OGM en Europe, n’en parlons plus !

Stéphane Le Foll (crédits Philippe Grangeaud-Solfe Communications, licence Creative Commons)

Le ministre de l’Agriculture a déclaré que l’interdiction des OGM en France était désormais « sécurisée juridiquement ».

Par Jacques Henry.

 

L’Europe a donc choisi la voie de l’interdiction optionnelle de la culture des plantes transgéniques. À chaque État d’en décider, après tout la Commission Européenne se désolidarise des états d’âme des divers ministres de l’agriculture, car il s’agit bien d’états d’âme. « Avec ce nouveau cadre, les débats peuvent avoir lieu », a promis Stéphane Le Foll rappelant toutefois qu’il restait farouchement opposé aux OGM résistants aux herbicides ou aux ravageurs comme le Mon810 parce qu’ils « posent d’énormes problèmes ». Si ce n’est pas un « état d’âme » il faut qu’on me décrypte la déclaration de Le Foll. Quand il mentionne les « énormes problèmes », que « posent » les plantes transgéniques comme les maïs Bt ou RoundUp Ready, qu’il ait la délicatesse d’avouer qu’il est farouchement opposé à l’intrusion sur le territoire français des semenciers américains comme Pioneer ou Monsanto, point à la ligne.

Les agriculteurs français ne peuvent pas se passer de ces semenciers car ils leurs achètent déjà des semences hybrides F1 à haut rendement puisque Limagrain n’a pas l’envergure technique et commerciale pour satisfaire l’ensemble de la demande domestique. Est-ce que ce ministre sait au moins de quoi il parle quand il déclare que les plantes transgéniques posent d’« énormes problèmes ». Plutôt que d’utiliser un langage sibyllin, il pourrait préciser sa pensée ou plutôt, pardon, son état d’âme. Mais ses « états d’âme » ne sont pas exclusifs, ça rassure, car il se déclare franchement partisan des « OGM de deuxième génération » en mentionnant le riz doré. De quoi peut-il bien parler en déclarant que le riz doré est un « OGM » de deuxième génération ? Visiblement il ne sait pas de quoi il parle. J’ai disserté à plusieurs reprises au sujet du riz doré sur mon blog et objectivement et scientifiquement on ne peut pas attribuer le qualificatif de deuxième génération à ce riz si ce n’est qu’il est dans le domaine public et que ni Monsanto, ni Pioneer (DuPont) ne sont impliqués dans la commercialisation des semences.

On comprend donc le raisonnement tant du ministre français de l’agriculture que de la Commission Européenne : les politiciens européens sont non pas opposés aux plantes transgéniques mais à l’intrusion dans l’industrie agricole de l’Union des firmes américaines. C’est on ne peut plus clair ! Et comme les arguments scientifiques et techniques font cruellement défaut, le même Le Foll a obtenu des instances de Bruxelles de stipuler au sujet des plantes transgéniques que chaque État de l’Union pourra à discrétion interdire sur son territoire, en quelque sorte à la carte, la culture de plantes transgéniques en provenance des États-Unis pour des raisons « autres que la santé et l’environnement, comme l’ordre public, l’aménagement du territoire ou la lutte contre la dissémination ». On ne peut pas faire mieux comme dissémination de la bêtise !

Ce que ce monsieur n’a pas vraiment compris c’est qu’en réalité les Américains ont gagné la partie : leur maïs, leur soja, leurs pommes de terre, leurs tomates, leur coton et bien d’autres grandes cultures transgéniques, une quinzaine environ, reviennent beaucoup moins cher à produire quand elles ont été modifiées génétiquement non pas pour arrondir les profits des semenciers mais en permettant de réduire les intrants au niveau des agriculteurs et en particulier des pesticides. Le travail de sape des écologistes, encore une fois, au niveau tant des gouvernements des États de l’Union Européenne que des instances dirigeantes de Bruxelles a finalement payé : à terme l’agriculture européenne sera globalement perdante et l’industrie agro-alimentaire et l’élevage européens deviendront de plus en plus dépendants des USA.

Voilà donc où on en est et c’est tellement caricatural qu’on a presque envie d’en rire !


Sur le web.