Le mythe persistant du grand régulateur

Etat

Il y a vraiment en France un culte de l’État. L’État, toujours l’État et rien que l’État.

Par Jean-Louis Caccomo

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« Il est fort inutile que l’autorité se mêle d’encourager ce qui est nécessaire. Il lui suffit de ne pas l’entraver. »
— Benjamin Constant

Il y a vraiment en France un culte autant omniprésent qu’envahissant de l’État et une mise en scène du discours de l’État. On voudrait croire que ce qui était impossible hier devient possible aujourd’hui parce que l’on a changé de président de la République. En 1981, les Français descendent dans la rue en liesse pour saluer l’élection de Mitterrand : enfin, la vie va changer car telle était le slogan des socialistes : « changeons la vie » ! Finalement, au-delà du combat réellement virulent dans lequel s’inscrivent les candidats de tout parti, on retrouve un même discours destiné à présenter le politique comme un régulateur sinon comme un sauveur. L’État doit nous protéger de tout : de la mondialisation, de l’alcool, des sectes, de la concurrence déloyale, de la vie, de la science et ses dérives.

La lecture de la Une du journal Le nouvel Économiste (édition n°1420) est révélatrice de notre attachement viscéral en la croyance à la capacité régulatrice de l’État. L’éditorial annonçait la couleur avec le titre : « Une économie plus politique ». Selon l’édito en question, il appartient « Au Politique de reprendre la main et de réaffirmer ainsi sa primauté sur l’Économique ». Dès la première page, la finance est présentée comme une « créature » dont le pouvoir politique devrait reprendre le contrôle. Plus bas, un article sur la grande distribution interroge : « l’État, nouveau grand commandeur ? ». L’État, l’État, toujours l’État et rien que l’État.

Heureusement, Le Nouvel Économiste n’est tout de même pas L’Humanité et rendons hommage à son édition n°1418 qui consacra une étude passionnante sur la situation culturelle de la France. Les auteurs reconnaissent que cette prétention de l’État à tout régenter n’est pas sans conséquence sur notre moindre rayonnement culturel. Même en ce domaine, le tout-État tue l’innovation et la créativité, et « l’art doit apprendre à être moins étatico-dépendant » (Le Nouvel Économiste n°1418). On apprend (mais serait-ce un scoop pour un libéral) que ceux qui sont chargés de répartir les subventions à tel ou tel projet culturel ne sont ni les plus compétents (en matière culturelle) ni les plus désintéressés (électoralement parlant). On retrouve les mêmes aberrations dans les critères d’allocation de l’argent public pour les projets de recherche. Et même quand les fonctionnaires, chargés d’allouer l’argent public, sont d’une grande qualité et d’une grande probité, c’est le mode de fonctionnement même des structures centralisées qui les met en situation d’asymétrie d’information : « De commissions en inspecteur à la créativité, le maquis bureaucratique a transformé l’art en une machine à distribuer des subventions. » Le pire est que cela n’empêche pas les grèves récurrentes des intermittents du spectacle en pleine saison touristique.

Hélas, ce n’est pas propre à l’art, mais à tous les domaines que l’État va phagocyter. La qualité des personnes n’est pas en cause, c’est dans la nature même des organisations centralisées.


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