Hollande joue à la couturière

Carte des régions (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Parler des régions, c’est s’attaquer à un sujet tabou : le pourquoi du comment.

Le regard de René Le Honzec.

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Parler des régions, c’est s’attaquer à un sujet tabou : le pourquoi du comment. Tout le monde semble « oublier » que c’est un projet technocrate développé par les cabinets de l’État Français du Maréchal Pétain et promulgué en 1941, un projet qui était dans les cartons depuis le début du XIXème siècle quand on avait déjà constaté le trop grand nombre de départements, créés suivant des critères de déplacement (maxi un jour à cheval pour aller au chef-lieu) datés de la Révolution (où déjà, encore, dormaient dans les archives royales des projets du genre).

La IVème puis la Vème ont conservé de nombreuses innovation pétainistes (depuis la Fête des Mères au Conseil de l’Ordre des médecins et en passant par le 1er mai….) et notamment celle de découper la France en 22 régions, soigneusement calibrées de façon à ne pas faire d’ombre à l’Île-de-France et à la Capitale par une inspiration jacobine genre Debré, officiellement érigées en Établissement Publiques Régionaux en 1972. Ces entités sont l’objet de féroces luttes de pouvoir depuis le rejet de la proposition de De Gaulle en 69 d’accroître leurs compétences. La Gauche désespérant de prendre le pouvoir par le haut présidentiel envisage de le conquérir par le bas municipal et régional, développant des théories de pouvoir local.Surprise divine, la victoire de 1981 renverse la perspective. Defferre se hâte lentement pour cette fameuse « décentralisation » promise, le doute est confirmé par les désastreux échecs électoraux de 1986.

Depuis, Gauche et Droite alternées ont constaté le danger pour le pouvoir central élyséen des pouvoirs régionaux parfois féodaux, comme celui de Geoges Frèche et, sur fond de culture jacobino-colbertiste des élites énarquiennes, ne sont pas pressés de donner aux Régions un vrai statut qui les apparenteraient aux Länders allemands, aux Generalidades espagnoles ou aux régions italiennes.

Dans ce contexte résumé, la précipitation de Valls-Hollande fait tâche et apparait pour ce qu’elle est : une énième tentative empressée d’enfumage face aux catastrophes électorales sans précédent qui accablent le PS et sa non-politique. Et l’on va voir la grosse cavalerie des nantis des régions ruer des quatre fers pour sauvegarder leurs petits privilèges d’élus et de fonctionnaires : dès l’origine, les régions avaient vocation à se substituer à Paris, non pas, comme cela fut fait, par des élus et des fonctionnaires incapables de penser autrement, à doublonner systématiquement en embauchant à tour de bras clientéliste.