La réforme du territoire passera-t-elle par l’énergie ?

Energie verte (Crédits : Nalo Souleyman, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Il est préférable de penser et régler les problèmes énergétiques en s’appuyant sur l’échelle locale.

Par Luc Tardieu

 

Energie verte (Crédits : Nalo Souleyman licence Creative Common)Aujourd’hui, la rationalité fuit quelque peu les hommes politiques. En prise avec des sujets qui les dépassent complètement, ils s’évertuent à trouver des solutions médiatiquement valables, mais reposant sur des fondements économiques peu solides. Les réformes en cours dans les domaines de l’énergie et de l’aménagement du territoire sont deux exemples d’une gestion ubuesque des atouts de la France.

Ces dernières semaines ont été marquées par un plein d’actualités peu flatteuses pour l’équipe gouvernementale. Les sujets se bousculent et un même sentiment d’être dirigés par des amateurs nous envahit. Parmi les innombrables problèmes qui ont vu les socialistes se prendre les pieds dans le tapis, il y a la réforme territoriale et la gestion des différents dossiers dans le domaine de l’énergie. Les gestionnaires parisiens de la politique n’ont pas compris une chose importante. Ces deux problématiques essentielles peuvent s’articuler ensemble. Hein ? On a déjà perdu les brillants cerveaux de la rue de Solférino… Pour ceux qui n’ont pas la chance d’être estampillés génies du PS, voici des éléments d’explication.

La course à l’énergie inextinguible

Notre société du tout numérique et de la consommation à outrance est énergivore, très énergivore. À tel point que l’abondance est passée de mode dans les discours, lesquels soulignent depuis plusieurs années – et particulièrement depuis 2007 – l’importance des économies d’énergie et du développement des énergies renouvelables. Les data centers qui permettent de profiter à chaque instant d’une technologie presque sans limite sont de très gros consommateurs d’énergie (un data center de 10 000m2 consomme autant d’énergie qu’une ville de 50 000 habitants). Cette soif inextinguible d’énergie constitue en fait la seule limite qui se dresse à l’horizon.

Beaucoup de choses ont été essayées. Des succès parfois, des échecs souvent et pas mal de flou en général. La politique nucléaire de la France ? Cela dépend beaucoup des jours et des interlocuteurs à qui l’on s’adresse. Très préoccupé par les risques de l’atome quand on veut séduire l’électorat écologiste, le gouvernement sait se montrer très patriote quand il parle aux industriels liés au nucléaire. Les discours sont à géométrie variable et pendant ce temps peu de décisions sont prises pour préparer le long terme.

Contrairement aux échéances électorales qui reviennent tous les deux ans environ, une politique énergétique sérieuse doit penser l’avenir à 20 ou 50 ans. Rien que d’y penser, nos chers gouvernants ont des nœuds à la tête. Heureusement, l’impulsion vient des industriels qui ont pour qualité d’être en phase avec la réalité du terrain et peuvent dessiner les solutions de long terme. Alors que la réforme territoriale s’est déjà enlisée autour des super régions, l’avenir énergétique s’écrit aussi (et peut-être surtout) dans un cadre local.

Les territoires à énergie positive

Constituer de grands ensembles régionaux qui peuvent peser d’un poids certain à Bruxelles, c’est bien. Penser et régler les problèmes en s’appuyant sur l’échelle locale lorsque cela est pertinent, c’est encore mieux. Dans le premier cas, les résultats sont plus qu’aléatoires alors que dans le second, les concrétisations sont palpables et changent le quotidien des gens. Un concept fort, développé depuis plusieurs années est celui des territoires à énergie positive. Loin des incantations issues du sérail parisien, l’idée est de s’ancrer dans la réalité d’un territoire et de prendre en compte ses atouts afin de « réduire au maximum ses besoins en énergie et à couvrir le reste par une production renouvelable locale ».

L’île d’El Hierro dans l’archipel des Canaries est en passe d’assurer 100% de ses besoins en électricité grâce à une production entièrement locale et basée sur les énergies renouvelables. Si ce succès espagnol fait aujourd’hui la Une de l’actualité, il ne doit pas cacher les belles réussites françaises en la matière. Plusieurs régions (celles encore en place…) ont déployé des projets ambitieux, mais néanmoins réalistes. La Bourgogne et plus encore la région Rhône-Alpes se sont lancées un défi au long court. Ainsi, la région Rhône-Alpes a entrepris la création de 25 territoires à énergie positive pour « construire progressivement, avec ces territoires, une région à énergie positive ». Du local au régional pour arriver in fine au global. Voilà une stratégie enfin viable et efficace qui échappe malheureusement à la compréhension des décideurs ministériels.

Les communautés de communes et les départements sont les mieux à même d’enclencher des politiques énergétiques qui changeront la donne. Comme l’ont souligné les édiles du Pays de Gex (département de l’Ain) une identité territoriale cohérente et un partenariat avec une entreprise comme GDF Suez sont les garants d’une politique énergétique plus économe et respectueuse de l’environnement. L’accord passé entre les deux entités, sous l’impulsion notamment du député Étienne Blanc, illustre bien l’importance des synergies. Il faut d’un côté des décideurs politiques locaux prêts à transformer un cadre établi depuis longtemps, mais dépassé par les nécessités nouvelles. Il faut, de l’autre côté, un groupe comme GDF Suez qui met son expertise et son savoir-faire au service de la transition énergétique. Les nombreux partenariats Terr’innove mis en place par GDF sont l’illustration que des projets ancrés dans les territoires sont les plus efficaces. Procéder ainsi permettra de dessiner peu à peu une France de l’énergie nouvelle.

Les politiques efficaces se font d’abord à l’échelle micro et le gouvernement serait bien inspiré de ne pas l’oublier à l’heure où sa réforme territoriale fait polémique à droite comme à gauche. Décider du nombre de régions ne s’improvise pas. Mener une politique énergétique s’improvise encore moins. Ce sont les acteurs locaux qui doivent donner le la, et tant pis pour ceux qui ne pensent qu’à recueillir des louanges médiatiques éphémères.