Train de vie trop large

Trains trop larges (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints, licence Creative Commons)

Pourtant, la SNCF a commandé les bons trains, RFF avait les bons quais…

Le regard de René Le Honzec.

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Tout le monde a entendu parler d’une des dernières perles de notre techno-État, à savoir la fameuse largeur de nos trains tout neufs qui sont trop larges pour nos quais. La SNCF a commandé les bons trains, RFF avait les bons quais, il y a juste un imbécile qui, visiblement, n’a pas eu l’idée de vérifier la compatibilité ne serait-ce qu’avec un modeste mètre-ruban. Cela veut dire qu’en France, on peut faire n’importe quoi sans que personne ne vérifie, les responsables politiques étant trop occupés à faire les plateaux télés et les poches des contribuables tout en sauvant la France de la montée de la pauvreté, du chômage, du racisme ou du danger fasciste (Front National pour les sourds et malentendants).

Heureusement, pour faire marcher la baraque, il y a l’Élite de la Nation, les haut-haut fonctionnaires qui restent quand les Ministres trépassent (seulement électoralement). Mais là, c’est trop gros, même Royal la tricoteuse demande que des têtes tombent, le président de l’Association des régions françaises tonne qu’il ne paiera pas, on découvre à l’occasion un certain Cuvillier, secrétaire d’État au Transport, qui n’était au courant de rien. Sans sourciller, Pepy de la SNCF et Rapoport de RFF déclarent que ce n’est rien, qu’on va raboter les 1200 quais pour les 341 gros culs, juste pour 50 à 80 millions d’euros. Ils ont raison, c’est rien comparé à leurs endettements respectifs : 32 milliards pour RFF, 7,2 mds pour SCNF (33,8 mds CA). Au passage, n’oublions pas la discrète SAAD « Société pour l’Aménagement de l’Amortissement de la Dette », dans les 8 mds, difficile de trouver le chiffre.

Et un peu d’histoire : après la guerre 39-45, les communistes représentent 25% de l’électorat et entendent prendre le pouvoir. Ils entreprennent de noyauter ou diriger les secteurs sensibles, tels les médias par la distribution monopolistique du Syndicat du Livre, ou les transports, en attendant le grand soir. Les camionneurs leur échappent, pas la SNCF qui va devenir leur chose. La faiblesse de l’État et les si fameuses grèves vont conforter cette situation, qui va perdurer jusqu’aujourd’hui, malgré la chute du Mur et du PCF. Les cheminots ont obtenu des conditions spécifiques salariales, de retraite, de travail, de santé souvent décrites et décriées par la Cour des Comptes. La lutte des classes s’est perpétuée avec les luttes d’influences entre ingénieurs en blouse blanche et prolétaires en bleu de travail. Avec un consensus : chacun fout la paix à l’autre. Ainsi, les ingénieurs créent les machines de leur rêve, les cheminots les conduisent, tous sans aucun souci de rendement ou de rentabilité, service public dispense. Ainsi Lefloch-Prigent entend avec stupeur son contrôleur de billet lui dire : « C’est bien ce soir, il n’y a personne ». Cette gabegie entraîne un endettement phénoménal aux frais des contribuables soumis au diktat des grèves capricieuses. Pas de problème, petit tour de passe-passe : on garde la SNCF, on crée RFF qui a en charge le réseau… et la dette ! Comme cela ne suffit pas, on rajoute la SAAD qui en reprend une partie à son tour. Plus de dette pour la SNCF qui parle de profits, et retombe tout de suite dans ses travers, dette et re-dette.

Et aujourd’hui, cet état au cœur de l’État farouchement opposé à la libre concurrence continue ses échecs sans la moindre intention de se remettre en question : ainsi, gagez que Pepy, énarque et sciences po à la longue carrière trans-partis restera, et que Rapoport, ex-métro, ex-postier, énarque et inspecteur des finances restera. Devinette : qui paiera ?