Le travail de la police est-il devenu un racket aux États-Unis ?

La limite est de plus en plus ténue entre l’amende justifiée et le véritable racket ne servant qu’à remplir les caisses de l’État.

Par Jeffrey Tucker depuis les États-Unis. Traduction Raphaël C.

Police motardsQuelque part dans mon sac se trouve une enveloppe contenant une amende. Elle m’a été remise par un agent de police local après avoir été arrêté sur une autoroute inter-États au Texas. Je roulais en effet à 130 km/h en moyenne au lieu des 120 autorisés.

Ce vaillant fonctionnaire devait bien entendu m’arrêter avant que je ne mette en danger la vie d’autres personnes, incluant ceux roulant à 140, 145 km/h, me doublant de part et d’autre du véhicule. J’ai donc été pris parce… hé bien probablement parce que les autres roulaient trop vite pour être arrêtés.

Ce policier m’arrête donc et m’informe de ma très mauvaise conduite. Il m’explique que je n’étais pas autorisé à faire ce que je faisais et qu’il devait donc me verbaliser. Il m’assure cependant que ce procès-verbal ne veut pas forcément dire que je suis coupable. Il s’agit en effet d’un État de droit et non d’un État arbitraire dirigé par des gens équipés de gilets pare-balles et lourdement armés, ce qui me donne le droit constitutionnel à un procès équitable. (En anglais : this is a government of laws, not of arbitrary dictates by heavily armed people in bulletproof vests, and so therefore I have a constitutional right to a fair trial.)

C’est en tout cas ce qui nous est constamment répété.

Je commence donc à le presser sur ce point, ce que je n’aurais peut-être pas dû faire au cas où il m’arrête à nouveau. Seulement je n’arrivais pas à me retenir.

« Imaginons un instant que je pense que vous ayez tort. Je veux dire, vous avez probablement raison mais imaginons juste que pour moi vous avez inventé tout ça. Je peux exposer ça devant un juge ? »

« Oui monsieur, vous pouvez. Voyez la date de l’audition. »

« Et où se situe le tribunal ? »

« Juste ici, dans ce comté. »

Je lui explique bien entendu que je me rendais à l’aéroport et que je vis à 1 500 kms d’ici. Je lui demande alors s’il m’est possible d’utiliser Skype ou Google Hangout pour assister à mon audition.

« Je suis désolé monsieur, vous devez y assister en personne. »

Je continue alors sur ma lancée : « Je dois donc conduire jusqu’à Atlanta, prendre un avion pour Dallas, louer une voiture et rouler 150 kms plus au sud à une certaine date pour pouvoir défendre mes droits ? Vous réalisez que faire tout ceci me coûterait probablement 2 jours de travail et 1 000$ ? »

Il m’a répondu : « Hé bien, la façon dont vous vous rendez au tribunal est votre problème. »

Je lui demande alors : « À combien s’élève l’amende ? »

Il m’explique que le montant est imprimé sur le procès-verbal. D’après ce que je lis, tout cela va me coûter 135 $. Je lui demande donc si, se trouvant à ma place, il préférerait payer 135 ou 1 000 $, question à laquelle il ne répondit pas.

J’insiste donc encore un peu : disons que je me rende au tribunal, finisse devant monsieur le Juge et me déclare innocent. Que se passe-t-il ensuite ?

« À ce point, le juge planifiera un procès. »

Attendez une seconde. Donc je reviens ici et dépense 1 000 $ pour ça et là le juge programme un procès, ce qui fait que je doive répéter tout le processus une nouvelle fois, ce qui monte les dépenses totales à 2 000 $ ?

« Encore une fois, la façon dont vous voyagez et vous vous rendez ici vous concerne. »

« Tout ça pour payer l’amende au final parce qu’après tout, vous êtes le policier et moi un simple imbécile contestant votre parole. »

À ce niveau, l’agent, un peu agacé, me souhaite une bonne journée et me quitte. Au final, c’était moi l’idiot tenant l’amende et je ne pus m’empêcher de rire.

Après tout, regardez à quoi mes droits se réduisent. Je peux dépenser 2 000 $ et probablement 4 jours de ma vie plus 135 $ ou juste payer 135 $. Mmmh, le choix est dur ! Me soucier de mes droits peut être sacrément coûteux !

Réfléchissons un peu à ce scenario. Que vient-il de m’arriver ? Est-ce que j’ai des ennuis pour avoir mis en danger les autres, ce qui voudrait dire que mon procès-verbal a permis d’améliorer l’organisation sociale en nous poussant tous à avoir un comportement plus sûr ? D’une manière ou d’une autre, je ne pense pas.

Je vais vous expliquer ce qui vient de se passer : j’ai été taxé, une autre façon de dire que je viens d’être volé. Collecter de l’argent pour l’État : cela semble être devenu la fonction principale de la police aujourd’hui. En fait, ça a même été un moyen suggéré par la police elle-même pour compenser les coupes budgétaires.

Comme le magazine Police Chief Magazine le suggérait après la crise financière de 2008, il y a un moyen « d’aider la survie d’une ville et de maintenir ou d’étendre les services de police par l’intermédiaire de nouveaux revenus comme l’approche proactive pour affronter la crise fiscale d’aujourd’hui et l’avenir incertain de demain. »

Pour avoir plus de détails sur ce système, j’ai interviewé Justin Hanners qui a quitté la police pour protester contre ces méthodes.

Bien entendu, ils ne le présentent pas comme ça au public qu’ils comptent dévaliser : on nous raconte que c’est pour notre sécurité. Lysander Spooner disait que le voleur de grand chemin ne prétendait pas me voler pour mon propre bien au moins. La police devrait au moins faire preuve de la même intégrité.

Maintenant poussons l’analyse un peu plus loin : que se passe-t-il si je ne paye pas ? Je vais recevoir une note m’avertissant qu’il vaudrait mieux que je crache au bassinet, et vite, sinon je vais perdre mon permis de conduire.

Imaginons que je perde mon permis et que je continue de conduire malgré tout. Je me ferai attraper à nouveau et devrai repayer une amende.

Et si je refuse une nouvelle fois de payer et continue de conduire ? Au bout d’un moment, je me ferai mettre en prison. Et que se passera-t-il si je m’enfuis au moment de mon arrestation ? Je pourrais me faire taser ou tirer dessus avec de vraies balles. Je pourrais même me faire tuer.

Cela semble un peu extrême non ? La peine de mort pour avoir roulé quelques kilomètres par heure au dessus de la vitesse limite. Mais quand vous y réfléchissez, toutes les lois sont mises en vigueur de cette façon, jusqu’à ce point final. Même la loi la plus inoffensive en apparence est appliquée par une agression non seulement de la propriété privée mais de la vie elle-même. C’est pourquoi lois, législations et régulations sont si dangereuses. Sous le prétexte d’apporter paix et ordre, elles amènent en fait le risque d’une violence maintenue contre nous.

Désolé monsieur l’agent, je ne me sens pas aidé.

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