Fin de vie : une réflexion sur la pratique médicale

À l’occasion du procès du Dr Bonnemaison, accusé d’avoir donné la mort prématurément à plusieurs patients, revenons sur les pratiques et la réflexion des médecins confrontés aux patients en fin de vie.

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Fin de vie : une réflexion sur la pratique médicale

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 26 juin 2014
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Par Phoebe Ann Moses

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Jugé pour avoir abrégé la vie de sept de ses patients, le docteur Nicolas Bonnemaison a été acquitté de la totalité des faits mercredi 25 juin.

 

Il a été reproché au Dr Bonnemaison par le fils d’une patiente décédée, de ne pas avoir dit par avance ce qu’il allait faire. « J’aurais compris si vous me l’aviez expliqué. Mais vous ne m’avez pas parlé. On aurait discuté, mais je ne vous ai pas vu », a déclaré le fils.

Premièrement, il y a peu de chances que la famille « comprenne » un geste somme toute plutôt brutal. Dans le meilleur des cas, la famille est déjà convaincue qu’il ne faut jamais faire d’acharnement (on ne dira pas « thérapeutique » puisqu’il n’y a plus de guérison à attendre). Dans ce cas, si le médecin explique que le patient est en souffrance, effectivement, la famille peut se résoudre à entendre que c’est la fin, devancée ou non.

Mais dans la plupart des cas, les familles non seulement n’entendent rien (on ne compte plus le nombre de familles agressives avec le médecin qui ne fait pas « tout » pour « sauver » cette mère grabataire de 90 ans en maison de retraite, amenée aux urgences dans un dramatique état de déchéance alors que plus aucun organe n’est capable de fonctionner sans renfort de médicaments puissants) ; mais surtout, leur expliquer « à l’avance » les choses revient à leur léguer la responsabilité de donner la mort. À quelqu’un de leur famille. Le médecin peut avoir agi seul pour ne pas faire supporter l’horreur de cette décision à la famille qui pourrait ne pas s’en remettre.

Ce serait donc un peu rapide de penser que ce médecin a tort sur toute la ligne. Les cas de ce genre sont très nombreux. Ce qui est en revanche surprenant, c’est qu’aucune plainte n’avait été déposée par les familles des victimes. Il est donc à craindre qu’il s’agisse aussi d’un règlement de compte à l’intérieur du service.

Deuxièmement, il est illusoire d’imaginer qu’une énième loi qui obligerait à établir un protocole résoudra le problème : d’une part on cherchera d’abord à ôter la responsabilité de quiconque dans un service en élaborant un ensemble de points à respecter pour valider une euthanasie, points qui ne seront jamais tous réunis. Tout le monde sera prémuni de toute responsabilité dans une décision à prendre. D’autre part, les convictions de chacun étant diverses, elles peuvent interférer avec le jugement purement médical et objectif. On se souvient par exemple de Vincent Lambert, dont la famille s’est déchirée autour du débat sur l’arrêt de ses soins, certains étant pour (au vu de ce que le patient en avait précédemment laisser paraître et de l’avis des médecins) d’autres contre (au vu de leurs convictions religieuses personnelles).

Faire intervenir l’État dans une situation qui ne regarde finalement que le médecin et son patient (et au risque de choquer, qui ne regarde même pas d’autres personnes), aboutit généralement à une cacophonie de décisions, toutes contradictoires, aucune ne tenant compte de l’avis du médecin qui soigne, seul, son patient ; aucune ne tenant compte du souhait du patient ; ni de son bien-être. Quand l’État intervient, un seul paramètre compte : que personne ne soit responsable, n’ait directement de décision à prendre, quitte à laisser s’enliser une situation qui du reste ne concerne pas directement ceux qui font les lois. Soigner et prendre en charge son patient, c’est faire en toute conscience, ce qui est le mieux pour lui. C’est une relation entre deux personnes.

img contrepoints432 fin de vieDans l’état actuel de la situation, les médecins sont à même de reconnaître, parce qu’ils ont l’expérience et le savoir nécessaires, l’extrême douleur de patients en fin de vie, de savoir si un point de non-retour est atteint, et décider de manière marginale et non officielle d’abréger les souffrances ultimes du patient. Accuser quelqu’un de l’avoir fait est curieux, car d’une part cela ne ramènera pas le mort à la vie, surtout si avant de mourir il était dans un état critique ; d’autre part que peut-on attendre ? Une compensation financière ? L’ouverture d’un nouveau débat pour demander une énième loi ?

Il est bien délicat de comprendre que la mort arrive quand même un jour ou l’autre. Le problème de la médecine aujourd’hui, c’est qu’elle a tellement apporté de confort et de longévité aux patients qu’il est difficile d’entendre que non, décidément, ça n’ira pas plus loin, en dépit de toute la machinerie, de tous les produits qu’on peut injecter à quelqu’un en souffrance extrême.

Voilà pourquoi peut-être, certains médecins agissent seuls.

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  • Cet article donne un blanc seing aux médecins, seuls dépositaires de la souffrance et du droit de l’interrompre, et pour justifier sa thèse il utilise l’exemple improbable d’une famille agressive qui demande à ce que tout soit fait aux urgences pour maintenir en vie une mère grabataire de 90ans dont les organes ne fonctionnent plus.
    Combien de familles exigent que leur mère grabataire en fin de vie soit maintenue en vie coûte que coûte… ?

    Alors exit la famille qui ne sait rien, ne comprend rien et se mêle de tout, exit l’équipe médicale qui pratique le règlement de compte, exit même le malade dont le postulat est qu’il est hors d’état de s’exprimer, seul le médecin ( non pas celui que le patient choisirait mais celui qui lui sera assigné à l’hôpital ) fera  » en toute conscience, ce qui est le mieux pour lui « et selon que ce médecin sera pro-vie à tout prix ou pro euthanasie, le sort du malade sera scellé !
    A côté de cette image d’Epinal du médecin  » qui agit seul pour ne pas faire supporter l’horreur de cette décision à la famille qui pourrait ne pas s’en remettre. » la réalité est parfois brutale car tous les médecins loin de là ne se sentent pas tenus d’abréger les souffrances d’un patient, certains mêmes s’autorisent à ne pas tenir compte de la volonté exprimée clairement par ces mêmes patients.

    http://www.youtube.com/watch?v=RBMQJFziua8

    Bon nombre de médecins ont des difficultés à accepter l’arrêt des traitements, combien sont prêts à prendre sur eux d’injecter directement la mort, seuls face à leur conscience et à une personne en agonie ?
    Pourquoi devraient-ils porter seuls cette responsabilité sans cadre, ni limites autres que leur qualité de médecin ?
    Comment peut-on réduire un médecin à un « jugement purement médical et objectif » comme si sa fonction l’exonérait des faiblesses humaines et des doutes ?
    L’accompagnement en fin de vie, de la pratique de soins déraisonnables, du laisser mourir, du maintien en vie artificielle, autant de sujets sensibles qui méritent mieux qu’un plaidoyer pour les médecins qui « agissent seuls »

    • Vous pensez vraiment que les médecins le font seul?

      • Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’auteur de l’article qui ne semble reconnaître comme autorité pour décider de continuer ou non des soins ou d’injecter un produit létal que LE médecin :

         » Faire intervenir l’État dans une situation qui ne regarde finalement que le médecin et son patient (et au risque de choquer, qui ne regarde même pas d’autres personnes), aboutit généralement à une cacophonie de décisions, toutes contradictoires, aucune ne tenant compte de l’avis du médecin qui soigne, seul, son patient  »
        « Soigner et prendre en charge son patient, (…) c’est une relation entre deux personnes.

  • Vous confondez acharnement thérapeutique (refus de laisser mourir) et opposition à la sédation (refus de tuer).

    Vous dites qu’il faut écouter les médecins. Et bien oui, écouter les, mais comme toujours écouter ceux qui savent de quoi ils parlent, à savoir ceux travaillant dans les services de soin palliatif. Et vous verrez que la plupart vous dirons qu’à partir du moment ou les gens ne souffrent plus, ils ne demandent plus à mourir. Du coup votre idée de laisser la décision entre les mains du docteur et de son patient exclusivement, en prend un coup, le patient est il à même de prendre la décision s’il n’a pas toutes les cartes en main ?

    Et si mourir dignement est mourir sans souffrir et sans acharnement thérapeutique, la médecine palliative à commencer à faire ça il y a une bonne vingtaine d’année.

    • 1. C’est vous qui confondez service de soins palliatifs et URGENCES (le médecin en question est urgentiste)
      2. On ne parle pas ici des patients capables de « demander » quelque chose, encore moins d’ « avoir les cartes en main ».
      3. La réalité des soins palliatifs, c’est souvent l’insuffisance de place et on n’y meurt pas sur une musique douce avec 5 infirmières qui tiennent la main. Pourquoi tant de patients en fin de vie finissent aux urgences ?
      Dans certains CHU, la proportion de décès en soins palliatifs par rapport aux urgences (UHCD) est de 1/10 … Gérer la fin de vie ne semble donc pas si facile, même dans les services spécialisés.

      • Le problème est donc que les malades ne sont pas pris en charge, pas du fait qu’on ne puissent pas légalement les suicider.

        Dans les cas ou le malade n’a pas les cartes en main :
        Si le malade n’est pas capable de demander, vous laissez la décision entre les mains de quelqu’un qui ne le connait pas ? Plutôt qu’entre les mains de sa famille, normalement plus à même de connaitre sa volonté ?
        Et sinon, le mieux serait de le stabiliser avant de prendre en compte son opinion si possible.

  • A la sortie du procès Bonnemaison, sous des tonnerres d’applaudissements, on a entendu les avocats crier victoire, et annoncer qu’ils allaient faire appel de la radiation du bon docteur par le conseil de l’Ordre.
    Mais son axe de défense était : « je leur ai injecté un sédatif pour calmer leur souffrance, et il en sont morts, mais je n’ai pas voulu leur mort » ! SEPT FOIS (au moins) !!
    Ou bien ce type est un assassin, et la société est en train d’évoluer dramatiquement vers un totalitarisme médical dans lequel nous serons incités à mourir bien sagement quand l’état-maman nous le dira (Soleil vert), ou bien ce type est un incompétent notoire et dangereux !!
    Dans les deux cas, je soutiens à 100 % la décision de l’Ordre.

    • C’est un peu plus compliqué. Concernant l’usage de sédatifs, dans les cas évoqués il peut arriver que la dose de sédatifs nécessaire pour apaiser la douleur soit létale. Dès lors le médecin peut prendre le risque d’une surdose de sédatif parce que la souffrance de son patient est insupportable sans pour autant avoir pour but la mort de son patient ni être incompétent.
      Le problème c’est que dans au moins un cas le Dr Bonnemaison a utilisé du Norcuron qui est un dérivé du curare mais n’est pas un sédatif. Dans ce cas l’alternative que vous posez reste valable. La motivation de la cour dit que l’usage de ce dernier produit est insuffisant pour établir l’intention de de tuer.

      • Avec un curare c’est ballot!
        C’est un peu comme prendre un poisson rouge dans son bocal et le jeter sur le tapis pour qu’il agonise. Les derniers qui ont fait ça ou fait passer leur chat par la fenêtre ont pris un an ferme… C’est justifié n’est-ce-pas?

      • Bonjour
        C’est sûr, s’il a utilisé du curare, il n’est plus dans les clous.
        Je note qui n’a rien marqué sur le dossier donc il s’avait qu’il y avait problème.
        On note de l’hypnovel ce qui est dans le protocole mais quid de la morphine qui est le traitement premier de la douleur?
        La décision de la cour est alors encore plus incompréhensible.
        Je n’arrive pas à comprendre cette histoire, Le couple morphine-hypnovel réglant la majorité des problèmes.
        Comme tjs dans les débats sur la vie c’est le grand n’importe quoi.

        • Oui. Il y a des incohérences (avocat/cnom/verdict/dossier …)

          Il y a dans tout ça une hypocrisie : on veut bien mettre le produit, mais juste la dose qui permet d’avoir la conscience tranquille, pas celle qui rend responsable. La responsabilité est diluée.

  • « D’abord n’employons plus jamais le mot ‘euthanasie’. Déjà, il y a le mot ‘nazi’ dedans, ce qui n’est pas très gentil. Et puis on a tout de suite l’impression qu’il y a une agression, qu’on va forcer les gens.  »

    C’est ce qu’a déclaré Bernard Kouchner
    Le niveau d’analyse laisse sans voix et promet de constructifs échanges à venir…

    • Le développement de la novlangue comme d’habitude.

      Nous atteignons des niveaux de stupidité rarement atteints.

  • J’ai vraiment été heureuse d’entendre l’acquittement du Dr Bonnemaison….. Le problème de l’Euthanasie est terriblement difficile et je suis assez pour depuis que j’ai vu mon père mourir d’un cancer du poumon, puis mon oncle du même cancer. Mon père à mis un an à mourir, mon oncle trois ans. C’était affreux de voir des êtres aimés devenir des êtres décharnés, sans le moindre confort de vie, découvrant jour après jour de nouvelles douleurs, de nouveaux métastases, de nouvelles radiations ou chimios….. en sachant pertinemment que la guérison n’est pas au bout du chemin. Car eux le savaient. Aucune guérison possible ! Alors dans ce cas, à quoi bon « vivoter » ou « survivre » plutôt que d’en finir une bonne fois pour toutes ? Se battre ! Bien sûr, c’est bien beau de se battre quand on sait qu’on a une petite chance de gagner, mais quand le résultat est « ferme et définitif », on se bat pour quelle fin ? Rester avec les gens qu’on aime, voir grandir les enfants ??? Mais si ces « gens qu’on aime » les aiment aussi, ils n’en peuvent plus de les voir souffrir, vomir, râler, gémir, se rapetisser, maigrir, perdre toute dignité……
    Non c’est un problème extrêmement difficile et il est certain que la solution la plus « humaine » et la plus « digne » est la mort. Plus j’y réfléchis et plus je pense que faire une loi sur ce sujet est un non-sens ; donner la mort par « empathie » est un acte qui doit rester spontané, réfléchi mais spontané, et particulier, alors que la loi répond toujours à une généralité, ce qui est absurde dans le cas présent. Le cas du Dr Bonnemaison est la preuve que cet acte doit rester un acte isolé, solitaire et réfléchi.
    Quand on voit la souffrance de M. Lambert et les tergiversations de la famille, des juges, des médecins….c’est kafkaïen.

  • Le problème en vérité est que bien peu de gens pensent qu’il faut préparer sa mort….longtemps à l’avance.
    Je m’explique: nous sommes presque tous pour éviter  » l’acharnement « , mais avons nous signé un papier de-vant témoins ou autre pour désirer « mourir dignement »? Non nous en parlons et n’agissons jamais!
    Peut-être une solution simple: nous possédons tous une carte vitale à puce. Lors d’un contrôle de cette carte à une borne, pourquoi ne pas inscrire « je fais don de mes organes et ou je ne désire pas « d’acharnement thérapeutique », c’est gratuit, personnel et universel.

    • Je pense comme vous que peu de gens pensent à leur mort, par ailleurs on ne peut pas dire que les médias si prompts à nous faire partager les affres des footballeurs, aient beaucoup relayé l’existence des directives anticipées prévues par la loi Léonetti.
      Il suffit pourtant d’aller sur le site de le S.S. ( pardon M.Kouchner, S.S. c’est pas très gentil il faudrait changer ça…) pour y trouver un formulaire type.
      Les jeunes bien portants sont immortels, c’est bien connu, il lui faut donc déjà s’être frotté à la mort et à son cortège de petites et grandes misères pour qu’un jeune pense à la sienne et évoque sa fin de vie.
      Il y a sans doute des simplifications possibles, je m’interroge cependant sur cette furieuse tentation de simplifier certaines choses, l’orthographe, les notations, la contraception, l’avortement, la mort tout en continuant par ailleurs à multiplier les règles, les lois, les documents administratifs, les contrôles, les interdits…
      La vie, la mort, les nôtres, valent bien d’y consacrer de l’attention et du temps.

    • J’ai 76 ans il y a déjà 20 ans que j’ai écrit mes dernières volontés (à renouveler tous les 3 ans) je sais ce que je veux, et mes 2 personnes de confiance également, donc J’EXIGE que l’on respecte mes volontés, ce ne sera pas à un médecin et encore moins à un tribunal de décider pour moi.

  • Il paraît évident que cet homme n’aurait jamais dû devenir médecin.

    Le serment d’Hippocrate n’est-il qu’une blague de carabin à ne surtout pas prendre au sérieux :

    Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif. Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté.

    • Merci. Le médecin chargé d’administrer une substance létale, ça me fait furieusement penser aux pompiers pyromanes de Fahrenheit 451, à cette époque-là c’est devenu normal, on se demande à quelle ère bizarre les pompiers ont pu servir à préserver plutôt qu’à détruire.

      Donner à un médecin, seul, un droit de décider de la vie ou de la mort d’un patient, ça me semble délirant. C’est déjà assez dangereux dans une situation « normale » ou des motifs économiques, philosophiques ou religieuses peuvent conduire à interpréter la volonté du patient, mais pensez à l’extraordinaire opportunité que vous donnez à ceux qui voudraient en abuser : un opposant politique a une accident, hop, une piqûre sous l’entière responsabilité du médecin qui est libre de choisir ou de raconter que son patient était d’accord. Et qu’on ne me dise pas que tout sera « contrôlé », la commission qui existe en Belgique n’a jamais porté une affaire devant le tribunal d’elle-même, malgré les nombreux abus dénoncés (confer ici : http://plusdignelavie.com/?p=2773 pour plus de détails. La source ne prétend pas à l’objectivité, mais qui est objectif dans cette affaire ?).

      Par ailleurs, indépendamment de ce que pourrait être la loi, il semble que ce docteur ait commis en conscience un acte illégal (les substances utilisées et ses déclarations passées prouvent une nette intention de tuer), le jury s’est tout simplement assis sur la loi, et il y a peu de voix pour s’en étonner. Entre trouver des circonstances atténuantes (ce que j’aurais pu comprendre, à défaut de l’approuver) et acquitter, il y a un gouffre qui a été franchis sans complexe.

      Enfin, un autre phénomène dont il est assez peu question, c’est la perte de confiance des patients dans le corps médical. J’ai été frappé par le témoignage d’une infirmière belge qui disait qu’après avoir vu ce qui se pratiquait dans les hôpitaux pour « convaincre » les personnes âgées qu’il était de leur devoir citoyen de demander l’euthanasie pour libérer leur lit, et qu’on se passait parfois du consentement du patient, il était hors de question qu’elle reste dans ce pays passé 70 ans. Pas pressé qu’on atteigne ce stade là en France, mais on dirait qu’on est bien partis…

  • Le serment d’Hippocrate n’a aucune valeur juridique et le texte qui est lu par les médecins d’aujourd’hui a quelque peu été modifié par rapport au texte initial surtout en ce qui touche le pessaire abortif…!

    Au moment d’être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité.
    Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.
    Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité.
    J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences.
    Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.
    Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.
    Admis(e) dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu(e) à l’intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les moeurs.
    Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.
    Je préserverai l’indépendance nécessaire à l’accomplissement de ma mission. Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.
    J’apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu’à leurs familles dans l’adversité.
    Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j’y manque.

    • Oui donc est écrit :

      je ne provoquerai jamais la mort délibérément!

      Lorsque l’euthanasie sera autorisée bientôt en France -je ne me fais aucune illusion tant la culture de mort se propage dans tous les esprits- il faudra modifier le texte et écrire :

      Je pourrai tuer les malades et rien ni personne ne pourra m’en empêcher!

  • Je pratiquerai des tarifs indécents et laisserai choir dans la souffrance et la dégradation physique les gueux qui n’ont pas les moyens de mes exigences financières.

    Professeur PERRIN, chef de service chirurgie du rachis, hôpital « public » de Lyon, (entre autres).

    • Mon Dieu ! Comment un médecin peut-il tenir de tels propos ?

      • Ne soyez pas crédule ! Il est facile d’écrire n’importe quoi sur n’importe qui.

        La moindre des choses serait que keskidi donne ses sources et qu’elles soient vérifiables, sinon c’est de la calomnie pure et simple.

        • Avouez tout de même que si ces propos ont été tenus, ils sont difficilement admissibles, non ?

          • Justement ! ces propos sont tellement inadmissibles et sans source vérifiable, que j’en doute. Sérieusement, croyez-vous qu’un professeur, chef d’un service de chirurgie dans un hôpital public à Lyon puisse les tenir sans provoquer immédiatement un scandale justifié ? et croyez-vous qu’il prendrait de tels risques ?

            Personnellement, tant que keskidi (qui d’ailleurs dans d’autres commentaires sur divers articles sur Contrepoints dininportkoi) n’indique pas ses sources, je refuse de d’y croire.

            • Fred, vous pouvez lire la réponse de keskidi qu’il m’adresse ci-dessous, c’est bien ce dont je me doutais…

              Un extrait qui enlève tout crédit à ses dires :

              « Ces propos n’ont bien sûr pas été tenus exactement comme ça. Je ne faisais que broder… » blabla blabla

        • Ces propos n’ont bien sûr pas été tenus exactement comme ça. Je ne faisais que broder à partir de deux expériences précises (dont la mienne) autour de ça :

          Carredas : « Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. »

          Dans la vraie vie ce n’est pas comme ça que cela se passe, la loi de l’offre (je sais comment faire pour soulager votre souffrance) et de la demande (je souffre et ça se dégrade) se traduit concrètement par : combien êtes vous prêts à allonger de votre poche (en sus du tarif conventionné) pour être soigné ?
          Moi, je l’ai envoyé chier violent et je me suis fait opéré ailleurs (par son élève, dégoûtée, mais excellent chirurgienne).
          Une copine, déstabilisée, s’est elle écroulée en larmes. Perrin : bon d’accord je descend de 1000 euros de dépassement (plus le dépassement anesthésie…) à 900, c’est mon dernier prix.

          C’est comme ça, chèèèère Nââdège que ça se passe, et la seule grosse faute de Bonnemaison est d’avoir fait ce qu’il a fait GRATUITEMENT.

          • Bonjour keskidi
            C’est vrai que discuter de la pertinence du secteur 2 dans le cadre d’une affaire d’homicide volontaire c’est déplacé, mais… puisque vous en parlez.
            Le secteur 2 est légal, et les dépassements existent à l’hôpital (clientèle privée) pour attirer les médecins.
            Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant à ce que les tarifs soit modulés suivant le désir des deux parties.
            Vous voulez vous faire opérer par le grand professeur, c’est plus cher. Libre à vous de refuser. Ce que vous avez fait donc tout se termine bien.
            La médecine est un marché comme un autre, et suit l’offre et la demande. La médecine en france n’est pas libre et on constate comme tjs dans un marché administré la pénurie. On n’a jamais eu autant de médecin et pour obtenir un RV il faut qq mois.
            En france les médecins sont mal payés, la part dépense de PNB est très forte, les remboursements sont médiocres et les résultats se déteriorent d’années en années.
            Cherchez l’erreur.
            J’espère que votre problème de santé n’est plus qu’un mauvais souvenir.
            Cordialement.

            • La mort est un marché comme un autre qui devrait suivre l’offre et la demande. La mort en France n’est pas libre et on constate comme tjs dans un marché réglementé, pénuries et dysfonctionnements.

  • Laisser l’état en dehors de la fin de vie….

  • Une fois que l’euthanasie sera légalisée, je me demande vraiment comment nous pourrons avoir confiance dans notre système de santé.
    Nous sommes déjà dans une crise de confiance qui s’étend dans les domaines politiques et économiques. Notre système de santé est en train de prendre l’eau. j’ai autour de moi plein d’anecdotes qui auraient pu mal se finir ( le père de mon beau frère renvoyé des urgences alors qu’il fait une péritonite, mon mari qui se fait lourder des urgences avec une double pneumopathie atypique, le fils d’une amie qui ressort des urgences avec son phlegmon mal soigné … ) , si en plus on n’a plus seulement le choix entre le soin et l’erreur médicale mais qu’on peut se faire euthanasier vite fait, bien fait (mal fait). La perte de confiance sera totale.
    On vit une époque de folie.

  • Pourquoi chipoter sur le mot : EUTHANASIE = en grec BELLE MORT §

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