quel con y faire ce sapin !

  • Perso je suis mort de rire de voir les réactions sur les blogueu de gaucheu
    Leur désarroi fait plaisir à entendre
    Leur colère aussi
    On pourrait se figurer la scène suivante, une officine sombre deux protagonistes, un gaucheu un droitard
    Je vois ta colère, gauchiss’, et je la comprends, abjure cette idéologie Habsurde et rejoint nous, cesse d’apporter ta voix et ton travail à ces batteurs d’estrade
    Plutôt crever ! D’abord j’ai pas de travail, je vis des impôts qui te sont prélevés…

    Non, j’ai du mal à croire qu’on trouvera des acteurs pour jouer ça, ça doit impliquer un traumatisme psychique pire que jouer Hitlaire ou un instit pédophile….

  • Avec ses résultats concernant le chômage, rien d’étonnant.

  • Monsieur Nicoulaud, si je puis vous poser la question, comment vivez-vous, en tant que « financier » vous-même, le climat idéologique en France ? On ne compte plus les remarques qui posent les financiers en monstruosités apatrides, capitalistes, et caetera ! A mon grand désespoir par ailleurs.

  • Et dire que Michel Sapin, qui a fait l’ENA, est un des plus diplômés du gouvernement. La plupart des autres c’est le grand rien : pas une réussite dans aucun domaine autre que la politique à mettre en avant, pas une semaine passée en entreprise depuis le stage obligatoire de 3ème et un niveau de formation qui fait sourire. ce pays est foutu.

  • « mais une fois aux commandes du Titanic, vous êtes bien obligés de composer avec la réalité »

    Ne continuent-ils pas a raconter n’importe quoi? Comme vous l’indiquez, la depense publique est a 57%. J’ai lu recemment que la pression fiscale etait montee de 44% a 47%.

    Or je lis ca et la qu’on se dispute pour savoir si le deficit est a 3% ou 4.5%… A l’ecole, on m’avait dit que 57-47=10… 4.5%, cela ne me parait pas vraiment « composer avec la realite » mais bien continuer a « raconter n’importe quoi »

    Si quelqu’un sait comment ils font pour passer d’un deficit de 10% du PIB a quel que soit le chiffre magique compris entre 3% et 4.5%, je suis preneur.

    • Bonjour,

      Les 4% ne sont pas « dépenses – impots » mais « dépenses – recettes ».

      Les recettes publiques sont de 53% en 2013 dont les 46% de pression fiscale que vous mentionnez.

      Les 7% qui vous manquent sont les autres recettes de l’Etat : l’Etat est actionnaire d’entreprises et à ce titre touche des dividendes. Pour l’anecdote, c’est aussi dans ces 7% que se trouvent les amendes.

  • La vérité vraie. Il n’y a pas de raison de cacher la vérité: aux 2000 milliards de la dette officielle, il faut ajouter le camouflage de 2500 milliards de « hors bilan », ce qui fait 4500 milliards de recettes à trouver en plus des 57% déjà prélevés sur le travail des Français chaque année !!. Devant cette réalité ce n’est pas le rictus de Sapin qui va éviter la mise en faillite inéluctable de la France, définitivement incapable de commencer à rembourser cette dette que l’on a justement reprochée à Sarkosy mais qui a quasiment doublé depuis son départ et en bien moins de temps. Si vous avez bien compris, il ne faudrait laisser aux Français que 20% du revenu de leur travail pour renverser la tendance. En attendant cet heureux jour continuons gaiement à laisser Sapin « nous enchanter le rêve avec ses éléments de langage » !!

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fiscalité
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