La passion de l’égalité

égalité (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Nous ne sommes pas dans une économie de marché, et ça n’est pas l’économie de marché qui est responsable des inégalités.

Par Vladimir Vodarevski.

« À plusieurs reprises, depuis que la Révolution a commencé jusqu’à nos jours, on voit la passion de la liberté s’éteindre, puis renaître, puis s’éteindre encore, et puis encore renaître ; ainsi sera-t-elle longtemps, toujours inexpérimentée et mal réglée, facile à décourager, à effrayer et à vaincre, superficielle et passagère. Pendant ce même temps la passion pour l’égalité occupe toujours le fond des cœurs dont elle s’est emparée la première ; elle s’y retient aux sentiments qui nous sont les plus chers ; tandis que l’une change sans cesse d’aspect, diminue, grandit, se fortifie, se débilite suivant les événements, l’autre est toujours la même, toujours attachée au même but avec la même ardeur obstinée et souvent aveugle, prête à tout sacrifier à ceux qui lui permettent de se satisfaire, et à fournir au gouvernement qui veut la favoriser et la flatter les habitudes, les idées, les lois dont le despotisme a besoin pour régner. »
— Alexis de Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution.

 

img contrepoints304 égalitéLes inégalités sont à nouveau le sujet de l’actualité. La thèse développée est l’éternelle antienne marxiste selon laquelle le capitalisme est l’exploitation de l’homme par l’homme. Bien sûr, les économistes défendant cette thèse vous diront que non, ils ne sont pas marxistes. Pourtant, le postulat est toujours le même : l’économie de marché favorise les riches. Tout irait mieux dans le monde si on prenait l’argent des riches.

Une telle thèse ne relève pas de la science mais de la croyance. Il faut abandonner tout esprit critique et tout bon sens pour la défendre. D’abord, parce que le développement du capitalisme a permis le développement de cette fameuse classe moyenne. On le voit encore aujourd’hui dans les pays qui s’ouvrent au capitalisme, dont notamment la Chine. Ensuite, les pays les plus inégalitaires sont les pays socialistes. Dans l’ex-bloc de l’Est, il y avait officiellement l’égalité des conditions de vie pour tous. Sauf que ceux qui avaient une parcelle de pouvoir profitaient de conditions de vie incomparablement meilleures, et pouvaient, par exemple, s’enrichir grâce au marché noir. Les Castro à Cuba ne sont ainsi pas à plaindre, au contraire du peuple cubain. Ceux qui dénoncent le plus les inégalités veulent les remplacer, pas les supprimer.

Mais la plus grande absurdité d’attribuer les inégalités à l’économie de marché est de considérer que nous sommes en économie de marché, que nous vivons une époque de libéralisme débridé. Si nous comparons notre époque à celle de l’après guerre, le recul de l’économie de marché est ainsi patent.

En France, la dépense publique est passée d’un peu plus d’un tiers du PIB à plus de la moitié. Ce qui signifie que l’État contrôle plus de la moitié des revenus. Le mouvement d’augmentation de la dépense publique est commun dans tout l’Occident, à des degrés divers, même aux États-Unis. Le code du travail est devenu de plus en plus compliqué, et, surtout, la création monétaire est totalement administrée de nos jours, alors qu’elle était rationnée après guerre.

Voyons d’où viennent les inégalités aujourd’hui. Il y a d’abord l’éducation, en France, totalement étatisée. Aujourd’hui, le niveau en la matière dépend du milieu social. Malgré les milliards dépensés, malgré la baisse des effectifs d’élèves, rien n’y fait. Ajoutons une insertion professionnelle problématique car, par idéologie, les formations ne sont pas forcément adaptées au monde du travail. Ainsi, alors que des pays comme l’Allemagne, ou la Suisse, mettent en avant la formation professionnelle, avec succès, la France a réduit le budget de l’alternance. L’échec de l’éducation étatisée a été admis aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Suède, qui développent des Charter Schools, ou le système de voucher. C’est-à-dire que les écoles sont privées, financées par l’État, mais pouvant aussi avoir d’autres subsides.

Les inégalités proviennent également de la politique monétaire. Les banques centrales contrôlent totalement les taux d’intérêt. L’activité des banques est elle très encadrée par les critères de Bâle. Les banques centrales maintiennent les taux d’intérêt bas pour soutenir les marchés financiers et immobiliers. La politique de la bulle est recommandée par les économistes « mainstream ». Ce qui a pour effet de favoriser ceux qui ont un patrimoine financier ou immobilier. Il est totalement logique que ces dernières années ceux-ci voient leurs revenus augmenter. Mais le libre marché n’a rien à voir dans cette augmentation.

Ajoutons que les pourfendeurs de l’économie de marché ne proposent aucun autre système de création de richesse. Le marxisme promet le paradis quand tout le monde pensera de la même manière, à tel point que les États n’existeront plus. Le keynésianisme mené dans les années 1970 a sans contestation échoué à relancer l’économie.

Curieusement, les pourfendeurs des inégalités n’en étudient pas les causes, et ne font pas la promotion des remèdes qui font leurs preuves, comme l’économie de marché en Chine. Ils « oublient » les profondes inégalités qui existaient dans les pays socialistes, et qui existent toujours quand le politique est trop envahissant. La Chine est justement engagée dans un processus anti-corruption, tant le problème est patent.

Pour réduire les inégalités, attaquons nous aux vrais causes : donner sa chance à chacun, sans entraves et sans dérégler l’économie.


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