Le charbon allemand menace l’agenda vert de l’UE

Charbon (Crédits Kym Farnik, licence Creative Commons)

L’Allemagne a augmenté sa consommation de charbon de 13 % au cours des quatre dernières années.

Par Erika Johnsen

Charbon
Une barge de transport de charbon sur le Rhin, à Düsseldorf.

Ça va faire mal. Les projets allemands de l’ambitieux Energiewende [tournant énergétique] pour réduire le nucléaire tout en subventionnant les éoliennes et le solaire, étaient censés les placer en tête des bisounours de l’énergie verte européenne. Mais la montée en flèche du prix de leur énergie, qui réduit leur compétitivité et un retour aux centrales au charbon, ont fait craindre à l’Union Européenne que les Allemands pourraient mettre en péril l’ensemble de l’accord.

Selon Bloomberg :

La tentative de l’Union Européenne pour limiter les émissions de gaz à effet de serre au cours des 16 prochaines années est à nouveau menacée par l’augmentation de la pollution des plus grandes économies du bloc. Ceci montre que même les pays développés veulent brûler du charbon qui est relativement peu cher.

L’Allemagne  la plus grande économie de l’Europe, a augmenté sa consommation de carburant de 13% au cours des quatre dernières années, tandis que la Grande-Bretagne, troisième sur le plan économique, les a augmenté de 22%, selon les statistiques de la compagnie pétrolière BP. Alors que l’Allemagne qui s’était engagée à réduire les gaz à effet de serre de 55% d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990, a réussi 25% à ce jour mais avance dans la mauvaise direction, selon l’Agence Européenne pour l’Environnement.

L’UE cherche à obtenir un accord en octobre qui permettrait de réduire l’effet de serre de 40% d’ici 2030 dans le plus grand effort du monde pour lutter contre le réchauffement de la planète depuis le traité de Kyoto sur le climat de 1997.

Quant au charbon, sa réintroduction dans le marché de l’énergie est bien sûr le résultat de :

  1. La résistance aux innovations du forage de gaz naturel pour des raisons purement idéologiques.
  2. La dépense de beaucoup d’argent public dans du vent et du solaire à des prix inefficaces alors que la météo ne prévoit pas toujours bien ce genre de choses.
  3. Commencement de la fermeture des centrales nucléaires en se basant sur rien d’autre que le sentimentalisme anti-nucléaire.

Pour la Kyoto-isation de l’Union européenne, l’Allemagne fait encore pire avec ses émissions de CO2 que d’autres (comme la Pologne, qui utilise du charbon pour produire 80% de son électricité et veut avoir l’assurance, étant un pays pauvre, qu’elle ne sera pas sanctionnée avant de signer les accords). L’Allemagne est plutôt en retard sur ses propres objectifs alors qu’elle était censée mener la bataille du CO2.

Mais voici ce qui est vraiment digne de toutes les palmes : la France, surtaxée, sur-réglementée, contestée sur la croissance de son PIB, a l’un des prix les plus bas de l’énergie en Europe grâce à sa grande proportion de centrales nucléaires. C’était l’un de ses rares bons côtés économiques, mais le gouvernement socialiste, pour une raison ou une autre, veut suivre ​​les traces de l’Allemagne par la réduction de son nucléaire, en dépit des mauvais résultats d’outre-Rhin, alourdis par leur charbon.

Selon le Financial Times :

Une soi-disant loi de transition énergétique, dévoilée par le gouvernement socialiste mercredi, a réitéré une promesse électorale faite par le président François Hollande, de réduire la part du nucléaire dans la production française d’électricité à 50% d’ici à 2025 contre environ 75% aujourd’hui, le plus haut niveau des économies développées..

Les critiques disent que le gouvernement compromet un atout stratégique essentiel qui a permis à la France d’avoir les prix d’électricité parmi les plus bas en Europe. Mais, sous la pression du parti de gauche et de ses alliés verts, le gouvernement insiste sur le fait que le pays doit rééquilibrer son mix énergétique pour améliorer ses performances, en retard dans les énergies renouvelables non nucléaires, et atteindre des objectifs écologiques ambitieux. « Nous ne sommes pas en train de sortir du nucléaire, mais sa part [dans le mix] doit chuter », a déclaré Ségolène Royal, ministre de l’énergie. « C’est grâce à l’énergie nucléaire que nous pourrons assurer une transition énergétique. »

Donc, même si vous avez de l’énergie nucléaire propre, vous voulez « investir » dans le vent et le solaire… juste pour le plaisir du vent et du solaire ?… Parce que vous avez tant d’argent à perdre, et tout le reste ?

Source : HotAir. Traduction : Jean-Pierre Cousty pour Contrepoints.