Le projet de « salle de shoot à Paris » remis sur les rails

Seringue (Crédits Sam 17, licence Creative Commons)

Malgré de fermes oppositions, l’actuelle mairie de Paris entend bien mener à terme l’expérimentation des « salles de shoot ».

Par le Parisien Libéral

Apparemment, le projet de Loi santé, en cours de rédaction remet sur les rails le projet d’expérimentation en France de « salle de shoot ». Ce projet de salle de shoot est au point mort depuis un avis négatif du Conseil d’État en octobre 2013, et il avait suscité une vive opposition chez les futurs riverains.

Encore un projet qui va faire du bruit ! En effet, l’opposition parisienne est contre, aussi bien sur des critères moraux qu’en raison de problèmes objectifs, tandis que le PS va mettre en œuvre le projet de salle de shoot dans un contexte défavorable.

Disons le clairement, l’idée de salles de shoot est un bon concept dans l’absolu. Les drogués existent, alors, tant qu’à faire, il vaut mieux qu’ils s’adonnent à leur activité dans des conditions sanitaires saines plutôt que dans un contexte qui favorise des maladies opportunes. C’est tout l’objet des salles de shoot (dont le nom proposé par les partisans est « salles de consommation à moindre risque »). Dans ces salles, les drogués utilisent des seringues propres, et accessoirement (pas tant que ça, en fait…), ces seringues finissent dans les poubelles de la salle, et non pas dans un bac à sable de jardin public où jouent des enfants.

Cependant, les opposants aux salles de shoot notent que non seulement ce n’est pas aux autorités publiques d’aider les drogués dans leurs activités mais qu’il reviendrait plutôt à la collectivité de les aider à sortir de la drogue (argument moral), et qu’en plus les salles de shoot vont concentrer des populations à problèmes à certains endroits ce qui aura un effet négatif sur l’attractivité du quartier, le prix de l’immobilier, la sécurité, etc. (argument économique).

On peut entendre ces deux arguments, même si le premier relève plus de l’hypocrisie que du réalisme. Déjà, rien n’empêche de mener en même temps des campagnes de prévention contre la consommation de drogue et de favoriser, pour ceux qui en prennent, des modes de consommation moins dangereux sanitairement parlant. Certains diront : « pourquoi parler de santé, alors que la consommation de drogue est par définition dangereuse » ? On pourra toujours leur répondre que c’est toute la vie qui est risquée et que le risque n’est pas limité à la prise de cocaïne. On peut aussi mourir, étouffé dans son cholestérol, suite à une consommation abusive de vin et de saucisson. Tout est question de mesure et de proportion. La drogue tue, certes, mais la viande rouge aussi. On pourra aussi ajouter que ce n’est certainement pas à l’État de nous dire quoi consommer ou non, mais que c’est plutôt à l’individu, éventuellement aidé de son entourage (parents, amis, etc.) de faire ses propres choix dans la vie.

Que nos amis conservateurs soient un peu cohérents : pourquoi dans le même temps regretter que l’État se mêle de dicter que dire ou que penser, pour ensuite s’étouffer quand l’État, dans le contexte d’une salle de shoot, s’abstiendrait de dire ce qui est mal ou pas ? C’est à nous, citoyens, de nous mobiliser non pas contre la drogue, ça n’a aucun sens, mais pour le retour à une vie plus saine de telle ou telle personne que nous connaîtrions !

Le deuxième argument, l’impact sur le quartier, est tout à fait recevable. Personne n’a envie de vivre à coté d’une salle de shoot, surtout quand on habite déjà dans un quartier qui a tant de problèmes (le triangle Gare du Nord – Villemin – Barbès). C’est bien le cœur du problème de ce projet de salle de shoot. Ce n’est pas une salle de shoot qu’il faudrait, mais cinquante ou cent, pour que consommer à moindre risque des stupéfiants ou substituts soit aussi banal que de descendre au tabac aller chercher des cigarettes. De plus, la politique de guerre contre la drogue, elle, continue, malgré son échec retentissant et son coût démentiel : 40% du temps de travail des policiers et 20% des personnes en prison en France ont un lien, de près ou de loin, avec le problème de la drogue.

Tant que nous poursuivrons cette politique de prohibition qui ne fait qu’enrichir des mafias, il n’y a aucune raison pour que nous, citoyens, ne continuions pas à payer pour les dommages collatéraux de la consommation de drogue : activités illégales et criminelles pour se procurer de l’argent et surpopulation carcérale, sans parler de la Sécurité Sociale !

En parallèle de l’expérimentation, limitée, d’une salle de shoot, c’est la refonte de notre approche du problème qu’il faudrait aborder. Comme cela n’a a priori aucune chance de se produire, il est donc cohérent que les habitants du Xeme arrondissement se mobilisent contre la salle de shoot.

Dommage mais logique ! Nous ne sommes plus à l’époque où c’était la République, le dealer numéro un !

—-
Sur le web