Le souper de Hollande

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Entrée du Palais de l'Elysée (Crédits joffreylacour, licence Creative Commons)

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Le souper de Hollande

Publié le 10 juin 2014
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Par Jean-Baptiste Noé

Entrée du Palais de l'Elysée (Crédits joffreylacour, licence Creative Commons)On se souvient de ce film merveilleux avec Claude Rich et Claude Brasseur, Le souper, où le premier joue Talleyrand et le second Fouché, discutant du sort de la France après la défaite de Napoléon, et alors que l’on ignore encore quel régime le pays va connaître. Rien de tel qu’un souper pour discuter au calme et s’arranger sur les grandes affaires politiques. Le cuisinier Carême est à la manœuvre. La diplomatie se fait autour de la table, essentielle pour bien négocier. Un bon diplomate doit avoir un bon coup de fourchette, être capable de penser tout en mangeant, de proposer un bon mot tout en ayant un regard sur les affaires du monde. Ce sont dans les dîners officiels que se joue l’avenir des peuples.

La Tour d’argent conserve la table du Dîner des Trois Empereurs, tenu le 4 juin 1867, lors de l’exposition internationale de Paris. Étaient présents le tsar Alexandre II, le tsarévitch Alexandre, futur Alexandre III, Guillaume 1er, roi de Prusse et futur empereur d’Allemagne, et Otto von Bismarck, Chancelier de Prusse, qui reviendra à Paris pour célébrer le nouveau Reich. Ne manquait que l’Empereur de France, Napoléon III, qui ne sera pas convié non plus en 1871.

Le 5 juin 2014, François Hollande a renoué avec la grande tradition diplomatique française, en offrant deux repas à ses hôtes : Barack Obama et Vladimir Poutine. Les chefs d’État américain et russe ne voulant pas se rencontrer, comment déjeuner avec les deux tout en faisant en sorte qu’ils ne soient pas à la même table ? Comment satisfaire l’équilibre mondial, assurer la coexistence pacifique, tout en évitant de favoriser l’un et de défavoriser l’autre ? Heureusement, la tradition culinaire française est venue au secours de la politique ; une fois de plus. Nous avons en France cette antique tradition du dîner puis du souper, tradition oubliée, que le chef du protocole a su habilement faire ressurgir afin de permettre à la France de satisfaire à son rang.

À 19h30 donc, Barack Obama et François Hollande purent dîner ensemble au Chiberta, le restaurant de Guy Savoy. 75 minutes de repas, au dire du Point. Puis à 21h, Vladimir Poutine et François Hollande se retrouvèrent pour souper, cette fois à l’Élysée. Ainsi, le Président put rencontrer les chefs d’État et leur offrir sa table le même jour. Aux États-Unis cela est impossible : on ne propose jamais un deuxième barbecue après le premier : il faut le temps de digérer le T-bone et d’absorber le Coca. En Russie aussi c’est impossible : plus personne n’est debout après un dîner normalement arrosé. Il n’y a qu’en France, pays de la mesure et de l’équilibre, que cette prouesse à la fois gastronomique et diplomatique est possible. Ce 5 juin 2014, nous avons renoué avec notre grande histoire et nous avons écrit une nouvelle page glorieuse de notre tradition culinaire.

Tout le monde se pose la question de savoir ce qui fut consommé. Heureusement, des journalistes bien informés nous donnent la réponse.

Pour le dîner Obama/ Hollande, c’est le magazine Le Point qui nous sert de source. Le chef Guy Savoy a concocté un repas Normandie, afin de célébrer à sa manière le 6 juin. En entrée, une salade de homard bleu. En plat, un bar de ligne en écailles grillées, jus aux épices douces et galette de pommes de terre Anna. En dessert, une terrine d’orange et de pamplemousse, sauce au thé Earl Grey. (J’ignorais que la Normandie produisait des oranges et des pamplemousses).

En vin : un champagne Louis Roederer brut premier, un bourgogne blanc Nuits-Saint-Georges, La Gerbotte 2010, du domaine de l’Arlot, et un bordeaux rouge avec un M 2009 de Château-Margaux.

Un dîner léger donc, avant le spectacle, afin de réserver un peu de place pour le souper.

Rentré chez lui, à l’Élysée, François Hollande a donc pu accueillir son deuxième visiteur du soir : Vladimir Poutine. Cette fois, c’est Closer qui nous divulgue le menu : bavaroise de tomate et crabe royal aux herbes, turbot soufflé aux langoustines et barigoule de légumes verts. En dessert : entremets chocolat blanc et mangue.

Aucune indication sur les vins : il paraît que Vladimir Poutine ne boit pas. Ce sont les inconvénients du judo, il faut pouvoir se maintenir en forme.

Il y a tout de même une belle harmonie entre ces deux menus : ils sont issus de la mer et proposent soit des poissons soit des crustacés. Les cuisines de l’Élysée se sont appliquées à ne pas dénaturer le menu du Chiberta.


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